25 novembre 2012 / 14:39 / il y a 5 ans

Le décret Morsi plonge l'Egypte en pleine effervescence

par Tom Perry et Patrick Werr

<p>Dimanche, la Bourse du Caire a plong&eacute; de pr&egrave;s de dix pour cent au premier jour de sa r&eacute;ouverture apr&egrave;s la publication, jeudi soir, du d&eacute;cret Morsi qui a pris les Egyptiens par surprise. Jamais les valeurs n'avaient accus&eacute; une telle baisse depuis la "r&eacute;volution du Nil" qui a abouti en f&eacute;vrier 2011 &agrave; la chute d'Hosni Moubarak. /Photo prise le 25 novembre 2012/REUTERS/Asmaa Waguih</p>

LE CAIRE (Reuters) - L‘Egypte aborde la semaine en pleine effervescence politique après la décision du président Mohamed Morsi de s‘arroger des pouvoirs étendus, provoquant la colère de l‘opposition et des magistrats.

Un demi-millier de personnes ont été blessées lors de manifestations de rues depuis vendredi, au lendemain d‘un décret surprise du chef de l‘Etat s‘appropriant de nouvelles prérogatives et le mettant à l‘abri de poursuites judiciaires.

Manifestations et contre-manifestations sont prévues en début de semaine, à commencer ce dimanche après-midi où les partisans des Frères musulmans sont appelés à descendre dans la rue après les prières.

Mardi, partisans et adversaires du “nouveau Pharaon d‘Egypte”, comme l‘appellent désormais ses détracteurs, sont invités à protester en masse, ce qui fait redouter de nouvelles violences.

Dimanche, la Bourse du Caire a plongé de près de dix pour cent au premier jour de sa réouverture après la publication, jeudi soir, du décret Morsi qui a pris les Egyptiens par surprise. Jamais les valeurs n‘avaient accusé une telle baisse depuis la “révolution du Nil” qui a abouti en février 2011 à la chute d‘Hosni Moubarak.

Les images de manifestants affrontant les forces de l‘ordre sur une place Tahrir, épicentre de la révolution de 2011, noyée sous les gaz lacrymogènes ont effrayé les investisseurs.

“On revient à la case départ, politiquement et socialement parlant”, déplore Mohamed Radouane, courtier chez Pharos Securities.

Samedi, les juges égyptiens, considérés comme proches de l‘ancien régime, sont montés les premiers au créneau en lançant un appel à la grève des prétoires.

Mohamed ElBaradeï, l‘ancien directeur général de l‘Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui s‘est jeté dans l‘arène politique sous l’étiquette libérale, a quant à lui traité Mohamed Morsi de “dictateur”.

MORSI CONSULTE, LA BOURSE PLONGE

Pour la gauche, les libéraux, les socialistes et d‘autres, le décret révèle les tendances autocratiques d‘un apparatchik des Frères qui avait été jeté en prison sous l’ère Moubarak.

“Il n‘y a pas de place pour le dialogue lorsqu‘un dictateur impose les mesures les plus oppressives et détestables qui soient (...) j‘attends, et je l‘espère rapidement, une déclaration très ferme de condamnation de la part des Etats-Unis, des Européens et de tous ceux qui ont vraiment à coeur la dignité humaine”, a ajouté Mohamed ElBaradeï dans un entretien accordé à Reuters et à Associated Press.

Des adversaires du décret Morsi campaient toujours dimanche, pour la troisième journée consécutive, dans le centre de la capitale. Le président, d‘après les médias officiels, continue pour sa part de consulter ses conseillers.

“J‘ai vraiment peur que les deux camps fourbissent leurs armes en prévision de violences”, déclare Hassan Nefaa, professeur de sciences politiques à l‘université du Caire. “Mohamed Morsi a fait une grosse erreur de jugement, c‘est sûr. Mais le contraindre à faire marche arrière apparaîtrait comme une défaite”.

Pour Ossama Mourad, du cabinet de courtage Arab Financial Brokerage, “les investisseurs savent que les décisions prises par le chef de l‘Etat ne seraient pas acceptées et qu‘il y aurait des affrontements dans la rue”.

Les marchés faisaient pourtant montre ces derniers mois d‘une plus grande confiance envers la capacité du gouvernement du président Mohamed Morsi, élu démocratiquement, à s‘attaquer aux problèmes économiques et politiques de l‘Egypte.

Le principal indice de la Bourse du Caire a ainsi enregistré une hausse de 35% depuis sa victoire électorale en juin.

L‘annonce, la semaine dernière, d‘un accord de principe avec le Fonds monétaire international pour l‘octroi d‘un prêt de 4,8 milliards de dollars nécessaire pour renflouer les finances publiques avait également renforcé la confiance des investisseurs.

Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Pascal Liétout

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