3 décembre 2012 / 06:54 / dans 5 ans

Procès d'un ancien trader de la Caisse d'Epargne

par Thierry Lévêque

<p>Boris Picano-Nacci, ancien trader de la Caisse d'Epargne, compara&icirc;tra &agrave; partir de ce lundi en correctionnelle &agrave; Paris pour abus de confiance dans l'enqu&ecirc;te sur une perte de trading de 751 millions d'euros subie par le groupe en 2008. /Photo d'archives/REUTERS/Jean-Paul P&eacute;lissier</p>

PARIS (Reuters) - Un ancien trader de la Caisse d‘Epargne, Boris Picano-Nacci, comparaîtra à partir de lundi en correctionnelle à Paris pour abus de confiance dans l‘enquête sur une perte de trading de 751 millions d‘euros subie par le groupe en 2008.

Il s‘agit de la deuxième affaire de ce type jugée en France après celle de l‘ex-trader de la Société générale Jérôme Kerviel, frappé en octobre en appel de trois ans de prison ferme pour une perte de 4,9 milliards d‘euros en 2008.

Boris Picano-Nacci, 37 ans, a été arrêté en 2008 après une plainte de la Caisse nationale des caisses d’épargne et de prévoyance (CNCE), qui fait aujourd‘hui partie de Groupe BPCE, rapprochement des Banques Populaires et de Caisse d‘Epargne.

L‘affaire avait permis au grand public de découvrir que l’établissement emblématique du placement de père de famille, “L‘Ecureuil”, se livrait aux activités spéculatives de marché avec ses fonds propres, appelées “trading en compte propre”.

Du fait de la crise financière, la Caisse d’épargne avait décidé en avril 2008 l‘arrêt de cette pratique à risque. Boris Picano-Nacci aurait donc dû liquider ses positions d‘ici décembre 2008.

Le trader, qui était responsable du portefeuille dérivés-actions, se voit reprocher d‘avoir enfreint l‘interdiction en misant secrètement en septembre-octobre sur le marché des produits dérivés, continuant malgré plusieurs alertes.

Il en a lui-même informé ses supérieurs le 10 octobre 2008, avant que ses positions ne soient dénouées sept jours plus tard, produisant la perte de 751 millions d‘euros.

L‘accusation soutient que le prévenu a dissimulé ses opérations par des mensonges. Relevant de “graves lacunes” de contrôle, la Commission bancaire a frappé l’établissement de 21 millions d‘euros d‘amendes et d‘un blâme.

DES DIRIGEANTS LIMOGÉS

Le président de la Caisse d’épargne Charles Milhaud a été contraint à la démission sans “parachute doré” mais a retrouvé ensuite un poste à la tête de la filiale off-shore Oceor. Deux autres responsables, le directeur général Nicolas Mérindol et Julien Carmona, chargé des risques, avaient été limogés.

Pour sa défense, Boris Picano-Nacci, qui admet une faute professionnelle mais pas d‘infraction pénale, a dit que ses opérations avaient été approuvées par sa hiérarchie et que l‘ordre de mettre fin à son activité n‘excluait pas à ses yeux une stratégie “agressive”.

Toutes ses opérations ont été enregistrées dans les bases de données de la banque et ne pouvaient être ignorées de sa hiérarchie, dit-il. Il encourra jusqu’à cinq ans de prison ferme et l‘imputation éventuelle de la totalité du préjudice, c‘est-à-dire l‘obligation de le rembourser dans la mesure de ses moyens, comme Jérôme Kerviel.

Les deux affaires présentent des similitudes. Le prévenu, comme Jérôme Kerviel, ne se voit pas imputer de troubles psychiatriques ou psychologiques mais semble avoir agi dans la seule idée d‘accumuler le maximum de gains possible.

Dans les deux cas, les banques ont été sanctionnées par la commission bancaire pour contrôle défaillant.

Le procès Kerviel avait montré à cet égard un inquiétant mode de fonctionnement des salles de marché. La hiérarchie de Jérôme Kerviel ne comprenait pas totalement les opérations très complexes réalisées par les traders sur les marchés et les systèmes informatiques ne permettaient pas de les décrypter, ont montré les audiences de ce procès.

Il est en outre apparu que les équipes administratives censées réguler ces activités étaient méprisées en interne et peu armées pour véritablement exercer leur mission.

Des épisodes de ce type se sont aussi produits à l’étranger.

Kweku Adoboli, ancien trader de la banque suisse UBS, a ainsi été condamné le 20 novembre à Londres à sept ans de prison pour avoir fait perdre 2,3 milliards de dollars (1,8 milliard d‘euros) à son employeur.

Edité par Emmanuel Jarry

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