September 7, 2010 / 2:01 PM / 9 years ago

Les syndicats dopés par une forte mobilisation sur les retraites

PARIS (Reuters) - Les syndicats français estiment avoir gagné leur pari de mobiliser plus de deux millions de personnes contre la réforme des retraites pour obliger le gouvernement à modifier son projet en profondeur.

Les syndicats français estiment mardi avoir gagné leur pari de mobiliser plus de deux millions de personnes contre la réforme des retraites, comme ici à Lille, pour obliger le gouvernement à modifier son projet en profondeur. /Photo prise le 7 septembre 2010/REUTERS/Pascal Rossignol

Les centrales syndicales, qui prévoient déjà une autre mobilisation avant fin septembre, ont crié victoire après une journée de grèves et de manifestations encore plus réussie que celle du 24 juin dernier, lorsque deux millions de personnes avaient selon elles défilé dans les rues.

“Il n’y a aucun gouvernement qui peut minorer une mobilisation de cette ampleur”, a déclaré sur TF1 le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, avant d’estimer que cela ferait “forcément réfléchir” Nicolas Sarkozy.

Bernard Thibault et son homologue de la CFDT, François Chérèque, qui ont exigé des propositions du gouvernement avant la réunion de l’intersyndicale de mercredi sur les suites à donner au mouvement, ont été partiellement entendus.

“Le président de la République fera une déclaration au Conseil des ministres sur les avancées que nous ferons sur ce texte”, a déclaré le ministre du Travail Eric Woerth sur TF1.

La CFDT a compté 2,5 millions de manifestants tandis que la CGT parle de 2,7 millions de personnes dans toute la France.

Même si le ministère de l’Intérieur a donné un chiffre de 1,12 million de manifestants, contre 800.000 en juin, la mobilisation a été importante partout dans le pays.

A Paris, il s’est agi de la plus grande manifestation à ce jour contre le projet de réforme des retraites.

Les manifestants étaient 80.000 selon la préfecture de police et 270.000 selon la CGT. C’est le double de la manifestation parisienne du 24 juin, où ils avaient été 47.000 d’après la police et 130.000 selon les organisateurs.

A Marseille, 200.000 personnes ont défilé selon les syndicats, contre 120.000 en juin, et à Lyon ils étaient 30.000 contre 25.000 il y a deux mois et demi. A Bordeaux, de 40.000 à 100.000 manifestants ont défilé selon les sources, contre une fourchette de 25.000 à 70.000 en juin.

LES DÉPUTÉS ENTAMENT LE DÉBAT

“Du fric pour nos retraites, il y en a !”, pouvait-on lire sur une pancarte à Bordeaux sous un portrait de Liliane Bettencourt, signe, comme dans tous les cortèges, de l’impact des soupçons de trafic d’influence qui pèsent sur le ministre du Travail, Eric Woerth, pour ses liens avec l’héritière de L’Oréal, femme la plus riche de France.

Les syndicats, qui se battent contre le report de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans à l’horizon 2018, ont reçu le soutien de l’opposition dans les défilés qui se sont déroulés dans plus de 200 villes de France.

Le Parti socialiste, par la voix de son premier secrétaire Martine Aubry, qui participait au cortège parisien, a une nouvelle fois promis de remettre le curseur à 60 ans.

L’objectif des syndicats était de faire pression sur les députés qui ont entamé le débat sur ce projet qui vise à rétablir l’équilibre des régimes de retraite en 2018.

Mais les syndicats savent que la journée de mardi ne suffira pas à elle seule à faire plier le gouvernement.

La majorité a martelé ces derniers jours qu’elle ne renoncerait pas à l’essentiel, le report de l’âge légal de départ à la retraite, même si l’exécutif a confirmé mardi des gestes sur les carrières longues, les métiers pénibles, les polypensionnés ou les retraites des femmes.

“En proposant 62 ans, le gouvernement a fait un choix raisonnable et en même temps un choix qui est incontournable pour assurer le financement des retraites des Français”, a dit à l’Assemblée nationale le Premier ministre, François Fillon.

Le gouvernement insiste sur le fait qu’à 62 ans, la France serait encore en dessous de ce qui se fait dans d’autres pays d’Europe, comme en Allemagne, où le seuil a été porté à 67 ans.

SCEPTICISME SUR LA GRÈVE GÉNÉRALE

Dans ce contexte, les syndicats se préparent déjà à maintenir la pression au-delà du 7 septembre, tout en excluant de facto l’organisation d’une grève générale.

“On fera certainement un moment qui marquera à nouveau l’opinion avant la fin du mois”, a déclaré François Chérèque sur France 2, ajoutant qu’il faudrait déjà “marquer le coup” le 15 septembre. Bernard Thibault s’est montré plus flou.

A l’Elysée, on a d’ores et déjà intégré cette donnée, tout en minimisant le mouvement, notamment le nombre de grévistes.

“Ils jalonnent le parcours de pierres qui sont des journées nationales d’action, ce qui est traditionnel dans la culture sociale française”, dit-on dans l’entourage du président.

A l’exception des gestes annoncés et considérés mineurs par les syndicats, le gouvernement entend tenir bon sur une réforme jugée essentielle pour assurer l’avenir d’un régime qui, si rien n’est fait, connaîtra un déficit de 50 milliards d’euros par an en 2020 selon le Conseil d’orientation des retraites.

L’exécutif peut se fonder sur les sentiments partagés des Français exprimés dans un sondage de l’Ifop diffusé mardi.

Cette étude note que l’opinion soutient majoritairement le principe d’une réforme, puisque 53% des interviewés estiment que le gouvernement est “courageux dans ses choix”.

Mais seuls 33% jugent que le gouvernement est “juste dans ses choix” et 70% considèrent les manifestations justifiées.

Le journée de grève a provoqué de fortes perturbations dans les transports, l’éducation et divers services publics.

Manifestants à Marseille. Les syndicats français estiment avoir gagné leur pari de mobiliser plus de deux millions de personnes contre la réforme des retraites pour obliger le gouvernement à modifier son projet en profondeur. Les manifestations ont réuni 2,5 millions de personnes selon la CFDT et 2,7 millions selon la CGT, cependant que le ministère de l'Intérieur avance un chiffre de 1,12 million de manifestants. /Photo prise le 7 septembre 2010/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

La grève a été suivie par 24,8% des fonctionnaires de l’Etat, alors qu’ils n’étaient que 18,7% en juin, et par 42,9% des cheminots, contre 39,8% il y a deux mois et demi.

Elle a été respectée par 29,3% des enseignants, dit le ministère de l’Education nationale, tandis que les syndicats de la FSU chiffrent les grévistes à 60% dans le primaire et 55% dans le secondaire, soit davantage que le 24 juin.

Yves Clarisse, avec Service France

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