July 8, 2019 / 5:00 PM / 3 months ago

La princesse saoudienne, l'artisan et le garde du corps

PARIS (Reuters) - Que s’est-il passé le 26 septembre 2016 au 81 avenue Foch à Paris entre la soeur du prince héritier saoudien, un artisan venu y faire des travaux et un responsable de la sécurité de la princesse, ancien champion du monde de boxe thaïlandaise ?

Que s'est-il passé le 26 septembre 2016 au 81 avenue Foch à Paris entre la soeur du prince héritier saoudien, un artisan venu y faire des travaux et un responsable de la sécurité de la princesse, ancien champion du monde de boxe thaïlandaise ? C'est ce que la 14e chambre correctionnelle du tribunal de Paris s'efforcera d'établir mardi après-midi, en l'absence de la princesse Hussa Bint Salman Bin Abdoulaziz as-Saoud. /Photo d'archives/REUTERS/Eric Gaillard

C’est ce que la 14e chambre correctionnelle du tribunal de Paris s’efforcera d’établir mardi après-midi, en l’absence de la princesse Hussa Bint Salman Bin Abdoulaziz as-Saoud.

Quand Ashraf Eid, artisan d’origine égyptienne, se présente au commissariat du XVIe arrondissement pour porter plainte, il dit avoir été molesté, ligoté et séquestré plusieurs heures sous la menace d’une pistolet par Saidi Rani, homme de confiance de la princesse.

La fille du roi Salman, auquel appartient l’immeuble, l’a fait venir dans l’appartement qu’elle occupe pour remplacer une vasque dans une salle de bain et l’a accusé de l’avoir filmée et photographiée à son insu dans sa chambre.

“Vous êtes tous pareils (...), des chiens ! Tu vas voir comment tu parles avec une princesse”, l’aurait-elle apostrophé avant de lui prendre son téléphone et d’ajouter, selon le récit qu’il a fait aux enquêteurs : “Il faut tuer ce chien.”

Une version catégoriquement démentie par les avocats de Saidi Rani, poursuivi pour violences volontaires, séquestration et vol, qui a fait plus de deux mois de détention provisoire, et par ceux de Hussa Bint Salman, accusée de complicité.

“Nous contestons fermement toutes les accusations, qui sont infondées”, a dit à Reuters Me Lisa Janaszewicz, un conseil de la princesse. “L’instruction a été menée sur la base de préjugés et non pas sur la matérialité de faits”, a renchéri Me Emmanuel Moyne, un autre de ses avocats.

Il déplore notamment que la juge d’instruction chargée du dossier ait refusé d’interroger sa cliente par visio-conférence ou dans le cadre d’une commission rogatoire internationale.

La juge note pour sa part dans son ordonnance de renvoi, consultée par Reuters, que s’il y a eu “traitement d’exception”, il a bénéficié à Hussa Bint Salman, qui a pu quitter la France dès le 29 septembre 2016, après une garde à vue de deux heures.

VERSION CONTRE VERSION

La princesse est visée depuis le 24 novembre 2017 par un mandat d’arrêt international. Une raison invoquée par l’avocat pour expliquer son absence au procès, de même que la crainte des objectifs des télévisions et des photographes - sa dernière photo connue remonte à l’époque où elle avait huit ans.

Me Moyne explique ce refus de se faire photographier ou filmer par les traditions saoudiennes et des raisons de sécurité qui “interdisent la captation de l’image de la princesse”.

Mais “contrairement à la manière dont elle est décrite dans la presse depuis 2016, la princesse est une femme bienveillante, humble, accessible et très cultivée”, fait valoir l’avocat.

Hussa Bint Salman, 43 ans, célibataire, qui a fait des études de philosophie, de droit et de diplomatie en Grande-Bretagne, est par ailleurs “très engagée pour la cause des femmes du Royaume d’Arabie Saoudite”, ajoute-t-il.

Saidi Rani, qui dément avoir roué de coups l’artisan, l’avoir ligoté, menacé avec un pistolet ou retenu contre son gré, a pour sa part porté plainte pour dénonciation calomnieuse.

“Mon client conteste l’intégralité des faits qui lui sont reprochés”, a déclaré à Reuters son avocat, Me Yassine Bouzrou.

Selon Me Bouzrou, la version de l’artisan est “complètement contredite par les examens médicaux”, au terme desquels il n’a eu que cinq jours d’arrêt de travail.

Les avocats de la princesse et de son garde du corps font aussi valoir que la version d’Ashraf Eid a évolué au fil de l’enquête et qu’il était revenu quelques jours après l’incident au 81 avenue Foch se faire payer ses travaux (21.000 euros).

Un enregistrement vidéo de cette visite, que Reuters a pu consulter, le montre plutôt détendu et présentant à la caméra des messages de journalistes sollicitant une interview.

“Regardez, toute la presse est en train de me contacter. Ils me proposent de l’argent et je leur dis ‘non’”, l’entend-on dire sur cet enregistrement.

L’affaire pourrait s’avérer diplomatiquement embarrassante pour la France, dont l’Arabie Saoudite est un des principaux clients et partenaires au Moyen-Orient mais qui soutient la ligne dure des Etats-Unis contre l’Iran, contrairement à Paris.

Edité par Yves Clarisse

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