March 7, 2011 / 7:32 AM / 9 years ago

Le ministère français de l'Economie espionné, le G20 visé

PARIS (Reuters) - Le ministère français de l’Economie et des Finances a été pendant plusieurs semaines la cible d’une attaque informatique très professionnelle visant des documents liés au G20, a expliqué lundi l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).

Le ministère français de l'Economie et des Finances a confirmé lundi avoir été la cible d'une vaste attaque informatique, visant plus de 150 ordinateurs et principalement des documents liés au G20, depuis le mois de décembre dernier. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

La cyber-attaque, révélée par le site internet de ParisMatch, a été confirmée lundi par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et par celui du Budget, François Baroin.

“Il s’agit bien d’une attaque d’espionnage”, a déclaré lors d’une conférence de presse Patrick Pailloux, le directeur général de l’Anssi, qui est rattachée à la Défense. “L’objectif était véritablement de voler de l’information, de façon ciblée.”

Détectée début janvier alors qu’elle avait sans doute commencé plusieurs semaines auparavant, cette attaque a touché environ 150 postes informatiques sur les 170.000 que regroupent les systèmes du ministère, a-t-il précisé.

Les pirates se sont introduits dans les réseaux de Bercy par l’intermédiaire de la messagerie informatique, le “point d’entrée” ayant sans doute été une pièce jointe sur laquelle un utilisateur a cliqué, a-t-il expliqué.

Des vérifications ont été menées pendant plusieurs semaines dans l’ensemble des services concernés et elles ont conduit ce week-end à “une très grosse reconfiguration de l’informatique de Bercy” pour renforcer leur sécurité, a précisé Patrick Pailloux.

L’attaque n’a pas touché les dossiers fiscaux et les dossiers personnels, a-t-il assuré, et “on ne l’a pas observée réussie ailleurs”. Il s’est toutefois refusé à dire quels autres ministères avaient été visés.

DES PISTES, PAS D’ACCUSATION

La présidence de la République a démenti de son côté les informations du quotidien Libération selon lesquelles elle avait été elle aussi prise pour cible.

Les espions visaient des documents liés au G20, a expliqué le directeur général de l’Anssi.

“Les pirates, les hackers s’intéressaient au G20 et globalement à notre politique économique à l’échelle internationale”, a-t-il précisé. Des pirates qu’il présente comme “professionnels, déterminés et organisés”.

“Cette attaque n’a pas été menée avec trois PC dans un garage”, résume-t-il.

Une affirmation qui s’appuie sur le nombre de postes visés et sur l’éventail des personnes concernées au sein du ministère de l’Economie, de la secrétaire aux hauts responsables en passant par des chargés de mission.

Selon ParisMatch, qui cite une “source proche du dossier”, la direction du Trésor était la principale cible des hackers.

Les documents auxquels les pirates ont pu accéder sont très variés et vont du “banal” au “sensible”, a expliqué le patron de l’Anssi. Mais les documents “classifiés”, qui ne circulent que sur un réseau isolé d’internet, n’ont pas été touchés.

Les autorités ont “des pistes” concernant l’origine de l’attaque “mais pour l’instant, il est impossible de les confirmer”, a dit sur Europe 1 François Baroin.

“ARMÉES DE ‘HACKERS’”

Le ministère de l’Economie a porté plainte contre X. Le parquet de Paris et la DCRI, la direction du renseignement, ont été saisis du dossier.

De son côté, Christine Lagarde, a rappelé que le Canada avait lui aussi été pris pour cible en janvier dernier.

“Dès qu’on a identifié les difficultés, des mesures conservatoires ont immédiatement été prises, notamment concernant les communications des documents relatifs au G20 puisqu’on a rapidement identifié l’intérêt manifeste pour ce sujet”, a-t-elle dit à des journalistes.

“Ce que je peux vous dire, c’est que ça n’est pas agréable”, a-t-elle confié à Reuters.

Pour le député UMP Bernard Carayon, spécialiste de l’espionnage industriel, l’affaire est grave.

“Cette affaire extrêmement grave souligne la vulnérabilité des systèmes d’information publics”, a-t-il dit dans un communiqué. “La menace est connue depuis longtemps: certains États se sont dotés d’armées de ‘hackers’”.

Selon lui, les systèmes d’information du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) ont déjà été pénétrés, comme ceux du Pentagone aux États-Unis.

“Les moyens français ne sont pas à la hauteur des enjeux”, a-t-il jugé.

L’Anssi, créée en 2009, va recruter 70 personnes cette année, ce qui portera ses effectifs globaux à 250 personnes, a précisé Patrick Pailloux lors de sa conférence de presse.

Service France

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