December 18, 2012 / 9:19 AM / 6 years ago

Dans le centre de Damas, la guerre ne cesse de se rapprocher

- Ce reportage a été réalisé par des journalistes indépendants, dont les noms ne sont pas révélés pour des raisons de sécurité -

A Daraya, dans la banlieue de Damas. Du centre de Damas, les Syriens peuvent désormais voir des nuages de fumée s'élever au-dessus de leurs têtes et ressentir les secousses provoquées par les explosions en provenance d'une ligne de front toujours plus proche. /Photo prise le 16 décembre 2012/REUTERS/Hussam Chamy

DAMAS (Reuters) - Du centre de Damas, les Syriens peuvent désormais voir des nuages de fumée s’élever au-dessus de leurs têtes et ressentir les secousses provoquées par les explosions en provenance d’une ligne de front toujours plus proche.

Les places sur lesquelles le président Bachar al Assad organisait jadis des rassemblements de soutien de dizaines de milliers de personnes sont désormais désertes et entourées de panneaux de béton de deux mètres de haut.

Près de deux ans après le début d’un soulèvement pacifique devenu progressivement une guerre civile, les rebelles s’enfoncent toujours plus profondément vers le coeur de la capitale. Damas se prépare à leur arrivée et l’angoisse se lit sur les visages.

“Il y a de la peur et de la douleur dans le coeur des gens, un sentiment de désespoir et de sidération en raison de l’énormité de la crise”, dit Souad, architecte dans le quartier de Salihiya. “Les détonations de toutes sortes - d’obus de mortier, d’artillerie, d’avions de chasse - indiquent que la ligne de front se rapproche”, ajoute-t-elle.

Cité millénaire, Damas a survécu à toutes les conquêtes, d’Alexandre Le Grand aux croisés en passant par les premiers califes arabes. Mise à sac par les envahisseurs mongols en 1400, elle a ensuite été prise par les Turcs puis occupée par des armées européennes au cours du XXe siècle. La ville est de nouveau attaquée, cette fois par son propre peuple.

Dimanche, des avions de chasse ont bombardé le quartier du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, dont les insurgés affirment avoir pris le contrôle lundi. Jamais le régime n’avait lancé un tel raid aérien si près du centre de Damas.

AFFLUX DE RÉFUGIÉS

Une nouvelle vague de milliers de déplacés est venue chercher refuge au coeur de la capitale. Les combats ont déjà contraint de nombreux habitants à fuir plusieurs faubourgs de Damas à mesure que les rebelles progressent à l’est et au sud de la ville.

Avec sa famille, Oum Hassan doit plier bagages pour la troisième fois en quelques mois après avoir déjà fui deux autres quartiers tenus par les rebelles et assiégés par les forces gouvernementales. L’appartement dans lequel ils venaient de s’installer à Yarmouk est désormais sous les balles.

“Une fois de plus, je dois partir. Je ne sais vraiment pas quand tout cela s’arrêtera”, dit-elle. “Que Dieu nous aide.”

Bachar al Assad a encore des partisans à Damas, non seulement parmi les membres de sa communauté alaouite qui craignent des représailles collectives en cas de chute du régime, mais aussi parmi les chrétiens inquiets de la présence de sunnites radicaux parmi les insurgés.

Beaucoup de Damascènes issus de la majorité sunnite aspirent aussi à un retour au calme et craignent qu’un renversement de Bachar al Assad ne plonge le pays dans le chaos.

D’autres prient en revanche pour son départ dans l’espoir que cela mettrait fin à la guerre.

Quelles que soient leurs opinions politiques, les habitants de Damas ont pour première préoccupation leur sécurité.

Ceux qui disposent de logements au coeur de la capitale, relativement épargné par les violences, accueillent parents et proches fuyant les combats. Mais la place vient à manquer.

“Je me suis installé chez mes parents avec les familles de tous mes frères et soeurs. La maison de ma femme est pleine d’oncles et de tantes. Qui a encore de la place maintenant ?”, interroge Issam, un habitant du centre de Damas rentrant chez lui après le travail. “La plupart des familles que je connais sont dans la même situation et j’aimerais savoir ce qui arrivera aux réfugiés qui continuent à arriver.”

Il a toutefois un début de réponse: “Dans certains quartiers commerçants, les rideaux des boutiques ne sont pas fermés. Si vous regardez à l’intérieur, vous pouvez voir que des familles entières s’y sont installées. Ils ne peuvent pas retourner chez eux.”

Malgré cet afflux vers le centre de Damas, les loyers ont chuté et certains appartements sont vides.

“Le loyer que je demande représente 70% de ce que je faisais payer avant, et encore, c’est quand je trouve un locataire”, dit un habitant. “On pourrait croire que la demande augmente (...) mais les gens ont le sentiment qu’aucun endroit n’est vraiment sûr.”

“CE QU’IL RESTE DE NOS VIES LÀ-BAS”

Les réseaux d’entraide se multiplient, même si beaucoup d’habitants agissent en secret par crainte d’éventuelles représailles des forces du régime.

Waël, qui organise des tournées hebdomadaires avec des étudiants, concentre ses efforts sur une population différente chaque semaine: “Parfois, on fait des paquets pour les enfants, parfois pour les femmes, parfois pour les hommes.”

“Cette semaine, on va se concentrer sur ceux de Yarmouk”, dit-elle.

Les habitants de Damas se préparent au pire.

Face aux pannes de courant de plus en plus fréquentes, tout le monde cherche à acquérir un générateur. Un magasin dans la Vieille Ville dit en vendre 25 par jour.

Il est quasiment impossible de se procurer du carburant et le prix du bidon d’essence a quadruplé.

Dans les faubourgs de l’est de la ville tenus par les rebelles, les voitures ignorent les feux tricolores, endommagés par les combats ou éteints par les pannes de courant.

Damas est traversé par de nouvelles frontières : Tadamoun et Kadam dans le sud sont clairement aux mains des insurgés. Les rebelles sont postés à des barrages, supervisent la distribution de pain ou acheminent de la nourriture dans la campagne environnante, elle aussi tombée entre leurs mains.

De nombreuses familles ayant fui ces zones rurales aux abords de Damas se lamentent de ne pouvoir y revenir en raison des barrages des forces gouvernementales.

“Je ne sais pas ce qui est arrivé à ma maison, elle se trouve à l’est”, dit Issam. “Mes voisins sont aussi venus s’installer dans le centre de Damas et ils ne savent pas ce que sont devenus leurs commerces. Tout le monde aimerait savoir ce qu’il reste de sa vie là-bas.”

La semaine dernière, un avion de ligne a survolé Damas, un événement rare en raison des combats aux abords de l’aéroport.

Employé de bureau, Khaled prie pour que la prochaine fois il s’agisse d’un avion emportant Bachar al Assad vers l’exil : “Les gens espèrent se réveiller un jour et constater qu’il a fui le pays pacifiquement.”

Bertrand Boucey pour le service français

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