August 16, 2013 / 9:05 AM / 5 years ago

Hommages à "l'avocat de la terreur", Jacques Vergès

PARIS (Reuters) - Le monde judiciaire français salue vendredi la mémoire de Jacques Vergès, avocat des causes perdues qui s’est rendu célèbre en plaidant pour des personnages sulfureux comme le nazi Klaus Barbie, des extrémistes et des opprimés.

Le monde judiciaire français salue vendredi la mémoire de Jacques Vergès, avocat des causes perdues qui s'est rendu célèbre en plaidant pour des personnages sulfureux comme le nazi Klaus Barbie, des extrémistes et des opprimés. Jacques Vergès est décédé jeudi soir d'une crise cardiaque à l'âge de 88 ans. /Photo d'archives/REUTERS/Jacky Naegelen

Figure de roman, Jacques Vergès, qui est décédé jeudi soir d’une crise cardiaque à l’âge de 88 ans, s’est également illustré par son engagement dans la Résistance et son soutien au FLN algérien.

Selon son éditeur, Pierre-Guillaume de Roux, il est mort dans la chambre de Voltaire, Quai Voltaire à Paris, alors qu’il s’apprêtait à dîner avec ses proches.

“Un lieu idéal pour l’ultime coup de théâtre que devait être la mort de cet acteur-né, ce dont témoignait ses plaidoiries spectaculaires mais aussi son one-man show dans Serial Plaideur”, pièce donnée au Théâtre de la Madeleine, puis de la Gaité-Montparnasse, écrit-il dans un communiqué.

Né au Siam (actuelle Thaïlande) d’un père réunionnais et d’une mère vietnamienne, il s’était récemment distingué en allant soutenir, en compagnie de l’avocat Roland Dumas, l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo.

La disparition entre 1970 et 1978 de celui qui se décrivait comme un “salaud lumineux”, abandonnant femme et enfants, a contribué à lui donner une aura mystérieuse. Jamais il n’a révélé les raisons de son départ ni sa destination.

A des journalistes qui lui demandaient s’il était au Liban, à Moscou ou s’il travaillait pour les Khmers rouges chez Pol Pot, au Cambodge, il a répondu qu’il était “très à l’est de la France” et “avec des amis qui sont encore vivants, dont certains ont des responsabilités importantes”.

Dans le documentaire “L’Avocat de la terreur”, de Barbet Schroeder, il reconnaît avoir été ponctuellement présent à Paris de manière clandestine pendant cette période.

Visage ironique, portant de fines lunettes rondes, cet amateur de cigares et collectionneur de jeux d’échecs était proche de personnalités politiques du monde entier mais aussi de militants anonymes.

Il était redouté par sa “défense de rupture”, consistant à se servir du tribunal comme d’un porte-voix et qu’il avait adoptée pendant la guerre d’Algérie en plaidant pour des militants du FLN.

MONSTRE SACRÉ

Il a d’ailleurs épousé Djamila Bouhired, héroïne de l’indépendance et poseuse de bombes condamnée à mort mais finalement graciée.

“Ce n’est pas seulement un grand avocat, c’est aussi un grand personnage”, a dit sur France info Me Georges Kiejman, autre ténor du barreau, évoquant une “personnalité complexe, mystérieuse, exceptionnelle, dont personne ne fera le tour”.

Pour Me Charrière-Bournazel, président de la conférence des bâtonniers, Jacques Vergès était “l’un des monstres sacrés de la profession.”

Me Paul Lombard, autre ténor du barreau, a dit vouloir retenir de son confrère un message : “Que personne n’est indéfendable et tout le monde a droit à un avocat quel que soit le passif qui pèse sur lui”.

“Vergès fut un provocateur de talent qui choisit les criminels les plus odieux. Mais un grand avocat gagne ses causes et change le droit”, a dit pour sa part sur son compte Twitter Corinne Lepage, avocate et eurodéputée.

Me Francis Vuillemin, ancien défenseur de Maurice Papon, l’ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde condamné pour complicité de crimes contre l’humanité, voit en Jacques Vergès “l’unique monstre sacré du barreau français.”

“Monstre pour ceux que sa liberté totale, son indépendance intégrale et son audace radicale ramenaient à leur médiocrité. Sacré pour ceux qui savent ce qu’est un avocat”, a-t-il dit à Reuters.

Me Eric Dupont-Moretti a rappelé que Jacques Vergès avait “risqué sa peau” quand il s’agissait de défendre le peuple algérien et que “l’Histoire lui a donné raison.”

“En ce qui concerne les peuples opprimés, nous, nous sommes des avocats de salon”, a-t-il dit sur RTL.

L’avocat Gilbert Collard, député apparenté Front national et lui-même controversé, a déploré que “dans ce pays de langue de bois les avocats rebelles soient de moins en moins nombreux”.

“Bien sûr on va faire le procès de son histoire, dire qu’il a défendu les gens indéfendables, mais ce qui compte dans une démocratie, c’est qu’un homme soit là pour défendre”, a-t-il dit sur i>Télé.

Gérard Bon, édité par Patrick Vignal

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