21 décembre 2012 / 14:58 / dans 5 ans

2012: l'année de tous les espoirs à gauche du PS

par Chine Labbé

2012 a été l'année de tous les espoirs pour la gauche de la gauche, portée par une campagne présidentielle flamboyante, le score à deux chiffres de Jean-Luc Mélenchon et les déceptions liées à la politique de la majorité socialiste. /Photo prise le 22 avril 2012/REUTERS/Joel Saget/Pool

PARIS (Reuters) - 2012 a été l‘année de tous les espoirs pour la gauche de la gauche, portée par une campagne présidentielle flamboyante, le score à deux chiffres de Jean-Luc Mélenchon et les déceptions liées à la politique de la majorité socialiste.

Mais le Front de gauche est entré en fin d‘année dans une phase incertaine, des tiraillements se faisant jour entre un Jean-Luc Mélenchon qui multiplie les attaques frontales contre le gouvernement socialiste, et un Parti communiste qui a certes refusé d‘y participer, mais se situe dans la majorité.

“C‘est un moment qui n‘est pas évident à passer”, souligne Stéphane Rozès, président de Cap.

“Pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a su faire synthèse entre une gauche anticapitaliste et une gauche antilibérale, une gauche de gouvernement et une gauche protestataire, une gauche républicaine et une gauche différentialiste. Mais hors de ce creuset présidentiel, ce sont plutôt les tendances centrifuges qui s‘expriment”, ajoute-t-il.

Animal politique, Jean-Luc Mélenchon place pendant la campagne la barre à gauche toute et “remet le rouge à la mode”.

Dans ses meetings, il convoque l‘histoire révolutionnaire et entonne l‘Internationale. Costume sombre, chemise blanche et cravate rouge, il investit les grandes places du pays, et multiplie les succès de foule, attirant jusqu‘à 120.000 personnes le 18 mars place de la Bastille, à Paris.

Alors que François Hollande peine à susciter l‘enthousiasme, Jean-Luc Mélenchon “fait rêver”, jugent les analystes.

En mars, après que le candidat socialiste eut évoqué une taxe à 75% pour les revenus supérieurs à un million d‘euros par an et un “coup de pouce” au smic, le tribun de “l‘autre gauche” se félicite d‘une “mélenchonisation” des esprits.

Porté par des sondages qui font de lui le potentiel “troisième homme” de la présidentielle, il se fixe comme objectif de passer devant la présidente du Front national.

TIRAILLEMENTS ENTRE PCF ET PG

Mais s‘il réussit à siphonner une partie de l‘électorat d‘extrême gauche, et à atteindre un score à deux chiffres avec 11,1% des voix, le soir du 22 avril, la déception est grande parmi ses soutiens. Eliminé, il arrive loin derrière Marine Le Pen, signe que sa stratégie “Front contre Front” a échoué.

Pourtant, il persiste et décide d‘aller affronter la présidente du Front national à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais.

Entre lui et celle qu‘il qualifie de “chauve-souris”, “semi-démente” ou encore “yéti de la politique” française, s‘engage alors une bataille hautement médiatique qui éclipse les autres candidats de la gauche de la gauche.

Accusé d‘être un parachuté, Jean-Luc Mélenchon fait de ces législatives un test national. Mais la “revanche” a un goût amer. Dans cette ville dont Marine Le Pen a fait son laboratoire, il est encore une fois éliminé dès le premier tour.

“Elle court devant, je cours derrière, je cours plus vite, je finirai par la rattraper”, veut croire Jean-Luc Mélenchon.

Mais nombreux sont ceux qui, jusque dans ses partisans, remettent en question sa stratégie. Au lendemain des élections législatives, le Front de gauche perd 9 sièges dans la nouvelle Assemblée, et son leader se voit privé de tribune nationale.

Dans ce contexte, les tiraillements entre Parti communiste (PCF) et Parti de gauche refont surface.

