October 7, 2012 / 7:52 AM / in 6 years

"Baby-Thatcher" et "Dany le rouge" en croisade fédéraliste

par Yves Clarisse

L'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt (à droite) et le leader de Mai-68 Daniel Cohn-Bendit sont partis en croisade pour instaurer un véritable fédéralisme européen, seule solution selon eux pour sauver l'euro et éviter une dérive fasciste dans certains pays. /Photo prise le 1er octobre 2012/REUTERS/Yves Herman

PARIS (Reuters) - L’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt et le leader de Mai-68 Daniel Cohn-Bendit sont partis en croisade pour instaurer un véritable fédéralisme européen, seule solution selon eux pour sauver l’euro et éviter une dérive fasciste dans certains pays.

Les deux députés européens, un libéral qui fut surnommé “Baby-Thatcher” pour l’admiration qu’il vouait dans ses jeunes années à la “Dame de fer” et un écologiste de gauche, entendent lancer le mouvement qui prendrait la forme d’une convention chargée de rédiger une Constitution à partir de 2015.

La crise de l’euro a selon les deux hommes démontré l’impossibilité de gérer les difficultés avec l’architecture institutionnelle actuelle, mélange de fédéralisme et d’intergouvernementalisme peu adapté aux réactions rapides.

“S’il n’y a pas de véritable Etat derrière, ça ne marchera jamais”, explique Guy Verhofstadt, qui vient de publier avec Daniel Cohn-Bendit un petit ouvrage intitulé “Debout l’Europe!” “Les marchés ne nous lâcheront jamais. Ça va tuer l’euro.”

Pour lui, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a seulement “gagné du temps” en annonçant un programme de rachat illimité des dettes souveraines à certaines conditions, mais ce remède ne résoudra pas la crise.

“La moitié des efforts de l’Italie et de l’Espagne sont mangés par les porteurs de titres”, dit Guy Verhofstadt.

Le risque de poursuivre dans la même voie serait grand pour certains pays comme la Grèce, étranglés par la récession et les dettes, estime Daniel Cohn-Bendit.

LE RISQUE D’UN RETOUR DU FASCISME

“Le problème pour la Grèce, c’est le risque du retour du fascisme”, ajoute-t-il. “Les gouvernements européens auront une responsabilité historique.”

L’Allemagne, qui avait accepté la création de l’euro pour éviter d’être hégémonique après sa réunification en 1990, risque de devenir le bouc émissaire d’une construction européenne où elle fait la pluie et le beau temps économique.

Le repli sur les nations est de plus en plus perceptible selon eux et les peuples demandent des réponses que l’Europe, faute d’outils de gestion, ne peut leur donner.

Attablés dans un restaurant parisien vendredi, les deux hommes proposent un schéma fédéraliste classique.

Aux côtés de la BCE, seule institution totalement fédérale, on ferait de la Commission un véritable gouvernement européen contrôle par le Parlement et un “Sénat” composé de représentants nationaux, actuellement le Conseil européen.

L’ensemble serait doté d’un budget conséquent pour parer aux crises, d’une défense commune pour en finir avec des armées pléthoriques et inefficaces sans l’appui américain et d’un passeport européen donnant des droits à tous.

Ils veulent utiliser les élections européennes de 2014 pour créer une convention constituante qui durerait deux ans et déboucherait en 2016 ou 2017 sur un nouveau texte fondamental court qui serait soumis à référendum dans les pays européens.

“La Grande-Bretagne devra décider si elle devient le 51e Etat américain ou si elle reste en Europe”, souligne Daniel Cohn-Bendit, qui ne craint pas l’usage du référendum.

Encore faut-il convaincre les gouvernements de s’engager dans cette voie après l’expérience traumatisante du projet de Constitution européenne rejeté en 2005 par la France.

HÉSITATIONS FRANÇAISES

Le Parlement européen peut être à l’origine du processus puisque le traité de Lisbonne lui donne le droit d’appeler à la constitution d’une convention, rappellent les deux hommes.

Ils pensent qu’Angela Merkel, qui a elle-même appelé au lancement d’un tel processus, serait une alliée même si, selon Daniel Cohn-Bendit, elle “cache quelque chose”.

Il estime que la chancelière ne veut que de “petits aménagements” et surtout pas, par exemple, la création d’euro-obligations qui sont le seul instrument à même de calmer définitivement la spéculation selon les deux compères.

Le débat pourra d’après eux commencer après la clarification qu’apporteront les élections législatives allemandes à l’automne 2013, mais uniquement si la France de François Hollande apporte une réponse aux propositions allemandes.

Or, Paris louvoie pour l’instant, plaidant pour un modèle d’”intégration solidaire” qui passe par l’adoption d’instruments fédéraux de gestion, comme les euro-obligations, mais sans en tirer les conséquences du point de vue de l’architecture institutionnelle de peur de raviver les cicatrices de 2005.

“Il faut que François Hollande confronte Angela Merkel avec une proposition”, estime Daniel Cohn-Bendit.

Edité par Gilles Trequesser

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