November 10, 2013 / 2:37 PM / in 5 years

L'Iran réaffirme son droit au nucléaire au lendemain de Genève

par Stephanie Nebehay et Marcus George

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton. Au lendemain de la conclusion sans accord des négociations de Genève sur le programme nucléaire iranien, le président Hassan Rohani a réaffirmé dimanche que le "droit à l'enrichissement" de l'uranium de Téhéran était une "ligne rouge" à ne pas franchir. /Photo prise le 10 novembre 2013/REUTERS/Jason Reed

DUBAI/GENEVE (Reuters) - Au lendemain de la conclusion sans accord des négociations de Genève sur le programme nucléaire iranien, le président Hassan Rohani a réaffirmé dimanche que le “droit à l’enrichissement” de l’uranium de Téhéran était une “ligne rouge” à ne pas franchir.

Les propos du chef de l’Etat iranien, tenus devant un parlement dominé par le camp conservateur, visent manifestement à rassurer les tenants d’une ligne dure, alors que Téhéran et les puissances du groupe P5+1, soit les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, sont convenus de reprendre leurs discussions le 20 novembre.

Alors que les différentes parties semblaient sur le point de conclure un accord au début des trois journées de discussions, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a d’abord dit samedi craindre un marché de dupes, puis a été le premier à annoncer dans la nuit l’absence de compromis.

Parmi les principaux points d’achoppement cités par les diplomates, figurent la fermeture souhaitée par Paris du réacteur iranien d’Arak, avant même son entrée en fonction, le sort du stock d’uranium fortement enrichi, ainsi que la nature et le calendrier de l’allègement des sanctions économiques réclamé par Téhéran.

Un compte Twitter, présenté comme l’expression du cabinet du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a dénoncé dimanche “une attitude imprudente et inepte” de la France, à propos des réserves émises par Paris sur le projet d’accord.

TENSIONS ISRAÉLO-AMÉRICAINES

Parmi les adversaires les plus ardents du programme nucléaire iranien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé sa satisfaction quant à l’absence de compromis, après avoir prévenu peu avant le week-end qu’il rejetterait “complètement” l’accord négocié à Genève.

Israël et ses alliés occidentaux soupçonnent le programme nucléaire de Téhéran de comporter un volet militaire, ce que les Iraniens démentent.

La volonté manifeste des Etats-Unis de conclure rapidement un premier accord avec Téhéran affecte cependant les relations entre Israël et Washington, et Benjamin Netanyahu a rencontré trois fois le secrétaire d’Etat américain John Kerry depuis le début de la semaine.

Ce dernier a déclaré dimanche que les Etats-Unis continuaient à douter de la bonne volonté de Téhéran, en ce qui concerne le démantèlement du programme nucléaire iranien, et qu’ils maintiendraient leurs sanctions tant que les pourparlers n’auraient pas abouti.

“Nous ne sommes pas aveugles, et je ne pense pas que nous soyons stupides”, a dit John Kerry sur NBC.

Auparavant, le secrétaire d’Etat a minimisé les dissensions dans le camp occidental et estimé que les grandes puissances s’étaient rapprochées d’un compromis avec Téhéran, tandis que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a dit espérer la conclusion d’un accord lors des pourparlers de la fin du mois.

PREMIER PAS

Le secrétaire britannique au Foreign Office, William Hague, a également jugé possible un accord au cours des prochaines semaines.

Un accord provisoire servirait de base à des négociations plus larges pour trouver une solution permanente au problème nucléaire iranien qui oppose depuis dix ans Téhéran aux grandes puissances mais que le nouveau président iranien Hassan Rohani dit vouloir régler dans les mois à venir.

La venue de John Kerry à Genève, qui a interrompu une tournée au Proche-Orient pour se joindre aux discussions et a été rejoint ensuite par ses homologues du P5+1, a laissé croire à l’imminence d’un tel compromis mais la France a fait comprendre ensuite que de sérieux obstacles empêchaient encore sa conclusion.

“Les Américains, l’Union européenne et les Iraniens travaillent intensément ensemble depuis des mois à une proposition, et ce n’est rien moins qu’une tentative de Fabius pour se faire valoir, tardivement, dans ces négociations”, a regretté un diplomate occidental.

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, a par ailleurs déclaré dimanche qu’il espérait que les négociations de l’agence des Nations unies avec l’Iran, qui sont menées séparément des pourparlers avec le groupe P5+1 et reprendront lundi à Téhéran, produiraient des “résultats concrets”.

Avec Fredrik Dahl, Louis Charbonneau, Lesley Wroughton et Yeganeh Torbati à Genève, William MacLean à Dubai; Jean-Stéphane Brosse et Julien Dury pour le service français

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