June 17, 2019 / 5:44 AM / 5 months ago

La réforme de l'assurance chômage sous le feu des critiques

PARIS (Reuters) - Le gouvernement doit présenter mardi son plan de réforme de l’assurance chômage, décrié tant par les syndicats que par le patronat, dont le but est d’économiser 1 à 1,3 milliard d’euros d’économies par an pendant trois ans.

Le gouvernement doit présenter mardi son plan de réforme de l'assurance chômage, décrié tant par les syndicats que par le patronat, dont le but est d'économiser 1 à 1,3 milliard d'euros d'économies par an pendant trois ans. /Photo d'archives/REUTERS/Benoit Tessier

La réforme devrait être mise en oeuvre par une série de décrets qui seront publiés pendant l’été.

“Le chômage baisse, il a même atteint son plus bas niveau depuis 10 ans (...) pour autant, nous n’en avons pas fini avec un chômage de masse qui enferme dans la précarité, qui lamine des familles et des territoires”, a fait valoir le Premier ministre Edouard Philippe mercredi dans son discours de politique générale.

Les mesures qui seront annoncées mardi doivent aussi permettre d’accélérer le désendettement de l’Unédic, l’organisme chargé de la gestion de l’assurance chômage, dont la dette devrait culminer à 37,6 milliards d’euros en 2020.

Le plan s’attaque également à certaines règles considérées par le gouvernement comme encourageant les abus.

Parmi les mesures qui ont filtré dans la presse, figurent la dégressivité des allocations des cadres, le durcissement des conditions du droit à indemnisation, le rechargement des droits rendu plus difficile ou encore la révision des règles permettant de cumuler un emploi et le chômage.

Le gouvernement entend par ailleurs limiter la précarité au travail en introduisant un “bonus-malus”. Ce dispositif pénaliserait les entreprises considérées comme ayant recours trop souvent aux contrats de courte durée en augmentant leurs cotisations chômage - elles représentent aujourd’hui à 4,05% de leur masse salariale.

Les entreprises jugées “vertueuses” verraient leurs cotisations diminuer.

Ce mécanisme, promesse d’Emmanuel Macron, a été le point de crispation majeur qui a fait avorter les négociations entre organisations syndicales et patronales en février et contraint le gouvernement à reprendre la main.

Pour les organisations patronales (Medef, CPME et U2P), le bonus-malus ne limitera pas la précarité. Les entreprises concernées, dans l’hôtellerie et la restauration, notamment, sont selon elles incapables d’embaucher à durée indéterminée pour des raisons liées à leur activité.

Le mécanisme du bonus-malus ne concernera toutefois que les cinq à dix branches qui ont le plus recours aux contrats courts. C’est une “bonne nouvelle”, a dit le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

Les syndicats craignent, eux, une réforme inéquitable.

“On va demander des efforts à l’ensemble des demandeurs d’emploi”, alors que ce même effort ne sera demandé “qu’à quelques-unes” des entreprises qui abusent de la précarité, a déclaré vendredi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger sur BFMTV.

“Je crains qu’en se cachant derrière l’idée de réduire la précarité (...), on tape sur les plus précaires. C’est inacceptable pour nous”, a-t-il dit.

Les syndicats sont également vent debout contre la dégressivité prévue des allocations accordées aux cadres. La mesure, qui a été testée dans les années 1990, n’a pas montré son utilité pour favoriser l’emploi, selon une étude de l’économiste Bruno Coquet de l’OFCE publiée en 2017.

“Quelqu’un qui cherche du travail et est menacé de voir ses allocations se réduire progressivement va être tenté d’accepter n’importe quel emploi, et notamment des emplois moins qualifiés que ceux auxquels il pourrait normalement prétendre”, déclare le président de la CFE-CGC François Hommeril sur le site Capital.

“De fait, il va priver d’emploi quelqu’un qui est moins qualifié que lui. C’est donc l’ensemble de la chaîne de l’emploi qui va se retrouver paupérisée.”

Pour l’économiste Bruno Coquet, ce qui pèse sur l’Unédic, ce sont des dépenses non assurantielles, comme le régime des intermittents du spectacle, qui s’apparente davantage à une politique culturelle, le service public de formation des demandeurs d’emploi, ouvert à tous, et non aux seuls chômeurs indemnisés, ou encore les frontaliers, qui ne cotisent pas.

Au total plus de cinq milliards d’euros chaque année se trouvent ainsi imputés sur le coût du travail marchand, alors que la partie assurantielle du régime (cotisations et dépenses d’allocations), elle, est excédentaire depuis 25 ans, souligne-t-il. 

Caroline Pailliez, édité par Danielle Rouquié

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