September 5, 2019 / 3:59 PM / 2 months ago

Les syndicats tracent leurs lignes rouges sur les retraites

PARIS (Reuters) - Les syndicats ont tracé jeudi leurs lignes rouges sur la délicate réforme des retraites à l’issue d’une nouvelle série de concertations avec le Premier ministre, tout en se montrant prudents dans l’attente de gages de la part de l’exécutif.

Les syndicats ont tracé jeudi leurs lignes rouges sur la délicate réforme des retraites à l'issue d'une nouvelle série de concertations avec le Premier ministre, tout en se montrant prudents dans l'attente de gages de la part de l'exécutif. /Photo prise le 28 mars 2019/REUTERS/Kevin Coombs

Edouard Philippe rencontre ce jeudi et vendredi les partenaires sociaux après un premier travail de 18 mois de discussion mené par le Haut commissaire à la réforme des retraites.

Ces réunions visent à recueillir leurs réactions au sujet du rapport de Jean-Paul Delevoye remis à la mi-juillet et à entendre leurs propositions sur les prochains thèmes à traiter et sur la façon de permettre la transition entre les 42 régimes existants et le régime universel attendu.

“Je pense que la discussion s’annonce compliquée, très compliquée. Mais en tout cas, (le Premier ministre) n’a pas dit : ‘voilà, ce sera le rapport, voilà ce qu’on veut’”, a déclaré le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger à l’issue de la rencontre.

“Il a plutôt été assez ouvert, y compris sur la question des calendriers et de la méthode de travail”, a-t-il ajouté, percevant un changement de ton de la part de l’exécutif par rapport au début du quinquennat d’Emmanuel Macron.

“Pendant de nombreux mois, deux années, on a souvent senti que (le dialogue) était fermé. Est-ce que c’est ouvert aujourd’hui ? Ça se mesurera aux résultats obtenus, pas simplement à la qualité des discussions et à la courtoisie.”

Pour les syndicats, c’était l’occasion d’entrer dans le débat entre l’âge pivot et la durée de cotisation ouvert fin août par Emmanuel Macron.

Ce dernier a indiqué sa préférence pour la deuxième option, allant à rebours de la proposition du Haut commissaire, qui proposait d’introduire un âge pivot qui aurait permis à tous les assurés de partir avec une retraite à taux plein à 64 ans, mais avec une décote s’ils partent plus tôt.

“CONDAMNER” LES TRAVAILLEURS

Pour l’ensemble des syndicats, une telle mesure reviendrait à “condamner” à deux années de travail supplémentaires les personnes qui pouvaient prétendre à une retraite pleine à 62 ans et favoriserait “injustement” les personnes entrées tardivement sur le marché du travail après de longues études.

L’option d’imposer une durée de cotisation dans un système par points n’a toutefois pas “beaucoup de sens”, a réagi Laurent Berger, qui souhaiterait laisser les assurés choisir le moment de leur départ à la retraite uniquement en fonction de la valeur des points accumulés tout au long de leur carrière.

La CFTC insiste, elle, sur la nécessité d’adopter un système mixte qui permettrait de soulager les plus précaires, notamment les femmes, obligés d’attendre la fin de la décote à 67 ans, tout en permettant à ceux qui ont eu une “carrière bien remplie” de partir après leurs 42 ou 43 ans de cotisation.

Autre sujet de friction : l’équilibre financier du régime en 2025. Emmanuel Macron en a fait une condition indispensable pour mettre en place son régime universel.

Ce besoin de financement atteindrait 0,3% à 0,6% du PIB d’ici cinq ans, selon le conseil d’orientation des retraites (COR), soit autour de 10 milliards d’euros. Or, les syndicats refusent catégoriquement de mettre en place des mesures paramétriques pour le résorber.

Force ouvrière a rappelé qu’elle était fortement opposée au principe même d’un régime par points, mais a précisé qu’elle participerait aux discussions.

Le syndicat maintient son rassemblement le 21 septembre pour dénoncer la réforme, trois jours avant la manifestation de la CGT. Le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, admet que pour faire plier le gouvernement, il faudrait “arriver à une unité d’action la plus large possible”, ce sur quoi il dit travailler.

LE PROJET DE LOI PRÉSENTÉ EN 2020?

“Nous savions dès le départ (...) que la CGT et FO étaient opposées à la remise en cause des 42 régimes”, a dit le Haut commissaire entre deux réunions, précisant que le dialogue devait tout de même se baser sur “la franchise, la transparence et le respect des positions de chacun”.

Le calendrier de la réforme promet en tout cas d’être bousculé. La porte-parole du gouvernement, Sibeth N’Diaye a annoncé jeudi sur France inter que le projet de loi serait présenté “dans le courant de l’année 2020”, alors que le texte était attendu pour fin 2019.

Pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bezieux, il ne faudrait pas que cette réforme tarde trop. Et pour qu’elle gagne la confiance des entreprises, il est nécessaire, selon lui, que tous les assurés rentrent à la même vitesse dans le régime, qu’il y ait une équité entre les assurés et que les réserves reviennent à ceux qui les ont constituées.

Le Premier ministre a également reçu la FNSEA ce jeudi et recevra l’U2P (syndicats des artisans), l’UNSA, la CGT, la CFE-CGC et la CPME vendredi. Les réunions se tiennent en présence de la ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, et du Haut commissaire.

Edouard Philippe a annoncé mercredi que les choix retenus par l’exécutif en matière de méthode et de calendrier seraient annoncés la semaine prochaine. Parallèlement se tiendra une consultation citoyenne sur ce dossier.

Caroline Pailliez, édité par Yves Clarisse

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