24 novembre 2012 / 10:04 / dans 5 ans

Bugarach attend avec hâte l'après fin du monde

par Jean Décotte

<p>Le petit village de Bugarach, dans l'Aude, qui doit &ecirc;tre pr&eacute;serv&eacute; de la fin du monde le 21 d&eacute;cembre 2012, selon une interpr&eacute;tation du calendrier maya, aspire &agrave; retrouver sa tranquillit&eacute;. Les curieux affluent, ce qui est bon pour le tourisme comme le reconna&icirc;t le maire Jean-Pierre Delord, mais trouble la qui&eacute;tude du lieu. /Photo d'archives/REUTERS/Jean-Philippe Arles</p>

BUGARACH, Aude (Reuters) - “Ne venez pas à Bugarach !”, lance le maire, soucieux de dissuader les “gens un peu tracassés” d‘affluer dans ce petit village de l‘Aude qui doit être préservé de la fin du monde le 21 décembre 2012, selon une interprétation du calendrier maya.

Comme nombre de ses 200 administrés, Jean-Pierre Delord n‘a qu‘une hâte: que sa commune du sud de la France et l‘imposant pic rocheux qui la surplombe retrouvent leur tranquillité après cette date considérée par certains comme la fin d‘une ère.

Terre de légendes, Bugarach est au centre de nombreuses rumeurs sur internet qui font de son pic un “garage pour extraterrestres”, un “refuge” face à la fin des temps, et drainent depuis plusieurs mois les passionnés d’ésotérisme, les curieux... et les journalistes du monde entier.

Un important dispositif de sécurité doit être déployé le 21 décembre autour du village pour contrôler tout afflux de population, symbole de l’écho médiatique rencontré par ces théories et de la gêne qu‘elles impliquent pour les habitants.

“Mon message est très simple: je dis aux gens qu‘il faut qu‘ils ne viennent pas sur Bugarach, parce que de toute façon il n‘y a rien à voir”, souligne Jean-Pierre Delord.

“Il y aura surtout des forces de police pour préserver la population du village et aussi préserver d’éventuels dommages corporels : l‘hiver est une période difficile, malheureusement on peut avoir de la neige et des gens qui se retrouvent dans la difficulté parce que nous, petit village, on n‘aura pas les moyens de les mettre à l‘abri.”

COMME AU ZOO

Dans les ruelles de Bugarach, alors que le pic est encore nimbé de brumes matinales, les habitants semblent habitués aux caméras et aux micros. “Au moins un journaliste par jour”, sourit-on au petit bureau de poste, près des ruines du château.

Les curieux aussi affluent, ce qui est bon pour le tourisme comme le reconnaît le maire, mais trouble la quiétude du lieu.

“On a l‘impression d’être au zoo”, confie Valerie Austin, une retraitée britannique installée ici depuis plus de 20 ans.

“Il y a des gens qui viennent voir si nous sommes bizarres, ou s‘il y a quelque chose de bizarre. Certaines réactions sont très amusantes: ils se promènent dans la rue, s‘enthousiasment pour de simples volets et prennent des photos. Mais des jolis volets, il y en a partout en France (...) Juste parce que c‘est Bugarach, il faut que cela soit bizarre.”

Selon Jean-Pierre Delord, au moins 10.000 personnes par an gravissaient en temps normal les pentes du “Pech” de Bugarach. L‘affluence a doublé depuis un an.

L’élu attend lui aussi le 22 décembre avec impatience.

“C‘est sûr qu‘on a envie qu‘il y ait un retour à la normale. A la fin, de nous harceler avec toujours les mêmes questions, ça devient pénible”, dit-il, ajoutant toutefois ne pas craindre de débordements le jour J grâce aux mesures prises par la préfecture.

Une centaine de gendarmes seront déployés pour interdire l‘accès au pic et pour filtrer les accès au village, a indiqué à Reuters le préfet de l‘Aude, Eric Freysselinard.

“Il peut y avoir deux menaces: soit des illuminés, qui croiraient vraiment à ces prophéties - nous n‘y croyons pas trop parce qu‘il n‘y a pas de gourou ou de secte sur cet événement”, souligne le haut fonctionnaire.

“PRÉVOIR TOUTES LES POSSIBILITÉS”

“Le deuxième risque, il est plutôt que trop de badauds, trop de curieux veuillent venir, alors qu‘il n‘y a pas grand-chose à voir (...) La région est belle à visiter quand elle est sauvage. Si j‘ai un message à donner, c‘est : ‘Ne venez pas le 21 décembre, ce n‘est pas un bon jour pour visiter’.”

Le pic de Bugarach, qui culmine à 1.230 mètres, pourrait être venteux et enneigé à ce moment-là de l‘année, et il s‘agit “d’éviter les accidents”, souligne le préfet.

Face à toute cette agitation, certains locaux préfèrent prendre les choses avec le sourire, comme Jean-Pierre Billard, qui vit dans un village voisin.

“C‘est des bêtises tout ça, je ne pense pas qu‘il y ait des extraterrestres”, explique cet employé communal. “C‘est comme l‘an 2000, c‘est des histoires.”

Pour mieux en rire, le solide gaillard de 44 ans a posté sur un site de partage de vidéos un montage photo alliant des clichés du “Pech” et des images de soucoupes volantes ou d‘extraterrestres célèbres.

Et il a déjà coché la date de “l‘après fin du monde” sur son calendrier. “Le 22 décembre, on va faire la fête !”

Avec Chris Bockman, édité par Yves Clarisse

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