Officiellement, le Front de gauche est toujours en ordre de marche. Il tient pour la première fois en 2012 ses propres universités d‘été, mène la fronde contre le traité européen et prévoit une grande campagne contre l‘austérité en janvier 2013.

Mais les discussions sur sa structure, notamment la question des adhésions directes chère au Parti de gauche, stagnent. Au PCF, on reconnaît l‘existence de “nuances” sur la “posture” à adopter au sein de la coalition électorale.

Fin juin, les communistes décident de ne pas participer au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, mais promettent une attitude “constructive”, ce qui n‘empêche pas les sénateurs communistes de fragiliser la majorité dont ils estiment faire partie, en bloquant plusieurs de ses textes.

Jean-Luc Mélenchon multiplie de son côté les échanges musclés avec un gouvernement qu‘il qualifie de “plan-plan”, ce qui lui vaut le titre de “meilleur opposant” à François Hollande, devant des personnalités de droite et d‘extrême droite.

“Il y a clairement deux lignes de force à l‘intérieur du Front de gauche”, souligne Stéphane Rozès. “Le PC est dans une sorte de réalisme, non pas sur le fond mais dans l‘attitude à adopter à l‘égard du PS et du gouvernement, et Mélenchon a une attitude plus flamboyante, plus romantique, plus tonitruante”, ajoute-t-il.

“RÉÉQUILIBRAGE”

Depuis septembre, chaque parti organise ses propres événements et prépare son propre congrès, qui aura lieu en février pour le PCF et fin mars pour le PG.

Malgré une forte présence médiatique, l‘écho de Jean-Luc Mélenchon s‘affaiblit, et un “rééquilibrage” s‘opère en faveur du Parti communiste, observent des politologues.

Après plus de trois décennies de déclin continu, le PCF enregistre 6.500 nouvelles adhésions en 2012 - pour 134.000 adhérents au total contre 12.000 pour le Parti de gauche- et grimpe jusqu‘à 32% de bonnes opinions en septembre, son plus haut niveau depuis huit ans, avant de redescendre à 23% en décembre, d‘après un baromètre TNS Sofres pour Le Figaro.

Le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, qui a entamé un bras de fer avec le gouvernement au Sénat, s‘imposant ainsi sur le devant de la scène médiatique, évoque un “communisme de nouvelle génération”.

Sans rôle officiel, la présidence du Conseil national du Front de gauche lui ayant été refusée par le PCF, Jean-Luc Mélenchon veut de son côté imposer l‘idée d‘une majorité alternative dont il pourrait être le Premier ministre.

Celui dont la hantise est “de ne pas se laisser enfermer dans un coin”, développe une nouvelle philosophie politique, “l‘écosocialisme”, et veut attirer à lui tous les déçus du “hollandisme”, des écologistes à l‘aile gauche du PS.

Une amorce de dialogue se fait en fin d‘année, sous l‘égide de la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann et de son club de réflexion “Gauche Avenir”. “Nous pensons qu‘il y a des alternatives à gauche, et nous restons convaincus que l‘union est un combat”, dit-elle.

Mais avec une cote de popularité qui baisse dans les sondages, de 46% en mai à 29% en décembre, selon un baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine, Jean-Luc Mélenchon apparaît de moins en moins comme le rassembleur de la présidentielle.

Regrettant “l‘outrance du verbe” mais aussi une “dérive gauchisante”, le co-fondateur du Parti de gauche, et son seul député, claque la porte en décembre de la formation qu‘il a créée en 2008 avec Jean-Luc Mélenchon.

“L‘objectif est d‘ouvrir une alternative. Pas de créer une organisation condamnée à la minorité”, explique Marc Dolez dans les colonnes de Libération, précisant qu‘il restera un militant du Front de gauche. “Ne donnons pas l‘impression que l‘adversaire du Front de gauche c‘est le PS.”

Edité par Yves Clarisse

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