15 décembre 2012 / 08:27 / dans 5 ans

L'Egypte, divisée, vote sur une nouvelle Constitution

par Yasmine Saleh et Giles Elgood

<p>A l'ext&eacute;rieur d'un bureau de vote, au Caire. Plusieurs dizaines de personnes patientaient devant certains bureaux de vote, qui ont ouvert &agrave; 08h00 et fermeront 12 heures plus tard, au Caire et dans d'autres villes, alors que quelque 26 des 51 millions d'&eacute;lecteurs &eacute;gyptiens sont appel&eacute;s aux urnes ce samedi pour s'exprimer sur un projet de Constitution vivement d&eacute;nonc&eacute; par l'opposition. Ce r&eacute;f&eacute;rendum se d&eacute;roulera en deux temps, avec un deuxi&egrave;me jour de scrutin samedi prochain. /Photo prise le 15 d&eacute;cembre 2012/REUTERS/Khaled Abdullah</p>

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens ont commencé à voter ce samedi sur un projet de Constitution vivement dénoncé par l‘opposition, qui accuse les islamistes de chercher à imposer un carcan religieux au pays, près de deux ans après le renversement d‘Hosni Moubarak.

Plusieurs dizaines de personnes patientaient devant les bureaux de vote, qui ont ouvert à 08h00 (06h00 GMT) et fermeront théoriquement douze heures plus tard, au Caire et dans d‘autres villes.

Une grande partie des juges ayant refusé de superviser les opérations de vote, ce référendum se déroulera en deux temps, avec un deuxième jour de scrutin samedi prochain.

La première phase, ce samedi, concerne quelque 26 des 51 millions d’électeurs égyptiens.

Les bureaux de vote pourraient ouvrir également dimanche pour permettre à tous les électeurs de s‘exprimer, selon un membre de la commission supervisant le référendum, et les Egyptiens de l’étranger, qui ont commencé à voter mercredi, pourraient également bénéficier d‘un délai supplémentaire.

Le président Mohamed Morsi figurait parmi les premiers électeurs à glisser leur bulletin dans l‘urne. Des images le montrant dans le bureau de vote et trempant son doigt dans l‘encre, une procédure destinée à éviter qu‘une même personne ne vote plusieurs fois, ont été diffusées à la télévision.

L‘opposition, qui n‘est pas parvenue à empêcher la tenue de cette consultation mais a tout de même obtenu du chef de l‘Etat, issu de la confrérie islamiste, le retrait d‘un décret lui accordant provisoirement des pouvoirs étendus, a appelé à voter non par la voix du Front de salut national (FSN), formé pour l‘occasion.

“L‘adoption d‘un projet de Constitution qui divise et qui viole les libertés et valeurs universelles est un moyen infaillible d‘institutionnaliser l‘instabilité et le trouble”, écrit samedi l‘opposant politique et prix Nobel de la paix, Mohamed ElBaradeï, sur son compte Twitter.

LES FRÈRES MUSULMANS CONFIANTS

Devant les bureaux de votes se trouvaient partisans et opposants du projet de Constitution.

<p>Dans un bureau de vote au Caire. Les Egyptiens &eacute;taient appel&eacute;s aux urnes ce samedi pour se prononcer sur un projet de Constitution vivement d&eacute;nonc&eacute; par l'opposition, qui accuse les islamistes de chercher &agrave; imposer un carcan religieux au pays, pr&egrave;s de deux ans apr&egrave;s le renversement d'Hosni Moubarak. /Photo prise le 15 d&eacute;cembre 2012/REUTERS/Khaled Abdullah</p>

“Les cheikhs nous ont dit de voter ‘oui’. Et j‘ai lu la constitution et elle me plaît”, raconte Adel Imam, un homme de 53 ans patientant dans la file d‘attente d‘un bureau de la banlieue du Caire. “Les pouvoirs du président sont moins importants qu‘auparavant. Il ne peut être un dictateur.”

“J‘ai voté ‘oui’ pour la stabilité, déclare de son côté Ahmed Abou Rabu, un commerçant de 39 ans. Je ne peux pas dire que tous les articles de la Constitution soient parfaits, mais je vote pour aller de l‘avant. Je ne veux pas que les Egyptiens tournent en rond, perdus à jamais dans cette transition.”

Les chrétiens, qui représentent environ 10% des 83 millions d‘Egyptiens, craignent de leur côté que les islamistes, longtemps réprimés sous le régime de Hosni Moubarak, ne rognent sur les libertés.

“J‘ai voté ‘non’ par devoir patriotique. La constitution ne représente pas tous les Égyptiens”, explique Michael Nour, enseignant chrétien de 45 ans à Alexandrie.

Les Frères musulmans semblent confiants dans l‘adoption de cette nouvelle Constitution.

Bien que n’étant pas à l‘origine de la révolution ayant abouti au renversement d‘Hosni Moubarak, les Frères musulmans ont remporté tous les scrutins organisés depuis grâce notamment à une présence efficace sur le terrain à travers le pays.

La confrérie semble en outre miser sur la lassitude de la population face au chaos politique et économique persistant.

Coalition hétéroclite de libéraux, de laïcs, de chrétiens ou encore de partisans de l‘ancien régime, l‘opposition accuse les Frères musulmans de vouloir passer en force sur un texte élaboré par une assemblée dominée par les islamistes.

Si le texte est approuvé, des élections législatives devraient être organisées dans le courant de l‘année 2013 pour former un nouveau parlement.

Les résultats officiels du référendum seront annoncés uniquement après le deuxième jour de vote mais des tendances devraient rapidement émerger après ce samedi.

Avec Ahmed Fahm, Tamim Elyan, Marwa Awad au Caire et Abdel Rahman Youssef à Alexandrie; Bertrand Boucey et Agathe Machecourt pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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