June 15, 2009 / 5:31 AM / 10 years ago

Mirhossein Moussavi demande l'annulation du scrutin iranien

par Parisa Hafezi et Dominic Evans

Des partisans du candidat à la présidentielle iranienne Mirhossein Moussavi dans les rues de Téhéran. L'ancien Premier ministre a demandé dimanche l'annulation du scrutin pour fraude, tandis que ses partisans et ceux du chef de l'Etat réélu, Mahmoud Ahmadinejad, occupaient la rue à Téhéran. /Photo prise le 14 juin 2009/REUTERS

TEHERAN (Reuters) - Mirhossein Moussavi, candidat malheureux à l’élection présidentielle iranienne, a demandé dimanche l’annulation du scrutin pour fraude, tandis que ses partisans et ceux du chef de l’Etat réélu, Mahmoud Ahmadinejad, occupaient la rue à Téhéran.

Les manifestations rivales mettent en lumière la lutte de pouvoir en cours au sein du clergé iranien entre modérés et radicaux, après le succès aussi large que contesté de l’ultraconservateur Ahmadinejad.

“Aujourd’hui, j’ai présenté officiellement au Conseil des gardiens une demande visant à faire annuler les résultats de l’élection présidentielle”, a déclaré l’ancien Premier ministre sur son site internet.

“J’invite les Iraniens à poursuivre leurs manifestations à l’échelon nationale dans le calme et conformément à la loi”, a-t-il ajouté.

“Nous avons demandé aux responsables de nous laisser organiser un rassemblement national afin de que les gens puissent exprimer leur rejet du processus électoral et de ses résultats”, a-t-il dit. Son porte-parole a indiqué que le journal et le site internet de ce journal avaient été fermés par les autorités.

Les partisans de Moussavi ont distribué des tracts appelant à manifester à nouveau lundi après-midi dans la capitale. Après la tombée de la nuit, certains se sont postés sur des toits pour lancer des “Allah akbar” (Dieu est grand) en écho aux révolutionnaires de 1979.

Si la contestation dans la rue et la réaction des forces de l’ordre n’ont pour l’instant pas pris une forme très violente, la nervosité est perceptible de part et d’autre.

Des dizaines de milliers de personnes ont acclamé un Ahmadinejad souriant lors d’une fête de la victoire sur la place Vali e Asr.

“MARRE DE LA DICTATURE”

Auparavant, les partisans de Moussavi s’étaient rassemblés dans le centre de la capitale. Ils ont scandé le nom de leur champion et lancé des pierres en direction des forces de l’ordre.

Des policiers en moto sont intervenus pour disperser les manifestants, dont un - une femme - a été blessé. Des journalistes filmant la scène ont été brièvement interpellés.

Des manifestations similaires se sont produites depuis l’élection dans plusieurs villes de province, dont Tabriz et Ispahan.

A l’université de Téhéran, coeur de la contestation lors des émeutes de 1999, 2.000 étudiants, certains brandissant le portrait de Moussavi, d’autres coiffés d’un bandana, ont scandé des slogans antigouvernementaux et provoqué verbalement les forces de l’ordre postées devant l’entrée.

L’épouse de Moussavi, Zahra Rahnavard, qui a activement participé à la campagne de son mari, a tenté de pénétrer sur le campus pour prendre la parole mais en a été empêchée par la police.

“La population en a assez de la dictature. Les gens en ont assez de ne pas disposer de la liberté d’expression, assez de l’inflation galopante, de l’aventurisme dans les relations internationales”, a-t-elle déclaré ensuite à Reuters.

Dans une conférence de presse, Mahmoud Ahmadinejad a maintenu que le scrutin avait été “libre et sain” et ironisé sur la colère de ses opposants.

“Ils peuvent être furieux de leur défaite. Ils ont dépensé beaucoup d’argent pour leur propagande et il s’attendaient à gagner. Donc, c’est normal qu’ils soient déçus”, a-t-il dit.

“DE VRAIS DOUTES”

Le président iranien a fait monter d’un cran les enchères vis-à-vis de l’Occident en décrétant que la question du nucléaire appartenait “au passé”.

Il a prévenu que tout pays qui s’attaquerait à la République islamique “le regretterait profondément”. “Qui oserait attaquer l’Iran? Qui oserait même l’envisager?”, a-t-il lancé.

L’annonce officielle de la victoire d’Ahmadinejad suscite l’inquiétude des chancelleries occidentales, qui plaçaient leurs espoirs dans la politique de la main tendue avancée par le président américain Barack Obama.

Les Etats-Unis ont pour la première fois exprimé ouvertement leur scepticisme quant à la régularité du scrutin. “De la manière dont ils empêchent la libre expression, de la manière dont ils répriment les manifestations de foule, de la manière dont les gens sont traités, il semble très clair qu’il y a de vrais doutes”, a déclaré le vice-président américain Joe Biden.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a convoqué l’ambassadeur d’Iran à Berlin pour lui demander des éclaircissements sur la situation. Le chef de la diplomatie a jugé “inacceptable” la répression des manifestations en faveur de Moussavi.

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, la France s’est dite préoccupée par les conséquences du scrutin en Iran où la “brutalité” des autorités risque, selon elle, de fermer la porte au dialogue avec l’opposition.

“C’était l’occasion pour le président Ahmadinejad d’ouvrir ce dialogue et la France regrette qu’au contraire de l’ouverture, il y ait eu une réaction un peu brutale”, a déclaré Bernard Kouchner. “Ça laissera des traces et l’opposition va s’organiser”.

“Ce qui se passe en Iran n’est évidemment une bonne nouvelle pour personne, ni pour les Iraniens ni pour la stabilité et la paix du monde”, a dit de son côté le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

Version française Pascal Liétout et Jean-Philippe Lefief

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below