January 25, 2008 / 8:21 AM / 12 years ago

La justice prudente sur l'affaire de la Société générale

par Thierry Lévêque

Le parquet de Paris a repris l'ensemble des plaintes visant la fraude massive imputée par la Société générale à l'un de ses traders, tout en invitant à la prudence sur les accusations portées contre ce dernier. "Avant même que l'enquête policière ait démarré, le coupable est déjà désigné. Il faut savoir raison garder. Il faudra voir ce qu'il y a dans le dossier de la Société générale", a-t-on déclaré de source judiciaire. /Photo prise le 24 janvier 2008/REUTERS/Benoît Tessier

PARIS (Reuters) - Le parquet de Paris a repris l’ensemble des plaintes visant la fraude massive imputée par la Société générale à un trader, Jérôme Kerviel, tout en invitant à la prudence sur les accusations portées contre ce dernier.

Le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) s’est dessaisi officiellement à son profit de la plainte déposée vendredi par la direction de la banque, qui parle d’une perte de 4,9 milliards d’euros. Le bureau du procureur de la capitale Jean-Claude Marin souligne que des investigations préalables sont nécessaires.

“Avant même que l’enquête policière ait démarré, le coupable est déjà désigné. Il faut savoir raison garder. Il faudra voir ce qu’il y a dans le dossier de la Société générale”, a-t-on déclaré au cabinet du magistrat.

La brigade financière, saisie jeudi à la suite de la plainte d’un petit porteur à Paris, a “démarré ses investigations”, a-t-on ajouté de même source. Elle devrait, selon toute vraisemblance, se rendre à la banque pour collecter les éléments matériels de l’affaire.

La Société générale, qui a révélé jeudi la “fraude” qui dit-elle a été découverte le week-end dernier, dit ne pas savoir où se trouve Jérôme Kerviel, le trader de 31 ans qu’elle accuse des faits et a mis à pied. On ignore si la police a pu le contacter et le parquet n’a pas souhaité le dire.

La SocGen explique que ce trader aurait pris de mauvais engagements sur des contrats liés à des indices boursiers européens et aurait dissimulé plusieurs mois ses pertes en déjouant les systèmes de sécurité.

Perdre près de cinq milliards d’euros suppose d’avoir engagé plusieurs dizaines de milliards d’euros, chiffre qui laisse sceptiques les spécialistes.

Une source politique proche du dossier a déclaré, sous couvert de l’anonymat, qu’”apparemment, il n’y a pas de malversation”.

“Cet opérateur n’a rien gagné personnellement. Il semble qu’il ait réussi à franchir cinq systèmes de contrôle différents qui auraient dû tous jouer pour bloquer ces opérations”, a ajouté cette source.

UN MOT CHEZ KERVIEL

Me Elisabeth Meyer, avocate du jeune homme, a déclaré à plusieurs médias qu’il n’était pas en fuite et se trouvait en France, dans l’attente, dit-elle, d’une confirmation écrite de la banque.

Sur la boîte aux lettres de son logement de Neuilly, rue Michelis, le concierge a laissé un mot à l’intention des journalistes, a-t-on constaté sur place.

“Journalistes, pour vous faciliter le travail : Kerviel inconnu dans la maison, appartement loué ou sous-loué à des locataires de type asiatique parlant anglais, ne le cherchez pas ici, il y a probablement longtemps qu’il a trouvé refuge ailleurs”, lit-on sur le mot.

Le parquet de Paris travaille sur la plainte contre “X” pour “abus de confiance, escroquerie, faux, usage de faux” déposée par un petit porteur de la banque, défendu par Me Frédérik-Karl Canoy.

La plainte de la Société générale vise nommément le trader accusé de la fraude, Jérôme Kerviel, et concerne des faits de “faux en écritures de banque, usage de faux en écritures de banque et intrusions informatiques”.

Les dirigeants de la banque ont remis au procureur Courroye la photographie, le domicile et une série de documents liés à la fraude dont la Société générale se dit victime, a-t-on expliqué au parquet de Nanterre.

Même si les faits se sont déroulés à la Défense, le procureur de Paris a plusieurs arguments pour se saisir de l’affaire.

Le siège social de la Société générale est à Paris et la capitale dispose avec le pôle financier d’une juridiction d’instruction spécialisée et particulièrement équipée en moyens humains et matériels pour les enquêtes sur les affaires financières importantes.

Au pôle financier de Paris siège notamment la juge d’instruction Xavière Simeoni, qui a renvoyé en 2006 en correctionnelle la Société générale et son P-DG Daniel Bouton pour “blanchiment de capitaux” dans une autre affaire.

Le procès de cet autre dossier doit s’ouvrir le 4 février au Palais de justice de Paris.

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