January 31, 2014 / 7:04 AM / in 4 years

Fâchés sur l'UE, Paris et Londres se concentrent sur la défense

par Julien Ponthus

Sur la base militaire de Brize-Norton, non loin d'Oxford, où François Hollande et David Cameron vont tenir un sommet vendredi pour entretenir la flamme de la coopération militaire franco-britannique, point fort d'une relation bilatérale qui reste tendue sur les enjeux européens. /Photo d'archives/REUTERS

PARIS (Reuters) - François Hollande et David Cameron tiennent sommet vendredi pour entretenir la flamme de la coopération militaire franco-britannique, point fort d’une relation bilatérale qui reste tendue sur les enjeux européens.

Les deux hommes prévoient de signer sur la base militaire de Brize-Norton, non loin d’Oxford, une série d’accords visant à mettre en oeuvre les programmes d’équipement militaire lancés par le traité de Lancaster House, conclu fin 2010 par Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique.

La nouvelle génération des avions de combat sans pilote, les missiles anti-navire légers ou encore un nouveau programme contre les mines marines sont autant de domaines où les deux pays espèrent obtenir des avancées concrètes.

Paris et Londres veulent aussi poursuivre la coopération énergétique induite par la construction par EDF d’une centrale nucléaire à Hinkley, dans l’est du Royaume-Uni, un investissement de près de 19 milliards d’euros.

Des programmes de recherche et de formation communs pourraient être annoncés dans le sillage de la construction des premiers réacteurs EPR britanniques, ainsi qu’un rapprochement entre les agences spatiales des deux pays.

Si les accords attendus témoignent de la bonne santé de la relation bilatérale sur une base pragmatique, ils ne suffiront pas à occulter le gouffre idéologique qui sépare le président socialiste français du Premier ministre conservateur britannique sur l’Europe ou sur la politique économique à suivre.

PAS DE MOINS-DISANT EUROPÉEN

David Cameron, qui a promis de dérouler le “tapis rouge” aux entreprises souhaitant fuir la pression fiscale française, est confronté à la percée du parti anti-européen UKIP à l’approche des élections européennes de mai et des législatives de 2015.

Afin d’apaiser un électorat largement eurosceptique, le Premier ministre s’est engagé à renégocier les termes de la relation entre la Grande-Bretagne et l’UE et d’organiser, d’ici fin 2017 un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne.

Mais pour François Hollande, il est hors de question de changer les traités pour satisfaire les exigences britanniques.

“Ce n’est pas par une révision des traités que peut être renégociée sa place dans l’UE”, estime-t-on dans l’entourage du président, où l’on insiste néanmoins sur la volonté française de garder le Royaume-Uni dans l’Union.

L’offensive britannique pour engager une simplification radicale de la législation européenne a d’ailleurs déjà donné lieu à une passe d’armes entre les deux hommes lors d’un Conseil européen en octobre dernier.

Pour Paris, l’initiative de David Cameron est “nocive” et s’apparente à une volonté de supprimer purement et simplement les normes sociales ou environnementales qui protègent travailleurs et consommateurs.

“Notre intérêt général, c’est que le Royaume-Uni reste en Europe, mais cela ne peut pas se faire au prix du démantèlement de l’Europe”, indique-t-on à l’Elysée, où l’on s’inquiète d’une possible radicalisation des positions britanniques avec le risque d’une crise politique à Bruxelles.

“FRENCH BASHING”

“L’accident est toujours possible”, juge-t-on dans l’entourage du président, qui souhaite néanmoins dédramatiser le “French bashing” en cours dans la presse anglaise.

“On doit le prendre avec sang-froid”, dit-on à l’Elysée, évoquant une “grande tradition d’une certaine presse britannique” qui a par ailleurs fait son miel de la séparation du couple que formait François Hollande et Valérie Trierweiler.

La faiblesse de l’économie française, souvent jugée par Londres incapable de se réformer, a été la cible de nombreux éditorialistes auxquels l’ambassade de France s’est résolue à répondre point par point dans un communiqué.

Au sommet de Davos, le ministre des Finances Pierre Moscovici s’est lui aussi employé à réfuter l’idée que la France serait “l’homme malade” de l’Europe en se lançant dans une comparaison des économies françaises et britanniques.

Si la France reste la cinquième puissance économique mondiale devant un Royaume-Uni dont le Produit intérieur brut reste en deçà de son niveau d’avant-crise, d’autres indicateurs se relèvent cruels pour Paris.

Avec un chômage en forte diminution, à 7%, 3 points de moins qu’en France, et une croissance de près de 2% en 2013, contre une prévision de 0,1%, le dynamisme retrouvé du Royaume-Uni constitue un argument pour David Cameron dont la coalition reste à la traîne de l’opposition travailliste dans les sondages.

Edité par Yves Clarisse

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