July 2, 2013 / 9:30 PM / 5 years ago

Hollande fait un choix d'autorité en limogeant Batho

par Elizabeth Pineau

En sanctionnant Delphine Batho pour avoir critiqué le budget de son ministère, François Hollande a fait mardi le choix d'asseoir son autorité et la cohésion gouvernementale, au risque d'irriter encore le camp écologiste. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

PARIS (Reuters) - En sanctionnant Delphine Batho pour avoir critiqué le budget de son ministère, François Hollande a fait mardi le choix d’asseoir son autorité et la cohésion gouvernementale, au risque d’irriter encore le camp écologiste.

Le départ de la ministre de l’Ecologie a provoqué des réactions surprises et contrastées, certains déplorant une sanction à laquelle ont échappé des collègues plus turbulents, d’autres y voyant une attaque contre la cause verte.

Ce “débarquement express”, selon la formule de certains écologistes mécontents, traduit une volonté de fermeté de l’exécutif, deux mois après l’avertissement de François Hollande dans Paris-Match disant que “personne n’est protégé au gouvernement”.

François Miquet-Marty, de l’institut Viavoice, y voit “une rupture” dans l’attitude du pouvoir.

“C’est une décision politique qui vise à affirmer la cohérence de l’exécutif. Les critiques de Delphine Batho sur le budget 2014 ont été claires et répétées, François Hollande avait clairement affirmé son exigence de cohérence”, a-t-il dit à Reuters.

Pour Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive, François Hollande cherche “à regagner de l’autorité”.

Cette démission marque un changement de stratégie de l’exécutif, qui s’était gardé de toute sanction de ce type malgré les multiples “couacs” ayant émaillé les premiers mois de gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

“AFFIRMER SA COHÉRENCE”

“On a beaucoup reproché l’an dernier au président de ne pas avoir été assez exigeant. Là, il a une occasion d’affirmer sa cohérence, d’autant qu’il ne s’agit pas d’un désaccord mineur, mais de fond, sur le budget”, dit François Miquet-Marty.

Aucune sanction majeure jusqu’ici, à une exception près: Nicole Bricq, transférée du ministère de l’Ecologie vers celui du Commerce extérieur après la suspension d’accords de forages pétroliers au large de la Guyane, finalement autorisés.

Avec le départ de Delphine Batho, c’est ce même ministère qui est touché, ce que n’ont pas manqué de relever des élus écologistes en délicatesse sur de nombreux sujets avec le gouvernement socialiste depuis leur arrivée au pouvoir.

Les Verts comptent deux ministres au gouvernement: Cécile Duflot au Logement et Pascal Canfin au Développement.

“On n’est quand même pas loin de la sortie”, a lancé sur BFM-TV le sénateur EELV Jean-Vincent Placé, pour qui il “n’est pas possible pour les écologistes de voter un budget pour l’écologie en baisse”.

Pour François Miquet-Marty, le président de la République ne prend pas un grand risque en se mettant à dos une partie de ses alliés écologistes.

“La colère des Verts est compréhensible et légitime car ils peuvent lire ce limogeage comme un manque d’attention accordé à l’écologie, dit-il.

“Mais cette colère n’est pas un enjeu d’opinion prioritaire. Quand bien même les deux ministres quitteraient le gouvernement, ça ferait des turbulence politiques mais ça aurait qu’un effet très modeste dans l’opinion”

REMPART DE LA NOTORIÉTÉ

L’eurodéputé EELV, Yannick Jadot, s’est déclaré “scandalisé par la façon” dont Delphine Batho a été limogée.

Le tweet envoyé dans l’après-midi par Matignon pour annoncer la convocation de la ministre a d’ailleurs fait l’objet de nombreuses railleries sur les réseaux sociaux.

“Celle qui a dit la vérité a été exécutée”, s’est pour sa part emporté le centriste Jean-Luc Bennahmias.

Du côté des autres ministres, l’heure était à la prudence.

“La décision a été prise au nom de la cohérence d’expression gouvernementale”, a déclaré le chef de la diplomatie, Laurent Fabius, évoquant un “avertissement” pour le reste du gouvernement.

Sur BFM-TV, sa collègue des Sports, Valérie Fourneyron, a relevé la nécessaire “solidarité collective autour de la crédibilité et du sérieux de ce budget”.

Pour Jean-Vincent Placé, l’éviction de Delphine Batho est une injustice si on compare son attitude avec celle de membres du gouvernement auteurs d’autres sorties de route.

“Quand j’entends le nombre d’âneries qu’a pu proférer M. Montebourg depuis 18 mois, il y a deux poids deux mesures”, a-t-il estimé.

A la différence du bouillonnant ministre du Redressement productif, Delphine Batho n’a pas été protégée par le rempart de la notoriété.

“Delphine Batho n’a auprès de l’opinion ni la popularité ni la notoriété qui aurait pu la protéger. Elle est au fond ni très connue ni très populaire”, dit François Miquet-Marty.

La ministre sortante “n’était ni la plus connue ni la plus appréciée des Français dans le cadre de son action”, renchérit Jean-Daniel Lévy. “La place de l’écologie au sein du gouvernement n’était pas perçue par les Français comme étant centrale”.

Malgré un budget en baisse, Matignon a confirmé mardi la priorité gouvernementale à la “transition énergétique”.

L’opinion va désormais faire connaissance avec Philippe Martin, député du Gers jusqu’ici peu présent dans les médias.

Edité par Marc Joanny

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