July 10, 2019 / 10:58 AM / 3 months ago

Ciblé sur son train de vie, Rugy n'a "rien à se reprocher"

PARIS (Reuters) - François de Rugy s’est défendu mercredi d’avoir organisé, en 2017 et 2018, des dîners fastueux dans un cadre purement privé mais avec les moyens de l’Assemblée nationale qu’il présidait alors, une mise en cause à ses yeux “grotesque”.

François de Rugy s'est défendu mercredi d'avoir organisé, en 2017 et 2018, des dîners fastueux dans un cadre purement privé mais avec les moyens de l'Assemblée nationale qu'il présidait alors, une mise en cause à ses yeux "grotesque". /Photo d'archives/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Le site Mediapart décrit, dans un article publié mercredi, “la vie de château sur fonds publics” qu’aurait menée l’actuel ministre de la Transition écologique et son épouse en conviant des amis lors de “somptueuses agapes” dans les salons de l’hôtel de Lassay, résidence du président de l’Assemblée.

Mediapart recense une dizaine de dîners de ce genre, entre octobre 2017 et juin 2018, durant lesquels le personnel de l’Assemblée aurait été mis à contribution et des bouteilles de vins onéreuses, sorties des caves du Parlement, servies aux convives, “essentiellement des amis” du couple.

Plusieurs grands crus sont cités dans l’article, notamment un Mouton Rothschild de 2004, “à au moins 500 euros la bouteille”, et un Château Cheval Blanc, millésime 2001, évalué par Mediapart à 550 euros.

Un “article pamphlétaire”, a rétorqué François de Rugy sur France Inter. “C’est grotesque.”

Selon lui, ces réceptions lui permettaient de rencontrer, pour les besoins de ses fonctions, des représentants de la vie civile - “certains, nous les connaissions, d’autres, nous ne les connaissions pas”, dit-il.

“J’assume totalement qu’un président de l’Assemblée nationale comme un ministre rencontre dans un cadre informel le soir dans des dîners (...) des responsables d’entreprise, des responsables de la culture, des responsables de l’université”, s’est défendu l’ex-député et militant écologiste.

“L’ÉCOLOGISTE DE CHÂTEAUX”

“J’assume que ma femme ait pu participer à l’organisation de ces dîners et je me défendrai et je défendrai ma femme parce que je n’accepte pas qu’on nous attaque, nous n’avons rien à nous reprocher, ni elle, ni moi”, a-t-il poursuivi.

Le successeur de Nicolas Hulot à la Transition écologique dit avoir “toujours souhaité que l’Assemblée nationale soit ouverte” alors même qu’on “reproche souvent aux hommes et aux femmes politiques d’être coupés, de n’être que dans leur monde politique, d’être dans une forme de bulle politique”.

“Je comprends évidemment que cela puisse interpeller les Français”, a-t-il toutefois dit après le conseil des ministres, quelques heures plus tard, adoptant un nouveau registre sans rien renier sur le fond. Il a précisé qu’il se mettait “à la disposition” de la déontologue de l’Assemblée.

Pour le président (Les Républicains) de la commission de déontologie parlementaire du Sénat, Arnaud Bazin, “le président d’une assemblée doit être exemplaire.”

“Le caractère décent s’impose”, a-t-il considéré, interrogé par Public Sénat. “On peut comprendre les exigences pour des dîners d’Etat, mais on peut s’interroger pour des dîners plus personnels.”

Le député La France insoumise (LFI) Adrien Quatennens “remercie” pour sa part, sur son compte Twitter, “l’écologiste de châteaux pour les conseils de vertu et d’exemplarité qu’il nous a conférés comme Président de l’Assemblée.”

IL “CONSERVE” LA CONFIANCE DE MACRON

“Pendant qu’il mangeait du gros homard arrosé de bon vin, je m’employais à scanner mes tickets de caisse de la pizzeria d’en face”, ajoute l’élu nordiste, numéro deux de LFI.

L’ancienne ministre de l’Ecologie et présidente de Génération Ecologie, Delphine Batho, a dit à Reuters qu’elle réclamait la démission de François de Rugy.

Une perspective balayée à la fois par le ministre lui-même et par la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, tous deux interrogés à l’issue du conseil des ministres.

“Il conserve bien évidemment la confiance du président de la République et du Premier ministre”, a dit Sibeth Ndiaye, qui a repris à son compte l’argument des “dîners de travail informels”.

Pour sa défense, le ministre d’Etat a également invoqué sa gestion, selon lui rigoureuse, du budget de l’Assemblée.

“C’est moi qui ai réduit la retraite des députés, 37% de moins, c’est moi qui ai supprimé les avantages des anciens présidents de l’Assemblée nationale”, a-t-il déclaré sur France Inter. “Les frais de déplacement du président de l’Assemblée nationale quand je l’étais : -34%, les frais de réception : -13%.”

Les frais de représentation et de réception de son ministère se sont par ailleurs élevés à 27.000 euros au premier semestre 2019, soit trois fois moins que l’enveloppe allouée à cet effet, précise son entourage dans une note transmise à Reuters.

Le train de vie de François de Rugy à l’Assemblée avait déjà fait l’objet, en juillet 2018, de révélations du Parisien, qui avait notamment raconté le déjeuner de mariage du couple organisé à l’hôtel de Lassay fin 2017 - un repas payé “d’emblée” par le futur ministre, selon son entourage.

Simon Carraud avec Elizabeth Pineau et Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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