May 24, 2013 / 5:38 AM / 5 years ago

Les attentats suicide du Mujao au Niger ont fait 21 morts

par Abdoulaye Massalatchi

NIAMEY (Reuters) - Les attentats suicide islamistes perpétrés jeudi au Niger contre une base militaire à Agadez et une mine d’uranium d’Areva à Arlit, plus au nord, ont fait 21 morts et des dizaines de blessés.

Ces actions coordonnées, menées à l’aube, ont été revendiquées par le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao), pour venger l’intervention militaire de la France lancée en janvier au Mali voisin pour chasser les groupes djihadistes qui s’étaient emparés du nord du pays.

Ce qui tend à montrer que, malgré l’intervention française, le Mujao et les autres groupes djihadistes maliens restent capables d’actions d’envergure au Sahara.

A Arlit, 14 civils au moins ont été blessés et deux islamistes tués lors de l’explosion d’une voiture piégée à la mine d’uranium de la Somaïr, la plus importante du pays.

Areva, qui contrôle 63% du capital de la Somaïr, a par la suite indiqué qu’un membre de son personnel avait succombé à ses blessures. Il n’y a pas de Français parmi les victimes, a dit un porte-parole du gouvernement nigérien.

Le groupe a, en conséquence, décidé de suspendre la production dans sa mine d’uranium “jusqu’à nouvel ordre”. Cette mine représente près de 30% de la production d’uranium d’Areva.

A Agadez, 20 soldats nigériens au moins ont été tués et 16 autres blessés au cours d’une attaque lancée par des kamikazes, a annoncé le ministre nigérien de la Défense, Mahamadou Karidjo, à la radio d’Etat. Trois islamistes ont également été tués.

Après un échange de tirs nourri, les forces de sécurité sont parvenues à restaurer le calme.

“Nous contrôlons la situation”, a déclaré le ministre de la Défense. Les forces armées réaffirment leur engagement à défendre le Niger et son peuple, quel qu’en soit le prix.”

Un quatrième islamiste, qui retenait “deux ou trois soldats en otage” dans un baraquement, a finalement été “neutralisé” par les forces anti-terroristes nigériennes jeudi en fin de journée, apprend-on de source militaire.

“Je ne sais pas s’il a été pris vivant, mais, apparemment, il n’avait pas d’otages. Il voulait juste nous faire penser cela pour nous tromper”, a commenté ce responsable.

“ANÉANTIR” LES TERRORISTES

Selon l’agence officielle ANP, les islamistes sont entrés sur le territoire nigérien à partir de la Libye voisine porteurs de ceintures d’explosifs. Après plusieurs heures de fusillades, trois des assaillants ont été tués, a dit le ministre nigérien de la Défense, qui a jugé la situation “sous contrôle”.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou, a annulé un voyage prévu en Ethiopie pour un sommet de l’Union africaine. Il a décrété un deuil de 72 heures au Niger.

Le Niger a joué une rôle crucial lors de la crise malienne, dépêchant notamment 650 soldats dans le cadre de la force africaine Misma. Les Etats-Unis y ont déployé un drone de surveillance et ont entraîné les forces ouest-africaines destinées à servir au Mali.

En déplacement en Allemagne, François Hollande a assuré que Paris appuierait “tous les efforts des Nigériens pour faire cesser la prise d’otages” et “anéantir” le groupe qui a mené ces attaques.

“Que chacun comprenne bien que nous ne laisserons rien passer”, a dit le président français. “Il ne s’agit pas d’intervenir au Niger comme nous l’avons fait au Mali mais nous aurons la même volonté de coopérer pour lutter contre le terrorisme et nous protégerons aussi nos intérêts.”

L’extraction d’uranium au Niger, qui représente environ 20% des besoins français, est stratégique pour Areva, tant pour l’alimentation des centrales nucléaires françaises que pour la vente de cette matière à ses clients étrangers.

Une partie de cette production provient du site de la Somaïr (Société des mines de l’Aïr), à Arlit. C’est sur ce site que Pierre Legrand, Daniel Larribe, son épouse Françoise, Thierry Dol et Marc Furrer avaient été enlevés le 16 septembre 2010 par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Areva emploie environ 2.700 salariés au Niger, dont 98% sont des Nigériens. Une trentaine d’expatriés travaillent sur les sites d’Imouraren et d’Arlit.

“Le renforcement de la sécurité sur tous nos sites est assuré par les forces nigériennes”, précise Areva dans son communiqué. En janvier, des sources françaises avaient annoncé que Paris comptait dépêcher des forces spéciales pour renforcer la sécurité.

Avec David Lewis à Bamako, James Regan, Marion Douet, Gérard Bon et Matthieu Protard à Paris; Hélène Duvigneau, Tangi Salaün, Jean-Loup Fiévet et Danielle Rouquié pour le service français

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