July 25, 2019 / 11:36 AM / 3 months ago

La France va renforcer ses capacités d'autodéfense dans l'espace

BASE DE LYON-MONT VERDUN, Rhône (Reuters) - La France, pour qui l’espace est “un nouveau front à défendre”, a annoncé jeudi le lancement d’un programme d’autodéfense et de surveillance spatiales doté de 700 millions d’euros de crédits supplémentaires, en vue notamment de développer des nano-satellites patrouilleurs et des lasers de puissance.

La ministre des Armées, Florence Parly. La France, pour qui l'espace est "un nouveau front à défendre", a annoncé jeudi le lancement d'un programme d'autodéfense et de surveillance spatiales doté de 700 millions d'euros de crédits supplémentaires, en vue notamment de développer des nano-satellites patrouilleurs et des lasers de puissance. /Photo prise le 10 mai 2019/REUTERS/Benoit Tessier

Dans cette perspective, Florence Parly a pris l’initiative d’une mini-révolution en annonçant une modification de la loi de 2008 sur les opérations spatiales (LOS) - entrée en vigueur en 2010 - afin que le ministère des Armées prenne la main sur les activités spatiales, aujourd’hui sous la tutelle du CNES (Centre national d’études spatiales), établissement public créé en 1961.

“Ce mouvement ne s’inscrit en aucun cas contre le CNES”, plaide-t-on au ministère des Armées.

En visite sur la base aérienne de Lyon-Mont Verdun (Rhône), principal site opérationnel du commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes françaises, la ministre des Armées a confirmé la création d’un “grand commandement de l’espace” au 1er septembre qui regroupera dans un premier temps 220 personnes à Toulouse, centre névralgique de l’aérospatiale.

Un “campus spatial” est également programmé, ainsi qu’une “Académie de l’Espace” pour “favoriser les carrières spatiales”.

Face à la conflictualisation de l’espace, avivée par les rivalités entre Américains, Russes et Chinois, la France n’entend pas déroger aux traités internationaux ni instituer “une course aux armements”, mais organiser une “défense active” de ses satellites, a souligné la ministre.

La France accuse un net retard dans le domaine. Les Etats-Unis, qui dépensent entre 12 et 15 milliards de dollars par an dans le domaine spatial, compteraient quelque 150 satellites militaires dans l’espace, contre une trentaine respectivement pour la Chine et la Russie.

“La défense active, cela n’a rien d’une stratégie offensive, il s’agit d’autodéfense”, a expliqué Florence Parly lors d’un discours. “C’est, lorsqu’un acte hostile a été détecté, caractérisé et attribué, pouvoir y répondre de façon adaptée et proportionnée, en conformité avec les principes du droit international”, a-t-elle précisé.

ÉBLOUIR, VOIRE MITRAILLER?

Un traité international datant de 1967 régit les activités des Etats en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune. “Ce traité n’exclut pas la légitime défense, n’interdit pas la militarisation, ni l’arsenalisation”, fait-on valoir au ministère des Armées.

Les moyens de la riposte sont en cours d’étude, mais la ministre a esquissé des chantiers en appelant à l’inventivité des industriels et à de futures coopérations européennes.

“Si nos satellites sont menacés, nous envisagerons d’éblouir ceux de nos adversaires. (...) Cela pourra impliquer l’emploi de lasers de puissance déployés depuis nos satellites ou depuis nos nano-satellites patrouilleurs”. Des nano-satellites dont la ministre souhaite que la France puisse se doter dès 2023.

On évoque aussi dans l’entourage de Florence Parly “des mitrailleuses à même de casser des panneaux solaires” d’un satellite inamical.

Pour détecter et attribuer les manoeuvres inamicales voire hostiles - tel l’acte d’espionnage en 2017 d’un satellite russe contre le satellite militaire franco-italien Athena-Fidus (“il a depuis laissé sa carte de visite à huit nouveau satellites” de différents pays, a dit jeudi Florence Parly) -, la France va renforcer ses moyens de surveillance.

Densifier le réseau de télescopes “Tarot” du CNRS, faire appel au réseau Geotracker d’Ariane Group, explorer “les capacités des radars imageurs de satellites pour mieux les classifier”, doter les satellites Syracuse de caméras, expérimenter un démonstrateur de radar de très longue portée : ce sont quelques-unes des pistes tracées par Florence Parly.

“Il y aura un volet services, il y aura un volet patrimonial. On bénéficiera à plein de l’effet ‘New Space’ (l’industrie spatiale low cost-NDLR), les degrés d’autofinancement sont croissants chez les industriels”, dit-on au ministère des Armées.

La France ne s’interdit pas non plus de surveiller et défendre Galileo, le système de positionnement européen et sa trentaine de satellites, mais “le partage du fardeau est à discuter”, dit-on à Paris.

L’effort représentera 700 millions d’euros qui s’ajouteront aux 3,6 milliards d’euros de la loi de programmation militaire 2019-2025. Cette nouvelle enveloppe sera prélevée sur la LPM en vue d’”une pleine capacité anticipée à l’horizon 2030”.

Edité par Yann Le Guernigou

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