December 25, 2009 / 8:25 AM / 10 years ago

Onze ans de prison pour le dissident chinois Liu Xiaobo

par Chris Buckley

PEKIN (Reuters) - Le principal dissident chinois, Liu Xiaobo, a été condamné à onze années de prison pour avoir appelé à la démocratisation du régime. Le verdict a été dénoncé par des ONG et les Etats-Unis.

Liu, qui aura 54 ans lundi, a participé en 1989 aux manifestations de Tiananmen pour la démocratie. Il est l’un des principaux rédacteurs de la “Charte 08”, une pétition qui appelle à des réformes majeures du système politique chinois.

Le président du premier tribunal populaire intermédiaire de Pékin l’a déclaré coupable d’”incitation à la subversion contre le pouvoir d’Etat” en raison de sa participation à cette pétition et d’autres écrits critiques envers le gouvernement et publiés sur internet.

Liu n’a pas été autorisé à prendre la parole après l’énoncé du verdict.

“Je me sentais sereine lorsque le juge a lu la sentence, parce que tout indiquait qu’ils voulaient une longue peine”, a déclaré l’épouse de Liu, Liu Xia, qui a été autorisée à assister au verdict. A l’ouverture du procès à huis clos, mercredi, l’accès au tribunal lui avait été refusé.

“Un peu plus tard on nous a permis d’être ensemble durant dix minutes, et il m’a dit qu’il ferait appel, même s’il n’a guère de chance de succès”, a-t-elle ajouté.

Liu Xiaobo est l’un des dissidents chinois les plus engagés contre le système de parti unique. Son procès et sa condamnation ont été vivement condamnés par les autres activistes du pays, les ONG étrangères et plusieurs gouvernements.

La Chine “considère Liu Xiaobo comme un représentant, et elle pense pouvoir pousser les autres à se taire par peur après ce jugement sévère”, a commenté Yu Jie, un dissident chrétien.

Le président chinois “Hu Jintao pense que puisque l’Occident est affaibli et que les droits de l’homme sont devenus un sujet de second plan, il peut ignorer les pressions qui répondent aux attaques sur la liberté d’expression”, a-t-il ajouté.

Un diplomate américain en poste à Pékin, Gregory May, a lu devant le tribunal un communiqué dans lequel il exprimait la profonde inquiétude des Etats-Unis après ce verdict.

“Nous continuons à appeler le gouvernement chinois à le libérer immédiatement et à respecter le droit de tous les citoyens chinois à exprimer librement leurs opinions politiques, au nom des libertés fondamentales universellement reconnues”, a-t-il dit.

PÉKIN DÉNONCE DES “INGÉRENCES”

Mais la Chine a fermement défendu sa décision.

“Le tribunal s’est dans cette affaire strictement conformé aux procédures légales et a pleinement garanti les droits de Liu”, ont déclaré les juges, dans un communiqué relayé par l’agence de presse officielle Chine nouvelle.

Signe que Pékin pourrait souhaiter minimiser le retentissement de cette nouvelle sur son territoire, l’annonce du verdict n’a été diffusée par Chine nouvelle que sur son service anglophone.

“Le procès était ouvert au public. Deux avocats défendaient Liu et sa famille était présente”, peut-on lire dans la déclaration du tribunal.

La Chine a critiqué les diplomates occidentaux qui ont tenté d’obtenir le droit d’assister au procès et dénoncé des “ingérences” étrangères. Ni les diplomates ni la presse n’ont pu assister au procès.

Plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont dénoncé le verdict. Phelim Kine, chargée de l’Asie pour Human Rights Watch, a parlé d’une “parodie de justice”.

L’annonce de la condamnation de Liu a rapidement été relayée par ses soutiens sur le réseau social Twitter, que les autorités chinoises bloquent mais auquel il reste possible d’accéder en utilisant des moyens de contournement.

Liu Xiaobo est une épine dans le pied du gouvernement chinois depuis qu’il s’est joint en 1989 à une grève de la faim en soutien aux étudiants qui manifestaient sur la place Tiananmen, quelques jours avant que l’armée n’écrase le mouvement, le 4 juin.

Il a passé vingt mois en prison dans la foulée des événements de 1989, puis trois ans en camp de travail et huit mois aux arrêts à domicile dans les années 1990.

Il est toutefois resté très critique vis-à-vis du régime politique chinois et a contribué à fonder le groupe indépendant chinois PEN, qui mène campagne contre la censure.

Version française Gregory Schwartz

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