20 février 2013 / 15:53 / il y a 5 ans

Les otages français enlevés au Cameroun conduits au Nigeria

par Tansa Musa

LES FRANÇAIS ENLEVÉS AU SAHEL DEPUIS 2009

YAOUNDÉ (Reuters) - Les islamistes qui ont enlevé une famille de sept Français, dont quatre enfants, mardi dans le nord du Cameroun, les ont conduits au Nigeria, disent les autorités camerounaises.

“Les ravisseurs ont franchi la frontière nigériane avec leurs otages”, a déclaré le secrétaire d‘Etat aux Affaires étrangères Joseph Dion Ngute, dans un communiqué.

Par la suite, il a précisé que les ravisseurs et leurs otages s‘étaient dirigés vers le Nigeria tout d‘abord en voiture, mais que celle-ci était tombée en panne. Ils ont alors continué à moto.

“Ils ont pris ensuite une femme en otage, avec sa voiture et sont passés au Nigeria”, a-t-il dit.

“Nos forces et celles du Nigeria, ont été placées en alerte, mais avant qu‘elles aient pu réagir, les ravisseurs avaient disparu”, a expliqué le secrétaire d‘Etat.

Au Nigeria, le colonel Sagir Musa, porte-parole de l‘armée, s‘est borné à dire que les forces nigérianes étaient en alerte, “prêtes à arrêter les éléments criminels ou terroristes entrés sur notre territoire”.

Selon la télévision nationale camerounaise, une unité militaire française est arrivée au Cameroun pour participer aux recherches. Un porte-parole du ministère français de la Défense a cependant jugé cette information “sans fondement”.

L‘enlèvement n‘a pas été revendiqué mais, selon le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, les éléments disponibles laissent penser qu‘il est l‘oeuvre de la secte islamiste nigériane Boko Haram.

“Nous estimons que c‘est la secte Boko Haram qui a procédé à l‘enlèvement mais on n‘a pas encore la signature et là, malheureusement, la terreur succède à l‘horreur, cette secte (...) est en train d‘enlever des enfants”, a-t-il dit à Paris sur l‘antenne de France 2.

AUCUN LIEN AVEC LE MALI

Interrogé sur un éventuel lien entre le rapt et l‘opération militaire française lancée le 11 janvier au Mali pour vaincre les groupes islamistes armés qui dominaient le nord du pays, Jean-Yves Le Drian a répondu par la négative: “On ne peut pas le dire (...) Le Nigeria c‘est une autre situation”.

“A l‘heure actuelle, non (le lien n‘est pas établi) mais la méthode oui. Ce sont des groupes qui se réclament du même fondamentalisme, qui ont les mêmes méthodes, que ce soit au Mali, que ce soit en Somalie ou que ce soit au Nigeria”.

Ces groupes souhaitent instaurer une zone de non-droit entre le Golfe de Guinée et le Soudan, “un très grand Sahel”, une zone où passent tous les trafics, a souligné Jean-Yves Le Drian.

Le président François Hollande avait refusé mardi d‘établir un lien entre l‘intervention française au Mali et l‘enlèvement.

Pour Gérard Longuet, prédécesseur de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense, “s‘il est avéré que c‘est la secte terroriste Boko Haram, c‘est un événement très important pour l‘Afrique”.

“Parce que cela veut dire que cette secte intervient au-delà des frontières, dans un pays indépendant qui était calme et qui ne peut pas accepter qu‘un Etat voisin ne mette pas de l‘ordre chez lui,” a-t-il déclaré sur BFM TV.

QUINZE OTAGES

Quinze Français sont désormais retenus en otage dans le monde -tous en Afrique. Avant l‘enlèvement de mardi au Cameroun, sept otages étaient détenus au Sahel et un autre au Nigeria par des groupes islamistes.

Le Nord-Est du Nigeria, frontalier du Cameroun, est un bastion de Boko Haram, qui a pris les armes pour tenter d‘imposer la “charia” (loi coranique) dans la moitié nord du pays le plus peuplé d‘Afrique, lequel compte approximativement autant de musulmans que de chrétiens.

La secte a commis nombre d‘attentats et attaques au Nigeria ces dernières années. En novembre 2011, elle a fait exploser des bombes dans des églises, des mosquées et des commissariats de police de Damaturu dans le nord-est du Nigeria, tuant 65 morts.

Le mois suivant, la secte avait revendiqué des attentats à la bombe le jour de Noël, notamment contre une église près d‘Abuja, qui avaient fait 37 morts. En janvier 2012, 186 personnes ont péri dans des attentats et des fusillades à Kano, attaque la plus meurtrière commise à ce jour par Boko Haram.

En juillet dernier, des attentats revendiqués par Boko Haram ont fait 65 morts, notamment à Jos, dans l‘Etat du Plateau.

Outre Boko Haram, la région est la proie de bandes criminelles qui profitent de l‘insécurité provoquée par l‘insurrection islamiste pour se livrer à des attaques à main armée.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a “formellement déconseillé” aux Français d‘aller dans l‘extrême Nord du Cameroun, des rives du Lac Tchad au sud de Maroua et à la frontière avec le Nigeria, “jusqu‘à nouvel ordre”. La France compte 6.000 ressortissants au Cameroun.

Avec Marine Pennetier à Paris, Bate Felix et John Irish à Dakar, Joe Brock à Abuja; Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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