March 29, 2013 / 2:42 PM / 6 years ago

François Hollande, la solitude du "chef de bataille"

par Elizabeth Pineau

"Chef de bataille" autoproclamé, François Hollande est désormais seul en première ligne dans son pari du retour de la croissance et du recul du chômage, au risque de prendre tous les coups dans un pays touché par une profonde crise économique et morale. /Image du 28 mars 2013/REUTERS/France 2

PARIS (Reuters) - “Chef de bataille” autoproclamé, François Hollande est désormais seul en première ligne dans son pari du retour de la croissance et du recul du chômage, au risque de prendre tous les coups dans un pays touché par une profonde crise économique et morale.

En 75 minutes d’entretien télévisé suivi par huit millions de Français, le président s’est posé en garant des résultats de sa politique, maintenant “le cap”, privilégiant la première personne -“Je suis lucide”, “J’ai le cuir solide”, “Je suis en ordre de bataille, je suis le chef de cette bataille”.

Il n’a jamais prononcé le nom du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ni d’un seul membre du gouvernement.

Le président français s’est notamment engagé plus que jamais sur l’inversion de la courbe du chômage à la fin de l’année, qui n’est désormais plus un objectif mais une obligation de résultat dont il sera seul comptable devant l’opinion le moment venu.

Or, le volontarisme mâtiné de pédagogie exprimé par le président s’est heurté vendredi à une nouvelle salve de mauvais chiffres annonçant un dérapage du déficit public, après ceux de la croissance atone, du pouvoir d’achat en berne et d’un chômage au zénith.

Pour un conseiller de l’Elysée, le fait d’avoir personnalisé la prestation n’était pas délibéré, l’absence de mention des membres du gouvernement traduisant “simplement le fait que le président était, lui, très présent, très concerné”.

“CRISTALLISATION DES ATTENTES”

“Il y avait quand même une grosse attente de sa parole. Il voulait expliquer, rendre compte, convaincre”, a-t-il ajouté. “C’est vrai que ça personnalise davantage le propos mais de toutes les façons on vit dans un dans un système où la personnalisation et la cristallisation des attentes sur le président est très forte désormais”.

Le côté très technique de certaines démonstrations, de même que des formules comme “boîte à outils” contre le chômage ont été jugées malheureuses par la droite et des éditorialistes.

Le président a soufflé le chaud et le froid sur les patrons, promettant d’un coté un “choc de simplification” des démarches administratives, et mettant, de l’autre, à contribution les entreprises pour la taxe des 75% visant les plus riches.

L’entourage du président avouait vendredi qu’il aurait aimé le voir parler moins d’économie et plus de sécurité.

“La partie économique et sociale était un peu trop ‘techno’, mais en même temps ce sont des sujets techniques où il faut donner des précisions sinon on vous reproche d’être flou”, commente un proche conseiller.

Là où le camp présidentiel a souligné un souci de renouer avec le pays, le président de l’UMP, Jean-François Copé, a vu un “décalage terrible” entre le chef de l’Etat et l’état du pays, évoquant sur RTL une “rupture profonde” entre François Hollande et ses concitoyens.

Craignant pour sa part la “spirale d’une France à l’arrêt”, l’ancien ministre centriste Jean-Louis Borloo est allé jusqu’à évoquer “un chemin vers une éventuelle dissolution” de l’Assemblée nationale, à l’automne prochain.

L’extrême gauche est restée sur sa faim, tel le communiste Pierre Laurent déplorant un président “totalement déconnecté des urgences sociales”.

SUR LE TERRAIN

Si son entourage assure que l’interview télévisée n’était pas faite pour les sondages, l’heure reste grave pour François Hollande dont la cote de popularité oscille autour de 30%, un record sous la Ve République à ce moment du mandat.

Selon une enquête Mediaprims pour le site d’informations Atlantico, 60% des personnes interrogées disent ne pas avoir trouvé le chef de l’Etat convaincant.

Dans ce sombre tableau, la seule éclaircie est venue vendredi du côté de la représentation syndicale. En vertu du nouveau tableau publié, la CGT et FO, les plus critiques à l’égard du gouvernement, ne pourront imposer seuls des accords.

La méthode de concertation voulue par l’équipe socialiste pourra donc se poursuivre en 2013, notamment sur les retraites, sujet explosif qui a vu les Français descendre par millions dans les rues ces dernières années.

François Hollande s’est d’ores et déjà engagé dans la discussion en se prononçant pour un allongement de la durée de cotisation, au risque de braquer les syndicats.

Toujours en première ligne, le président devrait parler plus souvent dans les médias dans un proche avenir. “Il n’attendra pas six mois pour s’exprimer de nouveau”, dit un conseiller, qui annonce également pour dans un mois environ le prochain déplacement présidentiel de 48 heures en région.

Sur le terrain, François Hollande compte aussi sur les 37 membres du gouvernement, à qui il a demandé lors du dernier conseil des ministres de se déplacer davantage.

Les préfets sont invités à mettre en place au plus vite les dispositifs pour l’emploi et engager dès fin avril le “choc de simplification” administratif promis à la télévision.

Edité par Yves Clarisse

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