February 4, 2011 / 12:27 PM / 9 years ago

La magistrature se mobilise contre l'Elysée

par Thierry Lévêque

Les magistrats nantais ont lancé la mobilisation jeudi, après avoir été mis en cause par Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laëtitia. Face à la menace de sanctions, ils ont lancé une grève des audiences d'une semaine qui se conclura jeudi par une manifestation nationale jeudi à Nantes. /Photo prise le 4 février 2011/REUTERS/Stéphane Mahé

PARIS (Reuters) - Le principal syndicat de magistrats français a appelé vendredi à une grève nationale des audiences jusqu’à jeudi prochain pour protester contre les propos de Nicolas Sarkozy les accusant de faute dans l’affaire Laëtitia et annonçant des sanctions.

En point d’orgue de ce mouvement inédit dans l’histoire judiciaire, ils organiseront une manifestation nationale jeudi à Nantes et des rassemblements dans tout le pays, dit une motion de l’Union syndicale des magistrats (USM).

“Toute tentative de déstabilisation, sur fond de menaces, venant du plus haut de l’Etat ne peut que nuire à la sérénité de la justice et plus largement aux institutions républicaines. Il appartient désormais au garde des Sceaux de réagir”, dit le texte.

Ce mouvement intervient en pleine crise du système judiciaire, un des plus pauvres du continent. Nicolas Sarkozy fait par ailleurs face à une contestation chez les gendarmes et les policiers opposés à des fermetures de commissariats.

Le litige avec les magistrats porte sur le dossier où un homme sorti de prison en février 2010, Tony Meilhon, est accusé d’avoir tué près de Nantes une jeune fille de 18 ans, Laëtitia Perrais, et démembré son corps.

“Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s’assurer qu’il sera suivi par un conseiller d’insertion, c’est une faute”, a dit Nicolas Sarkozy jeudi.

Le tribunal de Nantes a commencé le mouvement de grève des audiences juste après ces propos et a été immédiatement suivi, selon les syndicats, par Bayonne, Créteil et d’autres..

Une quinzaine de syndicats du monde judiciaire et de l’administration pénitentiaire soutiennent la mobilisation, ainsi que, fait rare, deux syndicats de police majoritaires, Unité police et le SNOP (Syndicat national des officiers de police).

La conférence des premiers présidents de cours d’appel, organe non syndical, a aussi exprimé dans un communiqué “sa vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires (...) la responsabilité des difficultés de fonctionnement”.

UN DEPUTÉ UMP QUALIFIE LES JUGES D’IRRESPONSABLES

Le député UMP Lionnel Luca a réagi en qualifiant “d’irresponsables” les magistrats. “Y aurait-il une caste des intouchables de la République ? Lorsque l’erreur met en danger la vie d’innocents, on se doit d’être exigeant”, écrit-il dans un communiqué.

Sur le dossier Meilhon, les syndicats nient toute faute. Le suspect avait purgé durant onze ans toutes ses peines, sans réduction, et devait respecter, dans le cadre d’une dernière condamnation pour outrage à magistrat, une “mise à l’épreuve”.

Malgré une condamnation pour viol d’un codétenu, il n’était pas considéré comme dangereux. Son suivi - obligation de rechercher un emploi et de voir un médecin - n’a pas été appliqué faute d’effectifs, dans le cadre d’accords écrits validés par la hiérarchie judiciaire et administrative, disent les syndicats, preuves à l’appui.

Il n’y a que trois juges d’application des peines à Nantes et 17 agents de probation pour suivre 3.300 détenus, ce qui a amené la probation à laisser de côté plus de 800 dossiers.

Cette situation est similaire partout en France, voire pire, comme en Essonne, où chaque juge d’application des peines doit traiter un millier de dossiers.

Le système judiciaire français a été classé en 2010 par le Conseil de l’Europe au 37e rang continental pour le pourcentage du produit intérieur brut (PIB) par habitant consacré à la justice. Le budget pour 2011 pour la justice est de 7,1 milliards d’euros, soit environ 2,5% du budget de l’Etat.

Dans ces conditions, les syndicats qualifient de “grotesques” les mesures annoncées en début de semaine, l’appel aux retraités de la justice pour renforcer la probation et la création d’un nouveau service de police d’ici le 15 février.

Le Parti socialiste entend proposer pour la présidentielle de l’an prochain la remise à niveau financière du système judiciaire, a dit à Reuters Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale chargée des questions de justice.

“M. Sarkozy cherche à se défausser de sa responsabilité en cherchant un bouc émissaire. Il ne cherche déjà plus à agir, il est déjà en campagne”, a-t-elle dit.

Edité par Patrick Vignal

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