October 25, 2012 / 9:18 AM / 6 years ago

Scènes dignes d'une guérilla rurale à Notre-Dame-des-Landes

par Guillaume Frouin

Blocage d'une route par des opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. Depuis plus d'une semaine, les champs de Notre-Dame-des-Landes sont le théâtre d'une "guérilla rurale" entre les opposants au projet d'aéroport et quelque 500 gendarmes et policiers, déployés pour sécuriser la démolition d'une dizaine de maisons occupées illégalement depuis plusieurs années. /Photo prise le 17 octobre 2012/REUTERS/Stephane Mahé

NOTRE-DAME-DES-LANDES, Loire-Atlantique (Reuters) - Depuis plus d’une semaine, les champs boueux de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) sont le théâtre d’une “guérilla rurale” entre les opposants au projet d’aéroport et quelque 500 gendarmes et policiers, déployés pour sécuriser la démolition d’une dizaine de maisons occupées illégalement depuis plusieurs années.

Les tirs de gaz lacrymogènes des forces de l’ordre répondent ainsi épisodiquement aux jets de projectiles dont ils sont la cible de la part de ces 150 à 200 militants anticapitalistes, qui convergent de toute l’Europe depuis des semaines pour combattre “ce projet d’aéroport et le monde qui va avec”, selon le résumé de l’un d’entre eux.

Parmi leurs récents faits d’armes, ces derniers ont réussi à pirater localement les ondes du 107.7 FM - réservées aux radios autoroutières du groupe Vinci, concessionnaire du futur équipement - pour y diffuser leurs informations. Ces militants radicaux ont aussi fait tomber des arbres au milieu des routes pour entraver le passage des engins de chantier et des véhicules de gendarmerie.

“Il n’est pas question de rivaliser avec toute leur armée, mais de les ennuyer le plus possible”, explique Christelle, une squatteuse arrivée il y a deux ans sur la “zone d’aménagement différé” (Zad) du futur aéroport, qu’elle et les autres opposants ont rebaptisée “zone à défendre”.

VISAGE MASQUÉS

Si certains de ses camarades évoluent le visage masqué par des T-shirts ou des écharpes, c’est pour se prémunir du “fichage généralisé” et des “risques juridiques” qu’ils encourent, explique la jeune femme. “La préfecture cherche à criminaliser le mouvement pour mieux le réprimer”, dit-elle.

Sept opposants ont ainsi déjà été placés en garde à vue depuis le début des expulsions, le 16 octobre dernier. L’un d’eux a notamment fait l’objet d’une convocation devant la justice en janvier 2013 pour “participation à un attroupement armé”, dit la préfecture de Loire-Atlantique.

Tous rejettent sur l’Etat la responsabilité des “violences” dont ils sont accusés, et rejettent l’appel au calme lancé par le préfet.

“Sous l’Occupation, ce sont les résistants qu’on traitait de terroristes”, dit François, un cuisinier de 24 ans.

“On ne leur lance que des épis de maïs et des carottes”, affirme Julien, 31 ans, arrivé sur la Zad il y a dix jours en provenance de Toulouse, où lui et sa compagne ont pris part à une “lutte” similaire contre l’expulsion d’un “centre social auto-géré”.

Les forces de l’ordre, de leur côté, disent avoir été la cible “de pierres, de bouteilles et de cocktails Molotov”, d’après la préfecture.

Ces squatteurs, qui occupaient des fermes et terrains rachetés par les pouvoirs publics ou Vinci, ont reçu ces derniers jours le soutien de paysans locaux, opposants historiques à l’aéroport et pas encore expulsables de leurs terres. Tenants d’une ligne plus modérée, ces derniers les approvisionnent en nourriture ou les hébergent dans leurs granges.

Selon la préfecture, les expulsions de ces squatteurs se justifient par l’imminence des travaux préparatoires à la future desserte routière de l’aéroport, qui doivent démarrer en janvier prochain. Ceux de l’aéroport à proprement parler doivent débuter en 2014, pour une mise en service en 2017.

La construction et la concession de l’équipement, situé à 30 km au nord de Nantes, ont été confiées au groupe Vinci, qui évalue son coût à 560 millions d’euros. Il en déboursera 320, le reste étant payé par l’Etat (125,5 millions d’euros) et les collectivités locales (115,5 millions d’euros).

Le projet, dont les écologistes, le MoDem et le Parti de Gauche réclament l’abandon, est porté par l’Etat et soutenu par les élus socialistes locaux, dont le Premier ministre et ancien député-maire de Nantes Jean-Marc Ayrault.

Présenté par ses promoteurs comme un “transfert” de l’actuel aéroport Nantes-Atlantique, situé en périphérie immédiate de la ville et menacé selon eux de saturation, le futur équipement vise à réduire les nuisances en termes de bruit et le sentiment d’insécurité d’une partie des habitants de l’agglomération survolés par les avions.

édité par Patrick Vignal

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