February 21, 2014 / 6:23 AM / 4 years ago

La médiation se prolonge après une journée sanglante en Ukraine

par Richard Balmforth et Pavel Polityuk

Les ministres français, allemand et polonais des Affaires étrangères ont entamé une nuit de négociations "très difficiles" jeudi soir en Ukraine après une journée meurtrière à Kiev, où 47 personnes au moins sont mortes dans les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre. /Photo prise le 20 février 2014/REUTERS/Yannis Behrakis

KIEV (Reuters) - Les ministres français, allemand et polonais des Affaires étrangères ont entamé une nuit de négociations “très difficiles” jeudi soir en Ukraine après une journée meurtrière à Kiev, où 47 personnes au moins sont mortes dans les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.

Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier et Radoslaw Sikorski ont prolongé leur mission jusqu’à vendredi dans la capitale ukrainienne pour discuter avec le pouvoir et l’opposition d’une possible sortie de crise.

Après avoir rencontré pendant quatre heures le président Viktor Ianoukovitch, ils ont revu jeudi en fin d’après-midi les chefs de file de la contestation puis retrouvé à nouveau le chef de l’Etat en début de soirée. Les chefs de l’opposition se sont ensuite joints aux discussions, a indiqué Radoslaw Sikorski sur son compte Twitter.

Avant de retrouver Ianoukovitch, le chef de la diplomatie française a qualifié les négociations de “très difficiles”.

“Nous avons cherché tous les moyens, (nous avons) à la fois regardé comment un nouveau gouvernement pouvait être mis en place, réfléchi à de nouvelles élections, regardé comment cesser la violence”, a dit Laurent Fabius. “Mais à l’instant où je vous parle, il n’y a pas encore de solution.”

Parallèlement, la chancelière allemande Angela Merkel s’est entretenue au téléphone avec Barack Obama et Vladimir Poutine et tous trois se sont entendus pour trouver une solution politique afin de mettre fin à la violence. Washington a ainsi promis de rester “en contact étroit” avec l’Europe sur le dossier.

Barack Obama examine en urgence les possibilités de sanctions pour tenter de faire pression sur le pouvoir ukrainien, a déclaré la Maison blanche.

Vladimir Poutine, qui a suspendu pour l’heure son aide financière à Kiev, a de son côté dépêché un médiateur, son conseiller en matière de droits de l’homme Vladimir Loukine, chargé de faire la navette entre le pouvoir et l’opposition.

TIRS À L’ARME AUTOMATIQUE

Depuis mardi après-midi, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait 75 morts et des centaines de blessés, selon le ministère de la Santé, ce qui signifie que 47 personnes ont trouvé la mort dans la seule journée de jeudi, la plus meurtrière en Ukraine depuis l’indépendance du pays en 1991.

Mercredi soir pourtant, Ianoukovitch annonçait une “trêve” négociée avec les chefs de file de la contestation.

Mais de nouveaux affrontements ont éclaté en début de matinée dans le centre de la capitale, où des manifestants radicaux ont repris le contrôle de la place de l’Indépendance.

Lançant des pierres et des bombes incendiaires, ils ont chargé en direction de secteurs de la place proches de la présidence et du parlement que les forces de l’ordre avaient repris dans l’assaut donné mardi soir.

Des éléments de la “Berkout”, la police anti-émeutes, ont tiré à l’arme automatique pour couvrir le repli de leurs collègues. D’autres ont été vus tirant sur la foule depuis un toit dominant la place. Un opposant casqué a été filmé en train de tirer à l’abri derrière un arbre.

La télévision ukrainienne a retransmis des images où l’on voit des policiers emmenés de force par des hommes en tenue de combat. Soixante-sept policiers ont été pris en otage, a affirmé le ministère de l’Intérieur, qui a autorisé la “Berkout” à faire usage d’armes de combat. Les manifestants ont déclaré que les policiers capturés avaient été relâchés.

VEILLÉE FUNÈBRE

A la nuit tombée, les manifestants de Maïdan, la place de l’Indépendance où se concentrent les affrontements, ont observé une veillée pour rendre hommage à leurs camarades tués, à la lueur de leurs écrans de téléphones portables.

Des secouristes transportaient des corps sur des brancards à travers des rangées de manifestants scandant “Héros, Héros”, en hommage aux morts.

Même si une partie des militants armés sur les barricades appartiennent à l’extrême droite, l’opposition est largement soutenue. Mais de nombreux Ukrainiens craignent aussi que la situation échappe à tout contrôle.

“Nous nous battons entre frères”, a déclaré Iryna, une opposante venue apporter des seringues pour les transfusions de sang. “Il faut qu’on comprenne qu’on est un seul peuple.”

En dehors de Maïdan, de nombreux habitants ont vidé les distributeurs automatiques de billets et fait le plein de vivres, beaucoup restant chez eux.

Signe que Ianoukovitch a perdu des soutiens au parlement, l’assemblée a voté dans la soirée une résolution exhortant les autorités à cesser les tirs, à retirer les forces de police du centre de Kiev et à mettre fin aux actions contre les manifestants.

MÉDIATION EUROPÉENNE

Les trois ministres européens des Affaires étrangères se sont entretenus pendant plus de quatre heures avec Viktor Ianoukovitch en milieu de journée.

Puis ils ont revu les trois chefs de file historiques de la contestation, l’ancien ministre de l’Economie Arseni Iatseniouk, l’ex-boxeur Vitali Klitschko qui dirige le parti libéral Oudar et le nationaliste Oleh Tiahnibok, qui ont paru débordés ces derniers temps par l’émergence de Praviy Sektor (Secteur droite), organisation d’extrême droite qui a appelé aux armes.

Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier et Radoslaw Sikorski ont ensuite retrouvé Viktor Ianoukovitch pendant que leurs collègues européens réunis à Bruxelles se mettaient d’accord sur le principe d’imposer très rapidement des sanctions contre les dirigeants ukrainiens responsables des violences en les privant de visas et gelant leurs avoirs.

Les Etats-Unis, qui ont d’ores et déjà imposé des interdictions de visas à l’encontre de 20 personnalités ukrainiennes, ont exigé pour leur part le retrait immédiat des forces de sécurité déployées dans le centre de Kiev.

La Russie n’est pas restée inactive, accentuant la pression sur Ianoukovitch. Vladimir Poutine s’était engagé à la mi-décembre à fournir une aide de 15 milliards de dollars (11 milliards d’euros) et à réduire les tarifs du gaz vendu à l’Ukraine après la décision de Viktor Ianoukovitch de ne pas signer un accord d’association avec l’Union européenne.

Une première tranche a été débloquée à la veille de Noël. Mais selon une source connaissant le dossier, la décision du déblocage de l’aide a pris une dimension politique et ne relève plus du ministère russe de l’Economie.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a expliqué que Moscou ne pourrait traiter qu’avec “des autorités légitimes et compétentes, un gouvernement sur lequel le peuple ne s’essuie pas les pieds comme sur un paillasson”.

Avec Natalya Zinetset Alessandra Prentice à Kiev, Francesco Guarascio et Adrian Croft à Bruxelles, Steve Gutterman à Moscou, John Irish et Marine Pennetier à Paris; Eric Faye, Bertrand Boucey, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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