October 2, 2012 / 3:53 PM / 6 years ago

Mise en examen des frères Karabatic

par Jean Décotte

Eric Dupont-Moretti, l'avoct des frères Karabatic. De premières mises en examen sont intervenues mardi dans l'affaire du match de handball présumé truqué qui éclabousse le club de Montpellier lors des auditions des suspects, dont les frères Karabatic, par les juges d'instruction montpelliérains. /Photo prise le 2 octobre 2012/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

MONTPELLIER (Reuters) - Nikola Karabatic, maître à jouer de l’équipe de France de handball et son frère Luka ont été mis en examen mardi pour “escroquerie” dans l’affaire de match présumé truqué qui éclabousse le club de Montpellier, a annoncé le parquet de Montpellier.

Treize autres personnes ont également été mises en examen, dont les compagnes des deux joueurs, plusieurs autres professionnels et des membres de leur entourage, a annoncé le parquet de Montpellier dans un communiqué de presse. Le kinésithérapeute du club de Montpellier a par ailleurs été placé sous statut de témoin assisté.

Les personnes mises en cause sont soupçonnées d’avoir empoché un total supérieur à 250.000 euros de gains après avoir parié sur un résultat défavorable de Montpellier, club phare du handball français, face à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine) en championnat de France en mai dernier.

Un contrôle judiciaire a été établi qui interdit à Nikola et Luka Karabatic de communiquer avec les autres joueurs montpelliérains, ce qui les empêche de fait d’exercer leur métier de handballeurs.

“Il n’y a pas (pour Nikola) d’interdiction de communiquer avec son frère, pas d’interdiction de communiquer avec son amie, ni sa belle-soeur. Ils sont quatre à pouvoir communiquer entre eux mais ça l’exclut de fait de jouer. (Nikola) est au chômage, il est au chômage”, a déclaré Me Michaël Corbier, l’un des avocats des deux frères, précisant que la défense allait faire appel de ce contrôle judiciaire.

SANGLOTS

Me Eric Dupond-Moretti, qui conseille également les frères, a lu devant la presse ce qu’il a présenté comme un compte-rendu de l’audition de Nikola lors de sa présentation à un juge.

“Est-ce que j’ai parié ? Non. Est-ce que ma copine l’a fait ? Oui. Pourquoi a-t-elle parié ? Ca fait deux ans qu’elle suit l’équipe de Montpellier et elle connaît bien ce championnat”, a dit le handballeur double champion olympique, avant d’éclater en sanglots, selon son avocat.

“J’ai dédié ma vie au handball, depuis que je suis né je me bats pour ce sport. Me faire passer pour un tricheur c’est inadmissible, c’est un cauchemar.”

Parmi les autres personnes mises en examen, on retrouve également deux anciens joueurs de Montpellier qui évoluent aujourd’hui au Paris Saint-Germain : le Serbe Mladen Bojinovic et un autre champion olympique, Samuel Honrubia.

“M. Honrubia conteste bien évidemment cette accusation. Il reconnaît en revanche, mais ce n’est pas une qualification pénale, avoir participé à un pari”, a déclaré son avocat, Patrick Maisonneuve. “Mais il y a une contestation formelle de tout match truqué.”

Samuel Honrubia a été remis en liberté contre une caution de 9.000 euros, placé sous contrôle judiciaire et a interdiction de prendre contact avec les autres suspects. Mais cette interdiction ne vaut pas pour les joueurs du PSG et il pourra donc jouer.

Primoz Prost, le gardien de Montpellier, a également été mis en examen pour escroquerie, a dit son avocat Frank Nicolleau. Il a interdiction d’entrer en contact avec tous les membres du staff de son club, ce qui l’empêchera aussi de jouer.

“La justice interdit à mon client (...) de travailler”, a dit l’avocat. “Combien de temps ça va durer, on n’en sait rien.”

La présentatrice de télévision Jeny Priez, compagne de Luka Karabatic et un gérant de bar ayant misé de grosses sommes sur le match, avaient auparavant été mis en examen par les juges Thomas Meindl et Marie-Christine Desplat-Didier.

Les propos du procureur de la République de Montpellier, qui a déclaré lundi que de “très fortes suspicions” pesaient sur des joueurs montpelliérains et évoqué un possible “pacte de corruption”, ont suscité de nombreuses réactions indignées de la part de la défense.

“Je voudrais quand même rappeler (...) que les deux Karabatic ne sont pas sur le terrain (le jour du match, NDLR) et il faudra m’expliquer comment on fait perdre une partie quand on ne participe pas et quand on ne joue pas”, a déclaré Me Eric Dupond-Moretti.

LES SUPPORTERS ATTÉRÉS

Le Montpellier Agglomération Handball (MAHB) étant déjà assuré d’un cinquième titre consécutif avant son déplacement à Cesson, près de Rennes, les frères Karabatic étaient absents de la feuille de match et n’ont pas pris part à la défaite des Héraultais (31-28).

“Les propos du procureur sont inadmissibles”, a réagi de son côté Me Caty Richard.

“C’est un réquisitoire avec plein de contre-vérités”, a-t-elle dit, accusant le procureur d’avoir choisi le “lynchage médiatique” pour évoquer une “bêtise” qui selon elle, ne relève pas du cadre pénal.

Cette affaire a plongé dans l’incompréhension le club, sacré champion de France chaque année depuis 2008, vainqueur de la Ligue des champions en 2003 et qui compte dans ses rangs plusieurs champions olympiques.

Parmi les passionnés de handball à Montpellier, l’incompréhension domine.

“On est vraiment atterrés. Je suis pas là pour juger, je ne suis qu’un supporter, mais comme le dit le président (du MAHB Rémy Lévy) il y aura des sanctions”, a dit à Reuters Francis Fernandes, trésorier du club de supporters des Blue Fox.

Claude Onesta, l’entraîneur de l’équipe de France de handball, a évoqué mardi pour la première fois l’affaire et estimé que les deux champions olympiques soupçonnés d’être impliqués, Nikola Karabatic et Samuel Honrubia, avaient commis une “erreur grave” et devraient être sanctionnés.

“S’il y a eu des dérapages, il y aura des sanctions (...) Le moment venu, si les joueurs sont sanctionnés, ils ne seront pas sélectionnés”, a dit le sélectionneur lors d’une conférence de presse à Toulouse.

“C’est un moment que l’on vit avec difficulté (à la fédération française, NDLR) et souffrance. Il faut se préserver de toute conclusion hâtive. La justice instruit et nous attendons les conclusions.”

Avec Guillaume Serries à Toulouse, édité par Hélène Duvigneau

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