December 27, 2010 / 6:29 PM / 8 years ago

Mediator: "Ça devient compliqué pour Servier", dit le Dr Frachon

par Laure Bretton

PARIS (Reuters) - Le Dr Irène Frachon, qui a contribué à médiatiser le scandale du Mediator, estime que les choses commencent à devenir “compliquées” pour les laboratoires Servier qui fabriquaient le médicament accusé d’avoir fait plusieurs centaines de morts en France.

Commercialisé de 1976 à novembre 2009 comme antidiabétique, le Mediator a souvent été prescrit comme coupe-faim.

Il a été utilisé par environ cinq millions de personnes avant d’être retiré du marché et aurait provoqué entre 500 et 2.000 décès selon les études des organismes de santé.

Le Figaro publie lundi les extraits d’un rapport de l’Union régionale des caisses d’assurance maladie de Bourgogne (Urcam) datant de 1998 alertant l’Agence du médicament sur l’efficacité et la sécurité du Mediator.

“C’est une des toutes premières alertes sur ce médicament”, a déclaré le Dr Frachon à Reuters au cours d’un entretien téléphonique.

“Il est écrit noir sur blanc : ‘c’est un médicament probablement toxique, probablement inutile, détourné de son utilisation et qui nous coûte bonbon’”, explique la pneumologue du CHU de Brest, qui a publié en juin un livre consacré au Mediator et à ses conséquences, des pathologies cardiaques graves voire mortelles.

“On peut toujours nous dire a posteriori que c’était évident mais ma thèse c’est que c’était déjà évident en 1998. Ce document apporte une preuve supplémentaire pour dire que ça l’était”, ajoute Irène Frachon, qui mène la bataille contre le Mediator depuis 2007.

Cette accumulation de documents mettant en garde contre la dangerosité du médicament, “ça va devenir compliqué quand même pour (Jacques) Servier”, le fondateur des laboratoires éponymes, constate la spécialiste. “Depuis 60 ans, Servier a été bien avec tous les pouvoirs politiques mais quel homme politique pourrait prendre le risque, là, de défendre Servier ?”.

“ON SE PINCE”

Nicolas Sarkozy, qui fut l’avocat de Jacques Servier, a réclamé la semaine dernière la “transparence la plus totale” dans le traitement du dossier, affirmant que les éventuelles failles du système de santé seraient corrigées.

Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a assuré vendredi que tous les patients ayant pris ce médicament seraient pris en charge intégralement par la Sécurité sociale.

Selon une note de l’Union nationale des organismes d’assurances maladies complémentaires (Unocam) publiée par Le Parisien, le Mediator a déjà coûté 423 millions d’euros en dix ans à la Sécurité sociale et aux complémentaires santé.

Dès le lendemain, le directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) a prévenu que son institution comptait se retourner contre Servier.

Une trentaine de victimes ont porté plainte contre les laboratoires.

L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) doit rendre un rapport sur le Mediator à la mi-janvier et une mission parlementaire vient d’être créée.

Plusieurs anciens ministres de la Santé, de droite comme de gauche, se sont défendus d’avoir été informés des alertes lancées à partir de 1998 sur la dangerosité du Mediator.

Lundi, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a dit que le problème n’avait pas été évoqué lors de son passage à Matignon, de 2005 à 2007, soit avant son retrait, en 2009.

Une prise de distance logique, selon Irène Frachon. “Il me paraît évident qu’aucun ministre, aucun secrétaire d’Etat n’a été informé de la dangerosité de ce produit.”

En revanche, insiste la pneumologue, les dysfonctionnements “insensés en série” de l’Agence du médicament, devenue l’Agence française de sécurité des produits sanitaires (Afssaps), incombent entièrement aux politiques.

“Il y a eu tellement de loupés qu’on se pince”, dit-elle.

Mettre dix ans à retirer le Mediator du marché, alors qu’il a été interdit bien plus tôt en Italie et en Espagne, a provoqué la mort de “quelques milliers de personnes sans doute”.

“Je ne sais pas si on le saura un jour mais à dire vrai, ce qui m’importe plus que le nombre de morts, c’est le nombre de victimes actuelles vivantes qui aujourd’hui ont très peur de mourir à cause de ce produit. Le handicap et le stress généré sont dramatiques”.

Edité par Yves Clarisse

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