July 31, 2012 / 2:38 PM / 6 years ago

JO: Tony Estanguet, triplé inouï en eau vive

par Olivier Guillemain

Tony Estanguet est entré dans la légende du sport français en décrochant aux Jeux de Londres sa troisième médaille d'or olympique dans l'épreuve de slalom en canoë monoplace. /Photo prise le 31 juillet 2012/REUTERS/Suzanne Plunkett

LONDRES (Reuters) - Inconsolable il y a quatre ans à Pékin, Tony Estanguet a conjuré le sort mardi à Londres en allant chercher avec les tripes sa troisième médaille d’or olympique dans l’épreuve de slalom en canoë monoplace, un record dans l’histoire du sport français.

Déjà titré à Sydney en 2000 et à Athènes en 2004, le Palois a su dompter les rapides du bassin de Lee Valley pour offrir à la délégation hexagonale son quatrième sacre depuis le début des JO.

Troisième des demi-finales du matin, il a produit une course époustouflante à peine une heure et demie plus tard en signant un temps canon de 97”06 devant l’Allemand Sideris Tasiadis (98”09) et surtout devant le champion olympique sortant slovaque, aussi son grand rival et ami, Michal Martikan, médaillé de bronze en 98”31.

“Cette médaille a été si difficile à aller chercher qu’elle est très belle et très forte. Je viens de vivre un truc de malade”, a déclaré le céiste de 34 ans, juste après avoir chanté les paroles de la Marseillaise sur le podium.

“J’ai travaillé si dur pendant ces quatre dernières années pour produire ce genre de course que je suis plus que ravi”, s’est-il empressé de souligner, comme pour définitivement enterrer le douloureux souvenir de Pékin.

En 2008, toutes les conditions étaient réunies pour que le Français décroche cette fameuse troisième médaille d’or olympique: il était à ce moment-là le leader incontestable de sa discipline et cerise sur le gâteau, le porte-drapeau de la délégation tricolore lors de la cérémonie d’ouverture.

Mais le scénario déjà écrit d’un Tony Estanguet couvert d’or en Chine s’est vite envolé lorsque le Palois, à la surprise générale, s’est fait éliminer dès les demi-finales de l’épreuve.

Aujourd’hui, de son propre aveu, ce cauchemar est terminé.

“Pékin est oublié, ça y est. Mais cela reste une belle histoire, j’étais porte-drapeau là-bas, j’ai vécu une super expérience derrière car il a fallu se remettre en question derrière et se relancer. Grâce à cela, j’ai vécu quelque chose de très fort donc je n’ai pas de regret”, a-t-il expliqué à la presse, un large sourire illuminant son visage.

“Pékin fait vraiment partie de mon histoire et c’est aussi grâce à cela que je peux savourer ce genre de moments. Ce qu’il s’est passé il y a quatre ans, je n’ai pas envie de cracher dessus, au contraire.”

FIN DE CARRIÈRE EN VUE

“C’est grâce à ça j’ai vécu autre chose qu’une victoire. Derrière, je me suis reconstruit, j’ai appris à naviguer différemment, j’ai appris à m’ouvrir, à grandir”, a-t-il poursuivi.

Fidèle à sa nature modeste malgré l’ampleur de son palmarès, Tony Estanguet a tout simplement expliqué que pour lui, devenir le premier Français à remporter trois titres olympiques dans la même discipline ne signifiait pas grand chose.

“Très honnêtement, on ne s’en rend pas compte. Je ne fais pas du sport pour ça. Je ne suis pas là pour faire des records”, a-t-il commencé par dire.

“Ce qui m’importait aujourd’hui c’était d’être bon, de ne pas craquer, d’être à mon meilleur niveau, tout simplement. Les conséquences je n’y pensais pas trop. C’est maintenant que je vais pouvoir commencer à savourer.”

Présente sur les lieux de la compétition, la ministre française des Sports n’a pas tari d’éloges sur Tony Estanguet à l’issue de sa folle finale, “une victoire magnifique”, selon elle.

“Remporter un troisième titre olympique après un parcours sans faute, c’est exceptionnel (...) Cela fait quinze ans que Tony Estanguet est au plus haut niveau mondial, c’est une juste récompense”, a-t-elle déclaré à Reuters.

Une personne a été également bluffée par la performance du Français. Il ne s’agit ni plus ni moins que de son dauphin du jour, l’Allemand Sideris Tasiadis.

“Ce type est mon idole, un immense champion. Il a été incroyablement rapide aujourd’hui et a su résister à la pression. C’est un immense honneur d’être derrière lui”, a-t-il confié.

Peu sensible aux louanges, modestie oblige, Tony Estanguet semblait plus préoccupé par un autre sujet épineux après avoir évoqué sa joie d’être médaillé: la fin de sa carrière.

“Rio 2016 n’est pas envisageable. C’est dur pour moi de me dire que c’est fini, j’aime tellement ça, j’ai tellement pris mon pied pendant ces 20 dernières années que c’est probablement la décision la plus difficile à prendre”, a-t-il dit.

“Je ne vais pas prendre cette décision aujourd’hui mais malheureusement la fin se rapproche et ça va être dur.”

Prié de dire quand, Tony Estanguet a simplement répondu avant de filer à l’anglaise: “Je ne sais pas”.

Edité par Jean Décotte

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below