October 7, 2012 / 6:08 PM / in 6 years

Rallye: Sébastien Loeb, dix années pied au plancher

par Simon Carraud

Sébastien Loeb a établi dimanche un nouveau record de neuf titres consécutifs de champion du monde de rallye en s'imposant dans l'étape France-Alsace au volant d'une Citroën DS3 WRC. /Photo prise le 4 août 2012/REUTERS/Roni Rekomaa/Lehtikuva

PARIS (Reuters) - Vient toujours un âge où la vie de famille prend le pas sur la soif de victoires, même pour Sébastien Loeb. Le Français a passé dix ans à vivre pour le rallye, roulant pied au plancher jusqu’à un neuvième et ultime titre mondial, ce week-end.

Cette domination, depuis le premier sacre en 2004, dépasse l’entendement pour les amateurs de sports mécaniques qui n’avaient jamais vu un pilote planer si haut au-dessus de la concurrence, comme affranchi de la gravité.

A 38 ans, il a décidé d’atterrir. La route s’arrête donc là où elle avait commencé pour le natif d’Haguenau, dans le Bas-Rhin, qui s’accordera en 2013 une année quasi sabbatique avec un programme allégé à quelques courses - du moins en rallye.

La question était devenue obsédante ces derniers mois : reprendre le volant la saison prochaine, avec l’espoir de réaliser un décuplé historique, ou arrêter là sa vertigineuse ascension ?

Cette vie nomade, de course en course, d’un bout à l’autre de la planète, semblait peser de plus en plus lourdement pour ce père d’une fille née en 2007.

Les contraintes du métier, à commencer par les fastidieuses reconnaissances avant les courses, ont aussi eu doucement raison de sa passion du pilotage.

“Ça fait quelques temps que je me pose la question de mon avenir”, confiait-il la semaine dernière aux journalistes au moment d’annoncer sa semi-retraite des rallyes, en marge du Mondial de l’Automobile.

GRATIFIANT

Tout là-haut, il n’avait plus de rivaux capables de soutenir la comparaison, ni parmi ses prédécesseurs les plus illustres, ni parmi les pilotes actuels, écoeurés par sa suprématie.

Tommi Mäkinen et Juha Kankkunen ? Replongés dans l’oubli avec leur quatre titres chacun, respectivement entre 1996 et 1999 et entre 1986 et 1993. A lui seul, Sébastien Loeb dépasse le total des deux Finlandais.

Son ancien coéquipier Sébastien Ogier, qui avait eu l’outrecuidance de lui tenir tête jusqu’à la fin de la saison 2011 ? Parti cette saison chez la concurrence à bord d’une voiture incapable de rivaliser. En attendant de prendre les clefs de sa Volkswagen en 2013.

En l’absence de rivaux à sa démesure, il a avalé gloutonnement les records : 75 victoires depuis la première en Allemagne en 2002, onze en une seule saison (2008). Et encore huit cette année.

Il y a sans doute dans la faiblesse - relative - de la concurrence une partie de l’explication. Son départ laissera donc un vide béant, comme le reconnaît Christian Loriaux, directeur technique de Ford.

“Le pilote qui gagnera la saison prochaine, est-ce qu’il pourra se regarder dans la glace et se dire qu’il est le meilleur ? Probablement pas”, a-t-il dit à Reuters. L’hommage est d’autant plus sincère qu’il vient du camp d’en face.

“Gagner quand on n’a pas d’adversaire, ce n’est pas gratifiant. Quand on battait Loeb, on pouvait se dire qu’on avait battu le meilleur des meilleurs.”

Mais l’absence de rival de taille n’explique pas tout : Sébastien Loeb possède tout bonnement des qualités bien au-dessus du commun des pilotes.

“Quand les conditions d’adhérence changent, les autres ont souvent besoin de deux ou trois virages pour s’adapter. Lui paraît capable de très vite changer sa conduite”, explique Christian Loriaux.

INTROVERTI

Olivier Quesnel, ancien patron de Citroën Racing, pousse encore l’analyse : “il a une mémoire visuelle nettement supérieure aux autres pilotes. Il maîtrise beaucoup plus de paramètres quand il prend le départ, ce qui se confirme dans le scénario des courses.”

“Il domine toujours le premier tour mais c’est beaucoup moins le cas au deuxième”, observe-t-il.

Au-delà de sa vista et de son intelligence de course, tous se mettent d’accord sur sa soif de gagner, peut-être l’ingrédient le plus indispensable.

“Il ne lâche jamais rien et il est capable de retourner des situations compliquées”, souligne Yves Matton, qui a succédé à Olivier Quesnel au début de l’année et porté Sébastien Loeb vers son dernier titre.

Cette boulimie l’habite depuis longtemps si l’on en croit Guy Fréquelin, qui l’a découvert en 1998 et lui a confié son premier volant chez Citroën en WRC il y a tout juste dix ans.

“La première fois que je l’ai vu dans mon bureau, j’ai vu qu’il n’était pas très expansif, voire presque introverti. J’ai quand même pu déceler sa rage de vaincre. Mais je ne pouvais pas deviner qu’il aurait cette carrière-là”, raconte-t-il.

Fort mentalement, il l’est aussi physiquement. Son petit gabarit - 1,71 m - et son poids plume malgré un corps musculeux se prêtent parfaitement au rallye. Et c’est un sportif accompli, ancien gymnaste reconverti à l’adolescence.

Depuis cet âge, Sébastien Loeb, de l’oreille jusqu’aux orteils, transpire la passion de son sport et ne vit que pour lui, au prix de quelques sacrifices.

Il s’est livré cette semaine à une confidence sur le site de la WRC : “Quand j’étais gosse, la plupart de mes amis flirtaient avec les filles ou sortaient en boite. Moi, j’étais plutôt intéressé par les motos et les scooters.”

Son année de pré-retraite, transition vers sa vie future, lui permettra de rattraper un peu le temps perdu sur la vie.

En rallye, il a en toujours eu un d’avance.

Edité par Grégory Blachier

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