January 31, 2014 / 2:24 PM / 4 years ago

Statu quo en Ukraine malgré les concessions du président

par Richard Balmforth

Les milliers d'opposants rassemblés à Kiev étaient toujours dans l'expectative vendredi face au repos forcé observé par le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, malade, dont les concessions n'ont pour l'instant pas suffi à apaiser la crise ouverte depuis novembre en Ukraine. /Photo prise le 31 janvier 2014/REUTERS/Gleb Garanich

KIEV (Reuters) - Les milliers d’opposants rassemblés à Kiev étaient toujours dans l’expectative vendredi face au repos forcé observé par le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, malade, dont les concessions n’ont pour l’instant pas suffi à apaiser la crise ouverte depuis novembre en Ukraine.

Les Etats-Unis ont fait savoir vendredi par la voix du secrétaire d’Etat John Kerry que ces concessions n’allaient pas assez loin.

“Les offres du président Ianoukovitch n’ont pour l’instant pas atteint un niveau qui serait suffisant en ce qui concerne les réformes”, a déclaré le chef de la diplomatie américaine, aux côtés de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier lors d’une visite à Berlin.

Il a pourtant déclaré que les “puissances extérieures” ne devaient pas s’impliquer dans une crise qui, a-t-il dit, doit être résolue par le peuple ukrainien lui-même.

Viktor Ianoukovitch, qui apparaît de plus en plus isolé et coincé entre l’Occident et la Russie, voisine et ancienne puissante tutélaire du temps de l’Union soviétique, a accepté la démission du gouvernement et exonéré de poursuites les manifestants pacifiques.

La loi sur cette amnistie conditionnelle, ainsi que celle abrogeant la législation limitant le droit de manifester, ont été promulguées vendredi, a annoncé la présidence ukrainienne.

Les milliers de manifestants rassemblés dans le centre de Kiev ont salué l’abrogation de la loi sur les manifestations mais ils rejettent le texte d’amnistie parce qu’il pose comme condition l’arrêt de l’occupation des bâtiments officiels.

Le groupe nationaliste ukrainien Praviy Sektor, considéré comme l’un des instigateurs des heurts violents avec la police à Kiev, menace de passer à l’action si les militants interpellés ne sont pas libérés.

“Si elle (la police) refuse, des mesures appropriées seront prises pour libérer ces personnes, et pas seulement par des méthodes constitutionnelles”, a déclaré Dmitro Iaroch, le chef de Praviy Sektor (Secteur droite).

“CRUCIFIÉ”

Ce groupe paramilitaire dont les actions violentes effraient à la fois les chefs de l’opposition et les manifestants politiques, réclame aussi de pouvoir donner son avis en cas d’ouverture de négociations entre le président Ianoukovitch et les chefs de l’opposition.

Dans ce contexte très tendu, un militant antigouvernemental, qui avait disparu il y a une semaine, est apparu vendredi à la télévision. Son visage et ses mains portaient des traces de coups. Il a dit avoir été enlevé et torturé par ses ravisseurs qui l’ont “crucifié” selon ses propres termes.

Dmitro Boulatov, qui est âgé de 35 ans, a été l’un des meneurs des cortèges automobiles organisés en signe de protestation contre le gouvernement. Il a été hospitalisé après son apparition à la télévision.

Le Bureau des droits de l’homme des Nations unies a demandé l’ouverture d’une enquête sur les soupçons d’enlèvements et de torture en Ukraine tandis que la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, a exprimé son indignation face aux traces de tortures montrées par Boulatov.

“Ce genre d’actes est inacceptable”, a-t-elle déclaré dans un communiqué. Elle a appelé les autorités à faire en sorte de ne plus tolérer “l’atmosphère d’intimidation et d’impunité qui autorise la survenue de tels actes.”

Viktor Ianoukovitch s’est brusquement soustrait de la vue du public jeudi, se plaignant d’un accès de fièvre et de difficultés respiratoires.

Contacté par Reuters vendredi, la présidence ukrainienne n’a pas pu donner de nouvelles de la santé du président ni avancer de date pour son retour aux affaires.

Les affrontements entre manifestants antigouvernementaux et les forces de l’ordre ont fait au moins six morts et des centaines de blessés.

Sur le plan économique, la devise ukrainienne, la hryvnia, a perdu 2,5% vendredi face au dollar. Ils s’agit de sa chute la plus marquée depuis le troisième trimestre 2009.

Les analystes expliquent cette baisse à la fois par les facteurs politiques et par la crainte des investisseurs de voir la Russie suspendre sa promesse de racheter la dette d’Etat ukrainienne à hauteur de 15 milliards de dollars dans le cadre de l’accord de sauvetage financier conclu fin 2013.

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Bertrand Boucey

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