August 2, 2013 / 11:50 AM / 5 years ago

L'UMP, "canard sans tête" en quête d'un chef

PARIS (Reuters) - L’UMP, combien de divisions? C’est un parti d’opposition sans boussole, déchiré par les ambitions et les faux-fuyants idéologiques, comme suspendu au bon vouloir de Nicolas Sarkozy, qui se prépare à affronter en septembre une majorité affaiblie.

Si le "Sarkothon" et ses quelque 9 millions de dons récoltés pour compenser en partie l'invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy par le Conseil constitutionnel ont pu laisser accroire à une UMP debout malgré l'adversité, le faux-semblant du sauvetage financier masque la réalité: plus d'un an après la défaite de 2012, le premier parti d'opposition se cherche toujours un chef de file et une ligne politique. /Photo d'archives/REUTERS/Benoît Tessier

“Unité, unité, ils n’ont que ce mot à la bouche, mais chacun fait sa petite cuisine dans son coin”, lâche un député UMP, résumant l’état d’esprit de nombre d’élus qui jugent que les stigmates de l’élection interne de l’automne 2012 restent à vif.

Les luttes sourdes qui étreignent historiquement la droite depuis les années RPR-UDF étouffent plus que jamais le débat.

Le “Sarkothon” et ses quelque 9 millions de dons récoltés pour compenser en partie l’invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy par le Conseil constitutionnel ont pu laisser accroire à une UMP debout malgré l’adversité.

“La bonne nouvelle en ce milieu d’été, c’est que l’UMP est de retour”, a estimé Luc Chatel.

Mais le faux-semblant du sauvetage financier masque la réalité: plus d’un an après la défaite de 2012, le premier parti d’opposition se cherche toujours un chef de file et une ligne politique.

“L’UMP est sans direction, telle un canard à qui on a coupé la tête. Du coup, les leaders s’égaillent”, juge Stéphane Rozès, président de Cap (Conseil, analyses, perspectives).

Faute de budget, le parti n’organisera pas cette année ses universités d’été et journées parlementaires, démonstrations de cohésion qui ne trompaient personne.

En “chapelles” ou “tribus” selon l’humeur de parlementaires déconfits, les prétendants déclarés ou putatifs à l’élection présidentielle de 2017 feront leur rentrée dans la dispersion, chacun avec son club de réflexion.

“HOLLANDE EST ASSURÉ D’ÊTRE RÉÉLU”

Le 18 août, Laurent Wauquiez et sa “Droite sociale” se réunissent en Haute-Loire, puis Jean-François Copé, président de l’UMP, à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône) sous la bannière de “Génération France”.

Personnalité politique préférée des Français selon CSA, François Fillon, qui entend disputer à Nicolas Sarkozy le titre de leader de la droite, organisera un séminaire de réflexion le 28 août dans la Sarthe. Puis “Les Amis de Nicolas Sarkozy” se rassembleront les 1er et 2 septembre à Arcachon (Gironde).

Autant d’ambitions rivales, autant de risques de balkanisation.

“Si on continue comme ça, François Hollande est assuré d’être réélu”, dit un autre député.

Même le scénario incantatoire d’un retour de Nicolas Sarkozy, présumé “providentiel” et entretenu comme tel par ses fidèles malgré l’instauration de primaires d’investiture pour 2016, ne chasse plus les inquiétudes.

“Au lieu de tirer les leçons de l’impasse dans laquelle nous nous sommes mis, une nouvelle historiographie se propage: elle voudrait que la première défaite d’un président sortant depuis trente ans ait finalement été une ‘presque victoire’ comme Waterloo”, analyse le sénateur UMP Philippe Bas dans une récente tribune dans Le Monde.

“Mais puisqu’il s’en est fallu d’aussi peu, continuons dans la même direction (...) et jetons-nous dans les bras du même chef”, ironise l’ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac.

L’analyse a toujours cours à l’UMP: “Deux à trois semaines de campagne de plus nous auraient permis de gagner. Malgré sa façon d’être, Sarkozy est plus rassurant pour les Français que Hollande”, avance un membre de la direction.

LE TABOU DE L’INVENTAIRE

“La présence-absence de Nicolas Sarkozy empêche de faire retour sur l’expérience passée, elle empêche l’UMP d’avancer”, souligne Stéphane Rozès.

François Fillon a achevé sa rupture avec l’ancien président en se refusant avec rare virulence, le 11 juillet, à une “UMP congelée, au garde-à-vous” liant son avenir à “un homme”.

Avec Alain Juppé ou Bruno Le Maire, tous deux d’une vigilante discrétion, et Jean-Pierre Raffarin, il tente de s’attaquer au tabou de “l’inventaire”, non sans arrière-pensée tactique -celle de réduire l’enjeu de la primaire à un duel entre l’ancien président et lui-même.

L’ancien Premier ministre a mis en ligne le 24 juillet sur son blog “35 propositions pour la France” dont il appelle ses concitoyens à débattre.

“Miser sur le discrédit de la gauche n’assurerait ni notre victoire, ni notre capacité réelle à moderniser notre pays. Pour incarner une alternative forte et crédible, il faut commencer à bâtir notre projet”, écrit-il.

Réplique de l’ex-ministre sarkozyste Rachida Dati dans Le Figaro Magazine: “Nicolas Sarkozy n’empêche ni le débat d’idées ni l’émergence d’un autre leader ou d’un homme d’Etat, mais nous en sommes loin”.

Jean-François Copé, vainqueur par défaut du duel avec François Fillon pour la présidence de l’UMP, assure oeuvrer à un programme commun à travers les “Assises de la refondation”, mais des analystes jugent que son autorité est trop entamée pour l’autoriser à incarner une improbable “synthèse”.

Entre droite décomplexée, qui assume la reprise de thèmes identitaires du Front national et droite modérée, les divergences paraissent irréconciliables et empêchent l’émergence d’une doctrine. Ce ne serait pas pour déplaire à Nicolas Sarkozy, voire Jean-François Copé, qui joueraient la division latente pour s’imposer in fine, selon des membres du parti.

Les élections municipales de 2014 constitueront à ce titre un arbitrage déterminant entre les tenants de la “droitisation” et ceux d’un recentrage.

Edité par Yves Clarisse

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