February 19, 2011 / 3:28 PM / in 8 years

La ville libyenne de Benghazi en deuil, nouveaux affrontements

TRIPOLI (Reuters) - Les forces de sécurité libyennes ont tiré en l’air samedi à Benghazi, la deuxième ville du pays, pour disperser une foule qui rendait hommage aux victimes des manifestations anti-gouvernementales des derniers jours, inspirées des exemples tunisien et égyptien.

NOUVEAUX AFFRONTEMENTS À BENGHAZI, EN LIBYE

Selon l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, basée à New York, 35 personnes ont été tuées vendredi soir dans des affrontements à Benghazi, la capitale de la Cyrénaïque, les heurts les plus meurtriers depuis le début des violences dans la nuit de mardi à mercredi.

Le bilan total depuis le milieu de la semaine s’établit à 84 morts, ajoute HRW.

Samedi, après les obsèques de plusieurs victimes, une foule de manifestants s’est retrouvée face à face avec les forces de l’ordre, qui ont tiré en l’air pour la disperser, a déclaré à Reuters un habitant de cette ville située à un millier de kilomètres à l’est de Tripoli.

“Les manifestants ont voulu attaquer les forces de sécurité mais quand ils ont entendu les tirs de semonce, ils se sont enfuis”, a-t-il ajouté.

Un dignitaire religieux de Benghazi, Abellah al Warfali, a déclaré à la chaîne de télévision Al Djazira avoir la liste de seize victimes inhumées ce samedi, la plupart touchées par balles à la tête et à la poitrine.

“J’ai vu de mes propres yeux un blindé écraser une voiture dans laquelle se trouvaient deux personnes”, a-t-il dit. “Ces gens-là ne faisaient de mal à personne.”

DISCUSSIONS AVEC LES CHEFS TRIBAUX

Selon le journal Kourina, proche d’un des fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et dont le siège est à Benghazi, 24 personnes ont été tuées dans les violences de vendredi.

Il ajoute que les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur des manifestants qui attaquaient le quartier général de la police et une base militaire abritant un dépôt d’armes.

“Les gardes ont été contraints de faire usage de leurs armes”, écrit Kourina.

Les autorités n’ont publié aucun bilan des affrontements.

Noman Benotman, un ancien opposant islamiste, a dit à Reuters que le gouvernement était en contact avec les chefs de tribus à Benghazi pour tenter de ramener le calme. Il a ajouté cependant que si les autorités décidaient de rétablir l’ordre par la force, cela se ferait certainement “sans ménagement”.

A Londres, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a demandé aux autorités libyennes de ne plus recourir à la force pour réprimer la contestation. “Je condamne la violence en Libye, notamment l’utilisation d’armes lourdes et l’envoi de tireurs d’élite contre les manifestants”, déclare-t-il dans un communiqué. “C’est tout simplement inacceptable et scandaleux.”

En dehors de la Cyrénaïque, le reste de la Libye semble calme.

Sur la place Verte, dans le centre de Tripoli, près de la médina, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées samedi en brandissant des portraits de Kadhafi et en scandant des slogans favorables au dirigeant libyen, a rapporté un journaliste de Reuters.

HEURTS À AL BAIDA

Un habitant de Benghazi, qui vit près du centre, a déclaré que des manifestants avaient attaqué et endommagé vendredi soir l’immeuble de la radio publique près de chez lui. “Il y a eu des tirs jusqu’à minuit”, a-t-il raconté.

Achour Ahamis, un journaliste libyen basé à Londres, a fait par ailleurs état de la prise d’assaut vendredi de la prison Kouwafiah de Benghazi pour libérer des dizaines de prisonniers politiques. Kourina précise qu’un millier de détenus se sont échappés mais que 150 d’entre eux ont été repris.

De source proche des services de sécurité, on précise que des affrontements se poursuivent dans la région entre Benghazi et la ville d’Al Baïda, à 200 km au nord-est, où plusieurs dizaines de personnes auraient été tuées ces trois derniers jours.

“Nous contrôlons à 80% la situation dans cette zone”, a-t-on ajouté de même source, en précisant toutefois que de nombreux postes de police avaient été incendiés ou saccagés.

Les journalistes étrangers ne peuvent se rendre en Libye depuis le début des violences et les reporters libyens ne peuvent gagner Benghazi. Les liaisons téléphoniques sont fréquemment coupées.

La chaîne de télévision Al Djazira a fait savoir que son signal était brouillé sur plusieurs fréquences et que son site internet n’était plus consultable en Libye.

Selon la société américaine de surveillance d’internet Renesys (www.renesys.com), l’accès à internet en Libye est bloqué depuis vendredi soir.

Le journal d’Etat Alzahf Alakhdar (“La Marche verte”), publie samedi un éditorial sous le titre: “Pas d’autre chef que Kadhafi” et met en garde les opposants.

“Notre peuple est aujourd’hui plus déterminé que jamais à faire face aux défis et à contrecarrer les projets maléfiques et les complots ourdis par l’Amérique, le sionisme et les traîtres occidentaux.”

Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, fait face à un mouvement de contestation sans précédent.

Si ce mouvement n’est pas sans rappeler celui de la place Tahrir au Caire, qui a eu raison le 11 février du raïs Hosni Moubarak, et celui qui a chassé du pouvoir le président tunisien Zine ben Ali le mois dernier, les observateurs estiment que la situation est différente en Libye.

Kadhafi dispose en effet d’une grande marge de manoeuvre financière pour répondre aux demandes des manifestants et son pouvoir est respecté dans l’ensemble du pays, à l’exception de la Cyrénaïque.

Avec Souhail Karam, Matt Falloon et William Maclean; Marine Pennetier et Guy Kerivel pour le service français

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