January 3, 2011 / 4:13 PM / 9 years ago

La présidence hongroise de l'UE démarre sous les critiques

par Gergely Szakacs et Pete Harrison

"Une" de deux quotidiens hongrois qui protestent contre la nouvelle loi sur les médias. La présidence hongroise de l'UE est entrée en zone de turbulences dès lundi, avec l'annonce par Bruxelles d'une enquête sur la légalité de "l'impôt de crise" imposé par Budapest à divers secteurs économiques. Le gouvernement de droite fait déjà l'objet de vives critiques en raison d'une nouvelle loi sur la presse. /Photo prise le 3 janvier 2011/REUTERS/Bernadett Szabo

BUDAPEST/BRUXELLES (Reuters) - La présidence hongroise de l’Union européenne est entrée en zone de turbulences dès son premier jour ouvré, lundi, avec l’annonce par Bruxelles d’une enquête sur la légalité de “l’impôt de crise” imposé par Budapest à divers secteurs économiques.

Le gouvernement de droite dirigé par Viktor Orban fait déjà l’objet de vives critiques en raison d’une nouvelle loi sur la presse, entrée en vigueur samedi, que d’autres pays membres comme l’Allemagne jugent dommageable à la liberté d’expression.

Budapest a en outre provoqué les interrogations de ses partenaires en rompant ces derniers mois avec le Fonds monétaire international et en refusant d’appliquer des mesures d’austérité pour réduire sa dette.

Les économistes estiment qu’en l’absence d’une baisse des dépenses publiques, les hausses d’impôts ponctuelles décidées par le gouvernement, qui a également puisé dans les fonds de pension de retraite privés, ne règleront pas le problème du déficit budgétaire à moyen terme, à partir de 2012.

La Hongrie, qui n’appartient pas à la zone euro, a prélevé en octobre un impôt exceptionnel sur les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la distribution qui doit rapporter 161 milliards de forints (58 millions d’euros) en 2011.

Cette taxe, qui concerne aussi le secteur financier, doit expirer en 2013.

Quinze entreprises, dont de grands groupes comme ING, RWE, Deutsche Telekom ou OMV, ont adressé à l’exécutif européen un courrier commun de protestation et ont reçu le soutien du ministre allemand de l’Economie, Rainer Brüderle.

LOI SUR LES MÉDIAS VIVEMENT CRITIQUÉE

Un porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly, a déclaré lundi que Bruxelles avait écrit dès octobre à la Hongrie pour demander des informations et obtenu une réponse avant d’être sollicité par les entreprises concernées.

“Nous étudions maintenant la plainte formelle et la lettre du gouvernement hongrois”, a-t-il dit à la presse.

Les entreprises concernées reprochent au gouvernement hongrois des décisions ciblant des secteurs spécifiques et des sociétés étrangères en particulier afin d’équilibrer son budget.

Interrogé par le Süddeutsche Zeitung, Rainer Brüderle juge que des taxes visant prioritairement des compagnies étrangères sont problématiques dans leur principe au sein du marché intérieur européen.

Large vainqueur des élections législatives du 25 avril, le gouvernement de Viktor Orban s’appuie sur une confortable majorité au parlement, supérieure à deux tiers des sièges, et justifie sa politique au nom de l’intérêt national hongrois.

Sa nouvelle législation sur les médias a suscité les vives critiques de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et du Luxembourg, dont le chef de la diplomatie s’est ouvertement posé la question de savoir si Budapest méritait de présider l’UE.

Cette loi a institué une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH), un nouvel organe de régulation majoritairement contrôlé par des membres du parti au pouvoir, le Fidesz. La NMHH supervise l’ensemble de la production des médias publics et peut infliger de lourdes amendes aux médias privés, qui sont tenus d’être “équilibrés”.

Les adversaires du texte dénoncent une loi aux contours flous qui pourrait ouvrir la voie à des abus.

Dans un communiqué, le ministère de l’Administration publique et de la Justice a réfuté point par point les critiques exprimées par les médias en Europe de l’Ouest, qui “manquent apparemment de connaissance approfondie du texte”.

“Le gouvernement hongrois reste déterminé à garantir la liberté de la presse et n’a aucunement l’intention d’étouffer les points de vue de l’opposition”, dit-il.

Budapest se félicite de la décision de l’UE d’examiner la législation et se dit convaincu qu’elle sera jugée conforme aux normes européennes.

“La liberté de la presse a cessé d’exister en Hongrie”, proclame en revanche le quotidien de centre gauche Nepszabadsag lundi en première page, un titre traduit dans 23 langues de l’UE.

Grégory Blachier et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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