August 30, 2012 / 5:43 AM / 6 years ago

Manuel Valls rejette le recours à l'armée à Marseille

MARSEILLE/PARIS (Reuters) - Manuel Valls a rejeté jeudi l’appel d’une élue socialiste à l’armée pour lutter contre le crime à Marseille, où les règlements de compte liés au trafic de drogue se multiplient.

Manuel Valls a rejeté jeudi l'appel d'une élue socialiste à l'armée pour lutter contre le crime à Marseille. Deux nouvelles fusillades ont fait deux morts en moins d'une semaine dans la cité phocéenne, portant à 19 le nombre de règlements de comptes enregistrés depuis le début de l'année dans les Bouches-du-Rhône. /Photo prise le 31 juillet 2012/REUTERS/Charles Platiau

La situation à Marseille est une priorité pour le gouvernement mais c’est à la police et la justice qu’il appartient d’y lutter contre la criminalité, a dit le ministre français de l’Intérieur à des journalistes.

Les problèmes de Marseille seront évoqués à Matignon jeudi prochain lors d’un comité interministériel sous la présidence de Jean-Marc Ayrault, apprend-on auprès des services du Premier ministre.

Deux nouvelles fusillades ont fait deux morts en moins d’une semaine dans la cité phocéenne, portant à 19 le nombre de règlements de comptes enregistrés depuis le début de l’année dans les Bouches-du-Rhône.

En 2011, une vingtaine de règlements de comptes, liés pour la plupart au trafic de drogue, ont été recensés dans le département, faisant 16 morts dont 15 à Marseille.

“Les tueries qui se succèdent à Marseille deviennent une attraction médiatique nationale”, déplore Samia Ghali, sénatrice PS et maire des 15 et 16e arrondissements, qui recouvrent des quartiers sensibles du nord de la ville.

“La vérité, c’est qu’aujourd’hui le premier employeur des jeunes dans certaines cités, c’est le trafic de stupéfiants. Si rien ne bouge, on se dirige tout droit vers un système à l’américaine avec des gangs qui se font la guerre sur des territoires où la loi n’a plus cours”, ajoute-t-elle dans un entretien que publie jeudi le quotidien régional La Provence.

Si elle estime que la création de zones de sécurité prioritaires est un “premier pas”, elle juge aussi que seul un recours à l’armée peut ramener le calme dans les cités “gangrenées par la drogue”.

“Aujourd’hui, face aux engins de guerre utilisés par les réseaux, il n’y a que l’armée qui puisse intervenir. Pour désarmer les dealers d’abord. Et puis pour bloquer l’accès des quartiers aux clients comme en temps de guerre, avec des barrages. Même si cela doit durer un an ou deux”, dit-elle.

“MARSEILLE A BESOIN DE SOUTIEN”

Manuel Valls n’a pas tardé à répondre, écartant fermement tout recours à l’armée.

“Je comprends l’appel au secours de la sénatrice Samia Ghali mais il est hors de question que l’armée puisse répondre à ces drames et à ces crimes. Il n’y a pas d’ennemi intérieur et pour s’attaquer au trafic de drogue, au banditisme, à ces règlements de comptes, au trafic d’armes, il faut une action en profondeur de la police et de la justice car les deux vont de pair”, a dit le ministre de l’Intérieur à des journalistes dans la cour du ministère de l’Intérieur.

“Marseille est pour moi, et d’abord pour le Premier ministre et le gouvernement, une priorité qui mérite une réponse dans tous les aspects”, a déclaré Manuel Valls.

“Cette ville, la deuxième ville de France, a besoin du soutien et de la protection de l’Etat”, a-t-il ajouté. “La situation de Marseille (...) mérite une réponse globale et particulièrement forte.”

Les travaux interministériels sur un “programme d’action pour l’agglomération marseillaise” ont débuté depuis l’annonce début août par Manuel Valls des 15 premières zones de sécurité prioritaires, précise-t-on à Matignon.

Ces zones, parmi lesquelles les quartiers nord de Marseille, feront l’objet d’une action de sécurité renforcée pour y combattre la délinquance et y protéger la population.

Samia Ghali s’élève en outre dans les colonnes de La Provence contre ceux qui, dans les rangs de la gauche, réclament la dépénalisation de la consommation de cannabis.

“Je ne supporte pas ces pseudo-gauchos-intellos-bobos qui vous disent que fumer un chichon ce n’est pas grave. Moi, j’ai grandi dans une cité, je sais ce que c’est que les dégâts de la drogue”, dit-elle.

Pour sortir les plus jeunes des cités durement touchées par la crise économique, Samia Ghali demande le rétablissement du service militaire.

“Je propose de rétablir une forme de service militaire qui permettrait à des jeunes déscolarisés, sans emploi, sans formation de sortir de leur quartier et même de quitter Marseille pour huit mois, un an”, précise-t-elle.

La sénatrice PS dit enfin travailler sur un texte législatif qui “permettrait d’accorder un crédit d’impôts aux foyers qui s’équipent de caméras de surveillance”.

Jean-François Rosnoblet et Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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