October 25, 2012 / 2:23 PM / 6 years ago

Le gouvernement pris entre deux feux sur la compétitivité

par Jean-Baptiste Vey

Le gouvernement français est pris entre deux feux sur la question de la compétitivité qui pose l'équation complexe de l'offre et de la demande dans un moment de faiblesse politique et surtout de marasme prolongé de la conjoncture. /Photo d'archives/REUTERS/Andrew Winning

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français est pris entre deux feux sur la question de la compétitivité qui pose l’équation complexe de l’offre et de la demande dans un moment de faiblesse politique et surtout de marasme prolongé de la conjoncture.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a refusé de donner la moindre indication sur ses projets lors d’un entretien à la radio mercredi. Et le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, n’avait rien annoncé après une réunion sur le sujet lundi.

Une nouvelle réunion vendredi autour du Premier ministre portera sur la question du coût du travail, qui concentre l’essentiel des interrogations, sur fond de fortes pressions en provenance de chefs d’entreprise alarmistes.

En attendant, des “fuites” à répétition sur le rapport que doit remettre le 5 novembre Louis Gallois entretiennent la chronique. Le Parisien écrit jeudi que l’ex PDG d’EADS prônera la fin des 35 heures, ce qu’il a démenti formellement.

Jean-Marc Ayrault n’a pas caché son agacement sur la séquence actuelle. “Vous pourrez continuer tous les jours votre petit feuilleton, ça ne m’intéresse pas, parce que quand on parle d’un rapport qu’on n’a même pas lu, je pense que ce n’est pas très sérieux”, a-t-il dit à des journalistes.

Une chose semble acquise : les entreprises n’obtiendront pas le “choc de compétitivité” qu’elles réclament, qui impliquerait de reporter rapidement des dizaines de milliards d’euros de cotisations sociales patronales vers les particuliers.

La raison en est à la fois politique et économique.

“DES GROS PROBLÈMES” DE CALIBRAGE

En chute dans les sondages, l’exécutif craint de braquer l’opinion avec de nouvelles hausses de prélèvements, alors qu’il s’est empressé d’annuler la “TVA sociale” de Nicolas Sarkozy une fois arrivé au pouvoir après l’avoir stigmatisée pendant la campagne présidentielle.

La raison économique est elle aussi complexe et divise les tenants de l’”offre”, qui prônent une baisse du coût du travail, et ceux de la “demande”, qui veulent protéger la consommation.

La possibilité d’une contraction de l’économie française fin 2012 se renforçant, les autorités semblent avoir choisi cette dernière voie, considérant qu’une hausse importante des taxes tuerait tout espoir de reprise.

Plutôt qu’un “choc”, elles travaillent donc sur une “trajectoire de compétitivité”, dont les contours sont flous.

Pierre Moscovici a ainsi déclaré mardi que la compétitivité serait améliorée “sans faire peser davantage de poids sur le pouvoir d’achat”, brouillant la piste d’une hausse modérée de la CSG ou de la TVA, une hausse massive étant par avance écartée.

“Ils ont des gros problèmes à calibrer cette mesure”, estime Fabrice Montagné, économiste France chez Barclays.

“Ils n’ont aucune marge de manoeuvre pour organiser ce transfert” de cotisations patronales vers les consommateurs, ajoute-t-il. “Organiser un transfert à minima ou étalé dans le temps facilite le financement de ce genre de mesures mais les rend dans une certaine mesure moins efficaces.”

Après les dizaines de milliards d’euros de hausses d’impôts votées sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, “le gouvernement n’a plus les marges pour baisser les charges sans porter atteinte au pouvoir d’achat”, estime Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de l’institut Xerfi.

Dans ces conditions, juge Eric Heyer, de l’OFCE, en opérant “un choc d’offre compensé par un choc de demande de même ampleur, ce que vous allez gagner d’un côté vous allez le perdre de l’autre”. “Vous pouvez même avoir un choc très négatif.”

IMPOSSIBLE DE SÉPARER COÛT ET HORS COÛT

Selon Le Figaro, Louis Gallois proposera une baisse de 30 milliards d’euros des cotisations sociales, dont 10 milliards de celles versées par les salariés, ce qui compenserait en partie une éventuelle hausse concomitante de la CSG ou de la TVA.

L’organisation patronale Medef défend cette idée d’une baisse conjointe des cotisations patronales et salariales.

S’ils reconnaissent qu’un “choc de compétitivité” pèsera sur les ménages, les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette, Elie Cohen et Emmanuel Farhi défendent cette mesure, qui s’apparente à une dévaluation de facto impossible avec l’euro.

“Une telle dévaluation certes réduit le pouvoir d’achat des ménages à court terme, mais elle stimule l’activité économique en augmentant la compétitivité des secteurs exposés à la concurrence étrangère”, ont-ils écrit dans une tribune commune.

Le coût du travail dans l’industrie est comparable en France et en Allemagne, qui sont en concurrence frontale sur de nombreux marchés.

Mais les industriels français n’ont pas accompagné la modération salariale allemande par une montée en gamme et ont dû baisser leurs marges pour défendre leurs parts de marché. Celles-ci sont aujourd’hui directement sous la menace de pays comme l’Italie ou l’Espagne, qui procèdent à des ajustements douloureux de leurs économies.

D’où l’insistance du gouvernement sur la compétitivité “hors coût”, et sa promesse de favoriser l’innovation et le financement des entreprises et des exportations, tout en espérant que la négociation en cours entre les partenaires sociaux rendra le marché du travail français plus attractif.

“Le problème de compétitivité hors coût est apparu du fait d’une insuffisance de compétitivité coût et de l’obligation pour les entreprises de serrer les marges”, explique Philippe Gudin de Vallerin, chef économiste Europe chez Barclays.

“On ne peut pas dire ‘c’est l’un ou c’est l’autre’, c’est les deux.”

Avec Yann Le Guernigou et Elizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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