June 27, 2019 / 12:02 PM / 5 months ago

France: O recule sur le "conseil de l'ordre" des journalistes

PARIS (Reuters) - Le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, dont l’idée d’un “conseil de l’ordre” des journalistes imposé par l’Etat a suscité l’émoi de la profession en France, s’est livré jeudi à un mea culpa en évoquant une position personnelle et des termes “un peu malheureux”, “inappropriés” et “exagérés”.

Le secrétaire d'Etat au Numérique, Cédric O (photo), dont l'idée d'un "conseil de l'ordre" des journalistes imposé par l'Etat a suscité l'émoi de la profession en France, s'est livré jeudi à un mea culpa en évoquant une position personnelle et des termes "un peu malheureux", "inappropriés" et "exagérés". /Photo prise le 25 juin 2019/REUTERS/Charles Platiau

Les déclarations de l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron à Reuters mardi ont provoqué une bronca, une partie de la profession y voyant un nouveau coup de pression de l’exécutif, accusé à plusieurs reprises depuis le début du quinquennat d’atteintes à la liberté de la presse et à la liberté d’informer.

“J’ai tenu des propos qui n’engageaient que moi et qui ne sont en aucun cas la position du gouvernement qui, le cas échéant, aura l’occasion d’être précisée par la bouche de Franck Riester” le ministre de la Culture, a-t-il dit sur France Culture.

“Il est vrai que j’ai tenu ces propos et que ça a créé un certain émoi, un peu à raison - il y a certains termes qui étaient un peu exagérés - mais je pense que le sujet mérite d’être traité et d’être traité calmement”, a poursuivi Cédric O.

“Il y a un certain nombre de pays voire de groupes de pression ou d’intérêts étrangers qui utilisent certains médias en France avec l’objectif plus ou moins affiché de perturber le processus démocratique, voire de favoriser l’accession de tel ou tel parti plus favorable à leurs intérêts”, a-t-il ajouté. “Ma conviction c’est que c’est un problème de déontologie journalistique et qu’il ne peut être traité que par les médias”.

Reconnaissant avoir utilisé “un terme très inapproprié” avec le “conseil de l’ordre” et des “paroles un peu malheureuses”, il a par ailleurs jugé qu’il serait “très malvenu que l’Etat s’en mêle”.

“NI MENACE NI SOUHAIT”

Ce qui est apparu comme un ultimatum - “si les journalistes ne le font pas, l’Etat le fera” - , “ce n’était ni une menace ni même un souhait”.

“C’était une appréciation de la dynamique politique et démocratique avec une ingérence étrangère (...) et la crainte que si les journalistes ne règlent pas le problème, à la fin les gouvernements soient tentés de s’en saisir ce qui est un problème puisque je pense que l’Etat ne doit pas intervenir dans le sujet de la liberté de la presse”, a conclu Cédric O.

Dans la matinée, le syndicat des journalistes (SNJ) avait exprimé, dans un communiqué commun avec l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), sa “stupéfaction” face aux propos tenus par le secrétaire d’Etat mardi dans une interview à Reuters.

“L’ODI rappelle qu’il travaille depuis plusieurs mois (...) à la création d’un conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), et que ce travail ne peut être mené que dans un climat de confiance”, pouvait-on lire.

“Il n’est pas question pour les promoteurs d’un CDJM de céder à quelque pression que ce soit, y compris venant du gouvernement”, ajoutaient l’ODI et le SNJ. “Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation n’est évidemment pas un conseil de l’ordre. Il ne censure pas, il n’interdit pas, il veille à la liberté des lignes éditoriales et des choix rédactionnels.”

A New-York, le directeur exécutif adjoint du Comité pour la protection des journalistes, Robert Mahoney, s’était également ému mercredi sur Twitter des propos “inquiétants” tenus par le secrétaire d’Etat français.

L’idée de la création d’un “conseil de l’ordre” des journalistes n’est toutefois pas nouvelle en France.

Lors de la campagne présidentielle de 2017, le conseiller régional du Front national Aymeric Merlaud avait défendu cette idée afin de “sanctionner des pratiques mauvaises”. Interrogé à ce sujet, Emmanuel Macron alors candidat avait déclaré n’avoir “pas croisé cette idée depuis l’Italie des années 30”.

Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse

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