25 décembre 2012 / 18:07 / il y a 5 ans

La Constitution égyptienne adoptée à 63,8%

par Marwa Awad et Yasmine Saleh

Décompte des bulletins de vote à Bani Sweif, à une centaine de kilomètres au sud du Caire. Le projet de Constitution égyptienne a été approuvé par 63,8% des voix exprimées lors du référendum des 15 et 22 décembre. /Photo prise le 22 décembre 2012/REUTERS

LE CAIRE (Reuters) - Le projet contesté de Constitution égyptienne a été approuvé par 63,8% des voix exprimées lors du référendum des 15 et 22 décembre, a annoncé mardi soir la commission électorale.

Le résultat officiel est conforme aux estimations diffusées depuis ce week-end par les Frères musulmans comme par l‘opposition, regroupée au sein du Front de salut national et hostile au texte qui dénonçait des irrégularités.

La victoire du “oui” ouvre la voie à des élections législatives dans un délai de deux mois environ. Ce scrutin va de nouveau polariser l‘Egypte entre le bloc islamiste, vainqueur de toutes les consultations électorales depuis la chute d‘Hosni Moubarak et une opposition disparate mais qui a resserré les rangs à l‘occasion de la campagne référendaire.

“Nous avons examiné avec sérieux toutes les plaintes”, a précisé le juge Samir Abou el Matti lors d‘une conférence de presse.

La participation officielle ressort à 32,9% des inscrits.

Après les violentes manifestations qui ont précédé le référendum, organisé en deux phases à sept jours d‘intervalle, Le Caire semblait calme mardi soir à l‘annonce des résultats définitifs, et les partis d‘opposition n‘ont pas lancé d‘appels à manifester.

“Les résultats (officieux) étaient très bizarres et pourtant aucun changement n‘a été opéré dans le score, ce qui prouve que rien n‘a été fait pour prendre nos plaintes en ligne de compte”, a réagi Khaled Dawood, un des porte-parole de l‘opposition.

Le président Mohamed Morsi considère que l‘adoption de la Constitution met un terme à la longue et turbulente période post-révolutionnaire qui a suivi la chute de Moubarak en février 2011.

Mais certains commentateurs estiment que la méthode forte employée par le chef de l‘Etat pour faire passer le texte n‘a fait que galvaniser l‘opposition, qui dénonce une constitution dangereuse pour les libertés, les droits des femmes et des minorités, dont les chrétiens coptes (10% de la population).

Le président ne pourra donc pas s‘appuyer sur un consensus national pour affronter les problèmes économiques au moment où Le Caire tente de boucler les négociations avec le FMI sur l‘octroi d‘un prêt équivalent à 3,6 milliards d‘euros.

Le déficit budgétaire égyptien a atteint 11% du produit intérieur brut dans l‘année fiscale à juin 2012 et devrait dépasser cette année encore les 10% du PIB. La dette publique représente 70% de la richesse nationale, un montant très élevé pour un pays en développement.

L‘agence de notation américaine Standard & Poor’s a abaissé lundi la note souveraine à long terme de l‘Egypte, qui a limité les mouvements d‘argent à 10.000 dollars afin d‘atténuer la pression sur la livre égyptienne et de prévenir tout retrait d‘argent massif de la part des épargnants.

STABILITÉ ET SÉCURITÉ

Dans un communiqué publié avant l‘annonce des résultats officiels, le Premier ministre, Hicham Kandil, a “souligné l‘importance de la stabilité politique et de la sécurité pour la période à venir, pour que les investisseurs étrangers puissent revenir sur le marché égyptien, ainsi que les rentrées du tourisme qui aident à soutenir les réserves en devises et à réduire le déficit budgétaire”.

“Les principaux objectifs sur lesquels travaille aujourd‘hui le gouvernement sont la réduction du déficit budgétaire et l‘augmentation de la croissance pour augmenter l‘emploi, réduire l‘inflation et accroître la compétitivité des exportations égyptiennes”, a-t-il ajouté.

Mohamed Morsi a renoncé à augmenter des taxes sur de nombreux produits comme les boissons alcoolisées, le tabac ou les téléphones mobiles peu avant la première phase du référendum, mais il pourrait devoir revenir sur ces décisions pour obtenir le déblocage du prêt du Fonds monétaire international.

Face à la colère populaire que ces mesures ne manqueraient pas de provoquer, les Frères musulmans, qui avec les salafistes ont balayé l‘opposition laïque et libérale lors des premières législatives de l‘après-Moubarak l‘hiver dernier, auraient la tâche plus difficile lors des prochaines échéances électorales.

Hossam El-Din Ali, un vendeur de journaux de 35 ans dans le centre du Caire, craint une vague d‘austérité. “Les gens ne veulent pas de hausse des prix. Ils en ont assez de toute ça. C‘est la récession, rien ne bouge, mais je souhaite le meilleur, si Dieu le veut”, dit-il.

Jean-Stéphane Brosse, Julien Dury et Henri-Pierre André pour le service français

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