September 19, 2012 / 9:44 AM / 6 years ago

Manuel Valls s'impose en franc-tireur à l'Intérieur

par Gérard Bon

Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, s'est imposé depuis quatre mois comme l'un des hommes forts du gouvernement français tout en se singularisant par ses positions sécuritaires. /Photo prise le 19 septembre 2012/REUTERS/Philippe Wojazer

PARIS (Reuters) - Manuel Valls s’est imposé depuis quatre mois comme l’un des hommes forts du gouvernement français tout en se singularisant par ses positions sécuritaires sur le dossier des Roms ou le droit de vote des étrangers.

Le ministre de l’Intérieur, qui incarne la droite du Parti socialiste, s’est encore démarqué mercredi en prônant l’abandon du projet de récépissé pour les contrôles d’identité pourtant annoncé durant l’été par le Premier ministre.

Jean-Marc Ayrault a démenti le même jour toute friction avec son ministre de l’Intérieur, tout en semblant contredire, voire recadrer Manuel Valls sur les “contrôles au faciès”, que François Hollande a promis d’interdire.

Mais Manuel Valls a expliqué par la suite que l’engagement de François Hollande serait bien tenu, mais probablement par d’autres biais que la délivrance de récépissés.

“Il me semble très difficile de retenir cette proposition, elle serait trop bureaucratique et lourde à gérer, porteuse de difficultés juridiques nouvelles”, a-t-il dit lors d’un discours devant les cadres de la police et de la gendarmerie.

“Il me semble qu’il ne faut pas compliquer de manière déraisonnable le travail de terrain”, a-t-il ajouté, assurant qu’il existait de meilleurs façons de traiter le sujet.

Une décision définitive sera prise sur le base d’un rapport du défenseur des Droits chargé d’une étude comparative.

Alors qu’une partie de la gauche lui reproche d’emprunter beaucoup à son prédécesseur UMP Claude Guéant et surtout à Nicolas Sarkozy, Manuel Valls voudrait faire oublier par son discours de fermeté le prétendu “laxisme de gauche”.

Il a toutefois pris le contre-pied des commentateurs mercredi lors de la présentation de sa politique de sécurité aux cadres de la police et de la gendarmerie en insistant sur la fin de la “culture du chiffre” et le respect de la déontologie.

UN PARFUM DE SARKOZYSME

Pour justifier sa stratégie de singularisation - certains de ses amis socialistes lui prêtent l’ambition d’accéder à Matignon - le ministre de l’Intérieur, âgé de 49 ans, se prévaut d’un fort soutien populaire.

Selon une récente enquête CSA, l’ancien maire d’Evry est devenu le ministre préféré des Français (48% d’opinions positives) et séduit les sympathisants de gauche (59%) tout en étant apprécié par ceux de droite (46%).

Il a également creusé son sillon au PS, étant le seul ministre à avoir été accueilli par une standing ovation à l’université d’été du parti à La Rochelle, où il a justifié au nom de “l’ordre républicain” ses penchants sécuritaires.

Arrivé avant-dernier de la primaire socialiste pour la présidentielle, où ses propos sur les 35 heures ou la TVA sociale ont créé la polémique, le trublion du PS a su se rendre indispensable pendant la présidentielle comme porte-parole et homme de confiance de François Hollande.

Plusieurs dirigeants de droite ont également décerné un satisfecit au ministre de l’Intérieur, louant son “pragmatisme” et son “réalisme”.

Même si son zèle à démanteler des camps de Roms en plein mois d’août a suscité un malaise à gauche, Manuel Valls a bénéficié jusqu’à présent d’une relative mansuétude des associations de défense des immigrés.

Mais là encore, le ministre a dû être recadré par le Premier ministre qui, sous la pression de l’Union européenne, a annoncé des mesures en faveur de l’intégration des Roms.

Manuel Valls ayant depuis annoncé 7.000 reconduites hors du territoire de populations venues de Roumanie et de Bulgarie d’ici la fin du mois, la position du gouvernement sur la question semble particulièrement floue.

Si la ligne de fermeté incarnée par l’ancien candidat aux primaires est plutôt appréciée par les syndicats de police, qui attendent toutefois du concret, des voix commencent à s’élever à gauche sur le “parfum de sarkozysme” distillé par le ministre.

Dans le quotidien 20 minutes, daté de mardi, le Syndicat de la magistrature voit une “troublante continuité” entre les propositions de Nicolas Sarkozy après l’affaire Merah et le projet de loi anti-terroriste annoncé par manuel Valls.

Ce texte vise à faire en sorte que les Français partant s’entraîner au djihad en Afghanistan ou au Pakistan puissent être poursuivis en justice.

Edité par Yves Clarisse

Manuel Valls s'est imposé depuis quatre mois comme l'un des hommes forts du gouvernement tout en se singularisant par ses positions sécuritaires sur le dossier des Roms ou le droit de vote des étrangers. Le ministre de l'Intérieur s'est encore démarqué mercredi lors d'un discours devant les cadres de la police et de la gendarmerie en prônant l'abandon du projet de récépissé pour les contrôles d'identité pourtant annoncé durant l'été par le Premier ministre. /Photo prise le 19 septembre 2012/REUTERS/Charles Platiau

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