October 10, 2013 / 9:41 AM / 5 years ago

Le Premier ministre libyen brièvement otage de miliciens

par Ghaith Shennib et Ulf Laessing

Le Premier ministre libyen, Ali Zeidan (au centre), lors d'une conférence de presse jeudi. Le chef du gouvernement libyen a été détenu environ six heures par d'anciens rebelles qui ont dit agir en représailles à la capture d'un responsable d'Al Qaïda par une unité des forces spéciales de l'armée américaine, samedi à Tripoli. /Photo prise le 10 octobre 2013/REUTERS/Ismail Zitouny

TRIPOLI (Reuters) - Le Premier ministre libyen a été détenu plusieurs heures jeudi par d’anciens rebelles qui disent avoir agi en représailles à la capture d’un responsable d’Al Qaïda par une unité des forces spéciales de l’armée américaine, samedi à Tripoli.

Après sa remise en liberté, Ali Zeidan a lancé un appel au calme devant les caméras de télévision. “Les libyens ont besoin de sagesse (...), pas de surenchère (...), pour régler cette situation”, a déclaré le chef du gouvernement, qui a remercié des ex-rebelles ayant contribué au dénouement de la crise.

Selon un correspondant de Reuters qui se trouvait devant le ministère de l’Intérieur, où il était retenu, des coups de feu ont été tirés par des gens qui réclamaient sa libération.

Ali Zeidan, qui est âgé d’une soixantaine d’années, avait été enlevé à l’aube à l’hôtel Corinthia, l’un des lieux les mieux protégés de la capitale, où il réside comme de nombreux hauts fonctionnaires et diplomates.

Sa détention a duré environ six heures.

AFFILIÉ AU MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR

Ses ravisseurs disent avoir agi pour dénoncer la participation de Tripoli à l’opération des Navy SEALs américains qui ont appréhendé Abou Anas al Liby, un responsable d’Al Qaïda recherché pour des attentats contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie en 1998.

Quand le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a confirmé cette participation, l’ancienne milice rebelle connue sous le nom de Chambre des révolutionnaires de Libye a décidé d’”arrêter” Ali Zeidan. “Son arrestation intervient après que (Kerry) a indiqué que le gouvernement libyen était au courant de l’opération”, a dit un porte-parole de la milice.

Ce groupe est désormais affilié au ministère de l’Intérieur, qui lui a confié la tâche d’assurer la sécurité à Tripoli dans le cadre d’un programme d’intégration des mouvements armés.

Ali Zeidan, un ancien diplomate considéré comme un libéral hostile aux islamistes, a pris ses fonctions en novembre 2012 dans un pays toujours sans Constitution et dont le parlement est paralysé par la confrontation entre laïques de l’Alliance des forces nationales et Frères musulmans.

De son exil genevois, il avait contribué à convaincre la France et la Grande-Bretagne de soutenir le soulèvement contre le régime de Mouammar Kadhafi, en 2011. Le mois dernier, lors d’une visite à Londres, il avait lancé un appel à l’aide occidentale pour démanteler les milices.

Deux ans après le renversement et la mort du “Guide” de la révolution, le gouvernement issu de ce soulèvement a manifestement toujours autant de mal à imposer son autorité aux nombreux groupes armés restés actifs sur l’ensemble du vaste territoire libyen.

CONDAMNATION INTERNATIONALE

Pour Geoff Porter, du cabinet de conseil North Africa Risk, l’enlèvement d’Ali Zeidan “montre non seulement qu’il ne contrôle pas le pays, mais qu’il ne contrôle pas non plus son propre gouvernement”.

L’incident pose à nouveau la question de la sécurité et notamment celle des installations pétrolières, principale source de revenus pour Tripoli. Les prix du Brent de la mer du Nord se sont orientés à la hausse à l’annonce de l’incident.

“Il n’y a pas pour le moment de problème dans l’approvisionnement en provenance de Libye. On ne s’attend donc pas à une flambée des prix”, a dit Ken Hasegawa, gestionnaire des portefeuilles matières premières chez Newedge Japan.

À Paris, le président François Hollande a condamné “de la manière la plus ferme l’enlèvement du Premier ministre” et a réaffirmé “le soutien de la France aux autorités légitimes issues des élections du 7 juillet 2012”.

À Londres, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, avait demandé la libération immédiate d’Ali Zeidan.

Le département d’Etat américain, qui a suivi lui aussi avec attention l’évolution de ce rapt, a été en contact avec “des hauts responsables américains et libyens sur le terrain”.

Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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