June 7, 2010 / 9:49 AM / 8 years ago

De l'égoïsme des "baby-boomers" sur les retraites

par Elizabeth Pineau

L'universitaire français Bruno Palier juge choquant que le gouvernement ne demande pas plus d'efforts aux 65-70 ans dans la réforme des retraites. Selon le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites, le sort des retraités français est l'un des plus enviables des pays de l'OCDE en Europe. /Photo prise le 19 mai 2010/REUTERS/Stefan Wermuth

PARIS (Reuters) - Génération gâtée, les “baby-boomers” ont tout eu hier mais ne veulent rien céder aujourd’hui : l’universitaire Bruno Palier ne comprend pas l’égoïsme des 58-65 ans à l’heure de la réforme des retraites.

Pour le chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le gouvernement a tort de préserver “la classe la plus riche de France” dans la réforme des retraites, dont le président Nicolas Sarkozy a fait sa priorité de 2010.

“Je pense qu’il y a une injustice profonde à ne rien leur demander”, a dit à Reuters l’auteur d’un ouvrage sur la réforme des retraites dans la collection “Que sais-je ?”.

Une étude de l’Insee publiée fin 2008 montre que la courbe du bonheur atteint un pic vers l’âge de 65-70 ans. “Le niveau de patrimoine des plus de 50 ans excède de plus de 50% le patrimoine moyen, leur revenu disponible net excède de plus de 15% le revenu moyen”, soulignent les auteurs du document.

Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (Cor) note pour sa part que le sort des retraités français est l’un des plus enviables des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en Europe.

“Aujourd’hui nous sommes confrontés à un égoïsme générationnel tout à fait choquant de la part ‘baby boomers’ qui ont eu la chance de naître au moment où ils sont nés”, déplore Bruno Palier.

Née à la sortie de la Seconde guerre mondiale, cette classe d’âge a pleinement profité du boom économique des “Trente glorieuses”.

“Leurs parents ont reconstruit la France, ils sont entrés sur un marché du travail en pleine croissance économique - les années 1960 - il n’ont pas eu de difficulté à trouver du boulot”.

Dans un contexte de plein emploi, il était “facile pour eux de faire la révolution” en Mai 68, souligne-t-il.

Quarante ans plus tard, un jeune sur quatre est au chômage - 23,0% des 15-24 ans au premier trimestre 2010 - dans un contexte de crise et de précarité.

INDIVIDUALISME

Tout le contraire des années actives des “baby-boomers” qui ont bénéficié d’une “progression de salaires forte parce que la génération précédente disparaissait”, sans oublier “un accès à un marché de l’immobilier extrêmement favorable dans un contexte d’inflation élevé”.

“Aujourd’hui ces gens-là partent en retraite avec de bonnes pensions et un patrimoine”, insiste Bruno Palier.

Sans remettre en cause une situation enviable, le chercheur dénonce un individualisme encouragé par un gouvernement peu enclin à fâcher une population électoralement essentielle - 65% des plus de 60 ans ont voté Nicolas Sarkozy en 2007.

“Ces gens-là refusent de participer à la solidarité collective qui nécessiterait aujourd’hui d’investir dans les jeunes qui sont trois fois plus pauvres qu’eux, et dans les enfants”, dit-il.

“Or il serait dans l’intérêt de tous, y compris les retraités, de s’assurer que les jeunes puissent avoir un bon boulot demain pour financer les retraites”.

Bruno Palier juge ainsi très paradoxal que le gouvernement refuse d’augmenter la cotisation sociale généralisée (CSG) des retraités tout en faisant des économies dans l’éducation - en baissant le nombre d’enseignants, par exemple.

Le chercheur reconnaît le rôle sociétal important joué par les jeunes retraités, très actifs dans les associations mais aussi auprès de leurs petits-enfants, qu’ils aident souvent financièrement, et de leurs parents âgés.

“Comme la société ne fait assez pour la dépendance ni pour la jeunesse, ce sont les jeunes retraités, les ‘quinquas’, qui prennent ces problèmes en charge de façon individuelle, dit-il.

Une situation, selon Bruno Palier, tout à fait anormale.

“Cela n’est pas mon sens de la solidarité collective que s’en remettre aux familles pour prendre soin des personnes plus en difficulté”, dit-il.

Edité par Yves Clarisse

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