December 17, 2010 / 3:35 PM / 8 years ago

La France condamne symboliquement la dictature chilienne

par Thierry Lévêque

Vingt ans après la fin de la dictature d'Augusto Pinochet au Chili, la justice française a condamné symboliquement par défaut 12 militaires chiliens et un Argentin pour leur rôle dans la disparition de quatre Français. /Photo d'archives/REUTERS/Eric Gaillard

PARIS (Reuters) - Vingt ans après la fin de la dictature d’Augusto Pinochet au Chili, la justice française a condamné symboliquement par défaut 12 militaires chiliens et un Argentin pour leur rôle dans la disparition de quatre Français.

La cour d’assises de Paris leur a infligé vendredi des peines allant de 15 ans de prison à la perpétuité pour “enlèvement et séquestrations accompagnés de tortures et d’actes de barbarie”.

Absents à l’audience, ils n’exécuteront sans doute jamais les condamnations, le Chili n’extradant pas ses ressortissants.

Les familles de victimes présentes à Paris ont cependant exprimé leur satisfaction car ce procès est le premier au monde à avoir abordé globalement le fonctionnement du régime Pinochet (1973-1990). Par décision spéciale, l’audience et le verdict ont d’ailleurs été filmés pour les archives historiques.

Manuel Contreras, 81 ans, ancien chef de la police secrète du pouvoir sous Pinochet, la Dina, et son ancien lieutenant Pedro Espinosa Bravo, sont frappés de la réclusion à perpétuité, la peine maximale.

Après 12 ans de procédure et trois jours de procès, les trois magistrats de la cour ont prononcé contre onze autres accusés - 10 Chiliens et un Argentin - trois peines de 30 ans de réclusion, six de 25 ans, une de 20 ans et une de 15 ans.

La cour a confirmé les mandats d’arrêt délivrés en 2005 contre les suspects. Certains d’entre eux, comme Manuel Contreras, purgent déjà des peines de prison ou d’assignation à résidence au Chili pour d’autres faits.

LES RÉQUISITIONS DÉPASSÉES

Les familles des victimes présentes dans la salle ont applaudi après la lecture du verdict.

“Les familles ne sont pas seulement soulagées pour elles-mêmes, mais pour l’humanité tout entière”, a dit Me William Bourdon, avocat des parties civiles.

Denise Chanfreau, soeur d’un disparu, voit ce procès comme une avancée. “Ça peut servir d’exemple aux autres dictateurs et aux autres militaires qui sont protégés par la loi. La France a montré qu’elle est le défenseur des droits de l’homme”, a-t-elle dit.

Roberto Pesle, fils d’un des autres disparus français, a dit avoir appris au procès davantage qu’il n’en savait déjà. “L’important n’était pas la condamnation mais la tenue du procès en lui-même et l’établissement de la vérité”, a-t-il dit.

Ce verdict va au-delà des réquisitions de l’accusation, qui avait demandé dans la matinée des peines de 15 à 20 ans de réclusion criminelle.

Les trois magistrats professionnels ont statué seuls, sans jurés populaires, du fait que les accusés, qui dénient à la France le droit de les juger, ont refusé de se faire représenter à Paris par des avocats.

Le dossier avait été ouvert en 1998, quand Augusto Pinochet était retenu à Londres à la demande de la justice espagnole. Il fut visé par un mandat d’arrêt français, avant de mourir libre en 2006 à 91 ans dans son pays. Londres l’avait laissé partir en 2000 après 503 jours d’assignation à résidence.

Le dossier du procès français portait sur la disparition le 11 septembre 1973 de Georges Klein, conseiller au cabinet du président socialiste Salvador Allende, renversé ce jour-là par la junte militaire conduite par Augusto Pinochet.

Les disparitions d’Etienne Pesle le 19 septembre 1973 et de deux membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (Mir), Alphonse Chanfreau, le 30 juillet 1974, et Jean-Yves Claudet-Fernandez, le 1er novembre 1975, ont aussi été examinées.

Ce dernier a été enlevé en Argentine dans le cadre du plan Condor, concerté entre plusieurs dictatures sud-américaines.

L’ordonnance renvoyant les suspects en cour d’assises, rendue en 2007, a conclu à la nature criminelle du régime militaire.

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“L’instruction a réuni de nombreuses pièces qui permettent d’établir que le président Augusto Pinochet, qui dirigeait directement la Dina, a conduit une politique tendant à éliminer et faire disparaître des adversaires politiques”, peut-on lire.

La dictature a fait 3.197 morts et disparus, selon un rapport officiel remis au Chili en 1991.

Édité par Yves Clarisse

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