17 janvier 2013 / 10:49 / dans 5 ans

L'armée française en position d'attente dans l'ouest du Mali

par Bate Felix et Marco Trujillo

Militaires français à Bamako, mercredi. La France a déployé 1.400 soldats sur le sol malien et des combats sont en cours, notamment autour de la ville de Diabali aux mains des islamistes (centre-ouest), a déclaré jeudi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. /Photo prise le 16 janvier 2013/REUTERS/Joe Penney

BAMAKO/SEGOU, Mali/PARIS (Reuters) - Les soldats français au Mali semblent être entrés dans une guerre d‘usure face aux rebelles islamistes qui contrôlent Diabali, petite ville du centre-ouest du pays, alors que les premiers renforts ouest-africains sont arrivés.

Une centaine de militaires togolais ont débarqué jeudi à l‘aéroport international de Bamako. Ils devraient être rapidement rejoints par des militaires nigérians déjà en chemin.

Des forces nigériennes et tchadiennes sont par ailleurs en train de se regrouper au Niger, voisin oriental du Mali.

Les forces françaises, qui comptent 1.400 hommes, ont lancé mercredi une opération terrestre contre l‘alliance islamiste composée des groupes locaux Ansar Dine et le Mouvement pour l‘unicité et le djihad en Afrique de l‘Ouest (Mujao), mais aussi des djihadistes d‘Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Au total, la France compte déployer 2.500 soldats au Mali, mais Paris souhaite remettre assez rapidement la mission entre les mains des forces des pays de la Communauté économique des Etats d‘Afrique de l‘Ouest (Cédéao). Paris a obtenu en décembre un mandat des Nations unies pour le déploiement d‘une force de 3.300 hommes pour aider l‘armée malienne à reprendre le nord du Mali aux islamistes.

Les troupes françaises sont arrivées aux portes de Diabali, à 360 km au nord de Bamako, l‘armée malienne s‘efforçant de son côté de boucler la frontière avec la Mauritanie voisine pour couper la retraite aux islamistes.

La France n‘a cependant pas lancé d‘assaut contre la ville, évoquant notamment le souci de protéger la population civile, les rebelles étant embusqués à l‘intérieur des maisons.

Toutes les communications avec Diabali ont été coupées, mais les habitants qui ont pu fuir la ville ont commencé à livrer des témoignages sur les combats qui s‘y déroulent.

“Les islamistes sont nombreux à Diabali. A chaque fois qu‘ils entendent un avion, ils se précipitent à l‘intérieur des maisons et traumatisent leurs habitants”, a raconté une femme qui a réussi à partir dans la nuit avec ses trois enfants.

“La vie est difficile pour la population du nord du Mali et la communauté internationale se doit de venir en aide à ces gens”, a déclaré le lieutenant-colonel togolais Mawoute Bayassim Gnamkoulamba. “C‘est la raison pour laquelle nous pensons qu‘il est nécessaire pour nous de protéger le Mali et nous sommes fiers aujourd‘hui d‘accomplir cette mission”.

“LA POPULATION EST PRÊTE”

Le maire de Diabali, Salif Ouedrago, interrogé jeudi par la radio malienne, a indiqué qu’“il y avait des morts du côté des djihadistes. Ils les ont enterrés hier (mercredi).”

Un porte-parole du Mujao a parlé de bombardements de l‘armée française, mais assuré qu‘aucun engagement au sol n‘avait eu lieu dans la ville, ce qu‘a confirmé un porte-parole du ministère français de la Défense. “Il y a des accrochages, mais dans un autre secteur”, a-t-il dit, sans plus de précision.

L‘armée malienne a de son côté dépêché des renforts à Banamba, une ville entre Bamako et la frontière avec la Mauritanie, où Aqmi dispose de camps d‘entraînement et où des mouvements de groupes islamistes ont été repérés.

Un habitant de Banamba a confirmé l‘arrivée de soldats dans cette ville située à 140 km au nord de la capitale malienne.

“Banamba est en état d‘alerte”, dit-on de source militaire malienne. “Les troupes nigérianes qui sont attendues à Bamako aujourd‘hui pourraient y être déployées pour sécuriser la zone.”

Une colonne de véhicules blindés transportant environ 200 soldats nigériens, mais aussi des camions-citernes et des ambulances, attend par ailleurs à la frontière entre le Niger et le Mali, ont rapporté des témoins.

Mercredi, le chef de la diplomatie tchadienne a annoncé que son pays allait envoyer 2.000 soldats, qui comptent parmi les mieux entraînés de la région.

“On a vu un certain nombre de troupes opérationnelles arriver ces derniers jours sur le sol malien”, se félicite-t-on de source gouvernementale française, parlant d‘une “accélération” du processus.

Dans les localités contrôlées par les islamistes, les communications avec les habitants sont devenues plus difficiles parce que certaines tours de communications mobiles ont cessé de fonctionner. Les habitants disent que les rebelles soupçonnent toute personne utilisant un téléphone mobile de passer des informations à l‘ennemi.

“Il n‘y a plus de poste de police. (Les islamistes) se sont dispersés dans la ville et se sont mélangés à la population”, raconte Ibrahim Mamane, un habitant de Gao parvenu à atteindre la frontière avec le Niger.

“La population est prête et attend les forces françaises à bras ouverts. Si elles attaquent Gao, les gens combattront les islamistes à mains nues.”

Avec Tiemoko Diallo à Bamako et Gérard Bon à Paris, Tangi Salaün, Bertrand Boucey, Jean-Loup Fievet et Danielle Rouquié pour le service français

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