December 23, 2008 / 5:25 PM / 12 years ago

À Cuba, la révolution castriste s'apprête à fêter ses 50 ans

par Jeff Franks

Vétérans cubains dans les rues de La Havane. Le 1er janvier prochain, cinquante ans se seront écoulés depuis l'entrée triomphale de Fidel Castro et de ses partisans à La Havane, d'où ils venaient de chasser le dictateur Fulgencio Batista, et la révolution est toujours au pouvoir, triomphe pour certains, tragédie pour les autres. /Photo d'archives/REUTERS/Enrique De La Osa

LA HAVANE (Reuters) - Le 1er janvier prochain, cinquante ans se seront écoulés depuis l’entrée triomphale de Fidel Castro et de ses partisans à La Havane, d’où ils venaient de chasser le dictateur Fulgencio Batista, et la révolution est toujours au pouvoir, triomphe pour certains, tragédie pour les autres.

La plus grande réussite du régime cubain est peut-être d’avoir survécu à cinquante années d’embargo économique imposé par les Etats-Unis.

Âgé de 32 ans lors de sa prise de pouvoir, le 1er janvier 1959, Fidel Castro est désormais vieux et malade. La plupart des autres dirigeants de la Guerre froide sont morts et les pays encore gouvernés par des régimes communistes se comptent sur les doigts d’une main.

Toutefois, rien ne semble devoir mettre fin à la révolution cubaine, au grand désespoir des exilés réfugiés de l’autre côté du détroit de Floride.

En février, la transition du pouvoir entre Fidel, 82 ans, et son frère cadet Raul, 77 ans, s’est déroulée sans heurt. Fidel Castro n’a plus été vu en public depuis une lourde opération chirurgicale aux intestins subie en juillet 2006, mais il détient toujours un pouvoir et une autorité morale considérables dans l’île des Caraïbes.

Des foules en liesse l’avaient accueilli, lui et ses combattants, lorsqu’ils avaient fait leur entrée dans la capitale cubaine, mais l’euphorie des premiers temps s’était bientôt dissipée avec l’amorce du bras de fer contre les Etats-Unis et la mise en place d’un régime communiste avec l’assistance de l’Union soviétique.

Les opposants du “Comandante” s’étaient enfuis vers Miami et, tentant en vain de favoriser la chute de Castro, avaient espéré voir son régime renversé par l’embargo américain.

Les Cubains, qui s’apprêtent à commémorer par de modestes festivités le cinquantenaire de la révolution, sont partagés sur ce que le castrisme leur a apporté.

ÉGALITÉ OU DICTATURE ?

Les partisans de Fidel affirment qu’il a chassé la tyrannie et apporté la justice économique, la gratuité de l’éducation et des services de santé pour tous.

Ses opposants estiment qu’il n’a fait que remplacer une dictature par une autre et appauvri un pays autrefois prospère.

Presque tous s’accordent pour déplorer le faible niveau des salaires, en moyenne de 14 euros par mois. Le système de rationnement du gouvernement permet de répondre à la majeure partie des besoins alimentaires des Cubains, qui ont cependant massivement recours au marché noir.

“Cinquante ans de lutte, et aucun progrès”, déplore Gabriel Mata, vigile de 46 ans. “Nous voyons les autres pays progresser, mais pas le nôtre. Il n’y a aucune perspective ici.”

Pour d’autres, la situation à Cuba s’est améliorée, et continue son avancée.

“Les gens ne se souviennent pas de ce qu’était Cuba avant la révolution. C’était un pays à la solde des Etats-Unis, où les pauvres n’avaient aucune chance de s’en sortir”, assure Robert, un fonctionnaire de 61 ans qui n’a pas souhaité donner son nom de famille. “La révolution a apporté l’égalité des chances.”

Le soutien de gens comme Robert et un solide appareil de sécurité sont les deux raisons essentielles de la survie du régime. Très peu de dissidents osent s’exprimer publiquement, et 200 d’entre eux, considérés par La Havane comme des mercenaires à la solde des Etats-Unis, ont été emprisonnés.

La plupart des Cubains mécontents préfèrent se résigner, et certains considèrent l’exil comme la meilleurs solution. Au moins un million de Cubains ont quitté le pays depuis 1959.

Pour le gouvernement, les difficultés économiques du pays sont essentiellement liées à l’embargo américain, mis en place en 1962.

De nombreux Cubains espéraient de grands changements à l’arrivée au pouvoir de Raul Castro, jugé moins idéologue et plus pragmatique que son frère. Ses premières réformes avaient autorisé l’achat d’ordinateurs, de téléphones portables et de lecteurs DVD, produits que leur prix rendait toutefois inaccessible à la majorité.

Mais depuis, la plupart des réformes ont été interrompues, pour des raisons ignorées de tous en dehors du gouvernement.

Opérant un demi-tour complet par rapport à 1958, certains Cubains tournent désormais leurs espoirs vers les Etats-Unis, où le président élu Barack Obama a promis d’alléger l’embargo et peut-être d’engager des pourparlers.

Avec Esteban Israel, version française Gregory Schwartz

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