December 3, 2009 / 11:13 AM / 9 years ago

Des policiers manifestent pour dénoncer la "religion du chiffre"

par Gérard Bon

Des milliers de policiers ont manifesté jeudi dans les grandes villes de France pour dénoncer la "culture du chiffre" instaurée par Nicolas Sarkozy et la baisse des effectifs sur fond de tensions dans les banlieues. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

PARIS (Reuters) - Des milliers de policiers ont manifesté ce jeudi en France pour dénoncer la “culture du chiffre” instaurée par Nicolas Sarkozy et la baisse des effectifs sur fond de tensions dans les banlieues.

Cette mobilisation tombe mal pour le chef de l’Etat, qui a relancé le thème de la sécurité et de l’immigration à l’approche des élections régionales de mars prochain.

“Sans un signe fort du gouvernement, de nouvelles actions sont prévues dans les prochaines semaines”, a déclaré l’Union SGP-Unité police, principal syndicat de gardiens de la paix, à l’origine du mouvement.

Les manifestants ont distribué des tracts devant les gares et les préfectures pour alerter l’opinion sur “l’entreprise de démolition du service public police nationale”.

A Paris, des centaines de policiers (2.000 selon les organisateurs, 800 selon la préfecture de police) se sont rassemblés à la mi-journée au métro Bercy, sous les fenêtres du ministère de l’Economie et du Budget.

Le collectif “Banlieues respect”, qui regroupe des associations impliquées dans l’action au sein des quartiers sensibles, s’est réjoui de cette mobilisation policière.

“La remise en cause de cette ‘culture du résultat’ dans la police par un syndicat nous semble être un événement important afin d’éviter l’aggravation des tensions et d’améliorer les rapports dans les banlieues”, écrit-il dans un communiqué.

Pour Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat, “la coupe est pleine”.

“Les policiers sont les premières victimes de la ‘religion du chiffre’, des discours politiques bien trop éloignés de la réalité, d’une exposition permanente aux violences”, dit-il.

DES MILICES DANS LES QUARTIERS ?

Le syndicaliste dénonce en outre la baisse des effectifs décidée par le gouvernement dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP).

En pleine polémique sur les gardes à vue, qui se multiplient sous la pression de la hiérarchie, elle-même soumise à la culture des statistiques, les policiers se plaignent de devoir fournir toujours plus de résultats sans que les moyens suivent.

Des distributions de tracts et rassemblements ont eu lieu jeudi à Dijon, Marseille, Versailles, Bayonne, Rennes et Strasbourg, notamment, selon l’Union SGP-Unité police.

A Bordeaux, les policiers rassemblés devant le commissariat central ont distribué des tracts aux automobilistes pour les alerter sur la raison de la colère des policiers.

“Nous subissons une réelle pression hiérarchique. S’il n’y a pas assez d’interpellations, de contraventions, on est mal noté et ça se traduit dans notre avancement”, dénonce Philippe Rolland, secrétaire départemental de l’Union SGP-Unité police.

La “Lettre aux citoyens” distribuée souligne qu’en 2004, un accord signé par les syndicats prévoyait 108.000 postes de gradés et gardiens en 2012. Or, selon le syndicat, les effectifs seront ramenés à 100.000 policiers en 2012.

Au problème des effectifs et à la pression des résultats, s’ajoute la question des salaires. Les policiers estiment qu’ils sont poussés à prendre de plus en plus de risques alors que les salaires sont bloqués depuis des années.

Nicolas Sarkozy a récemment appelé le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, à redresser la barre après un premier semestre montrant que la délinquance cessait de baisser, contrairement aux années précédentes.

Il s’est rendu le 24 novembre en région parisienne où il a prôné notamment le développement de la vidéosurveillance et le recrutement de réservistes expérimentés dans les quartiers comme délégués à la cohésion “police-population”.

Pour Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche, il s’agirait là “de véritables milices” inspirées des “chemises jaunes” italiennes. Un projet contraire, selon lui, aux principes républicains et dangereux pour les libertés publiques.

Avec Claude Canellas à Bordeaux, édité par Yves Clarisse

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below