June 7, 2019 / 3:16 PM / 5 months ago

La France insoumise, désemparée, attend un signe de Mélenchon

PARIS (Reuters) - La crise couve à La France insoumise, dont le chef de file Jean-Luc Mélenchon, critiqué en interne après le revers de sa famille politique aux élections européennes, attend le moment opportun pour sortir du silence.

La crise couve à La France insoumise, dont le chef de file Jean-Luc Mélenchon, critiqué en interne après le revers de sa famille politique aux élections européennes, attend le moment opportun pour sortir du silence. /Photo d'archives/REUTERS/Vincent Kessler

“Rien n’est arrêté pour l’instant” quant à la date ou la forme de sa prise de parole, soulignait vendredi l’entourage d’un leader quasiment muet, mais pas invisible, depuis le 26 mai, qui a vu le score de son camp divisé par trois par rapport à l’élection présidentielle (6,31% contre 19,5%).

Présent jeudi dans la capitale belge pour une réunion des députés européens fraîchement élus avec leurs homologues nationaux, le chef de file ne s’est pas exprimé sur les résultats électoraux, ni sur les critiques le visant, ni sur ses intentions personnelles.

“Une respiration à Bruxelles” a-t-il écrit sur son compte Twitter en guise de légende à une photo de famille. Tout aussi énigmatique, son message posté la veille sur le même réseau social invitait à la patience : “Je ne cesse aucun combat. Pas de rumeur, s’il vous plaît.”

Critique avant même les européennes, la députée Clémentine Autain a demandé vendredi sur RTL une réorientation du parti qui lui a permis d’entrer à l’Assemblée nationale, sans pour autant réclamer la tête de son chef.

“Ce que je demande, ce n’est pas le retrait de Jean-Luc Mélenchon, c’est de bien mesurer la ligne et de changer d’orientation politique”, a dit l’élue de Seine-Saint-Denis.

“Je n’ai pas de leçon à donner à Jean-Luc Mélenchon”, a-t-elle insisté. “Je me souviens qu’il y a deux ans, il a eu un profil politique rassembleur qui nous a hissés très haut”.

Clémentine Autain figure au nombre du millier de signataires d’une tribune réclamant un “big bang de la gauche” publiée dans Le Monde. “Il faut ouvrir les portes, les fenêtres, agréger (...) recréer l’espoir”, a-t-elle insisté sur RTL.

COUP D’ÉCLAT PERMANENT

Le malaise palpable depuis des mois à LFI a été encore aggravé par la publication, jeudi dans Le Monde, d’un mail interne émanant d’une quarantaine d’élus dénonçant un manque de débat au sein du mouvement.

“Les décisions stratégiques fondamentales sont finalement prises par un petit groupe de personnes” en l’absence d’”instance de décision collective”, écrivent les signataires, qui visent, selon le quotidien, des proches de Jean-Luc Mélenchon comme sa conseillère en communication Sophia Chikirou, les députés Alexis Corbière, Adrien Quatennens, Bastien Lachaud.

Dans un long entretien à Libération, Alexis Corbière dit sa “conviction que des réformes vont être proposées” pour améliorer le fonctionnement du parti tout en insistant sur la dimension politique de Jean-Luc Mélenchon en France.

“Sans le succès de la campagne de 2017 et son rôle majeur, on serait dans la tragédie à l’italienne, où toute voix portant un idéal d’émancipation et de justice sociale aurait disparu”, explique-t-il. “La France insoumise plus forte parce que débarrassée du ‘moment Mélenchon’ est une illusion simpliste”.

Jean-Luc Mélenchon, 67 ans, qui a fait une longue carrière au Parti socialiste avant de s’émanciper pour co-fonder en 2009 le Parti de gauche puis La France insoumise, a connu en 2017 un pic de popularité grâce à une campagne innovante sur la forme et proche des inquiétudes d’une frange de la gauche déçue par le quinquennat du socialiste François Hollande.

Mais son image a pâti depuis de son penchant pour le coup d’éclat permanent, qui s’est exprimé à l’Assemblée nationale, où il s’érige en opposant numéro un à Emmanuel Macron, mais aussi lors de perquisitions mouvementées à LFI en octobre dernier.

Ce que Clémentine Autain a résumé en évoquant “une logique de clash” consistant à “penser qu’avec le bruit et la fureur on va parler davantage au monde populaire” et à “s’appuyer sur le ressentiment davantage que sur la transparence.”

Pour Jean-Daniel Lévy, de l’institut de sondages Harris Interactive, le temps de l’après-Mélenchon à LFI n’est pas venu, à moins que l’intéressé en décide autrement.

“Jean-Luc Mélenchon, c’est l’atout et la difficulté de la France insoumise, qui ne peut pas exister sans lui”, a-t-il dit à Reuters.

Selon lui, personne n’est en mesure de faire de l’ombre au chef de file de LFI. “Adrien Quatennens et Alexis Corbière, par exemple, deux proches de Jean-Luc Mélenchon, sont mal identifiés par les Français mais surtout, on ne sait pas s’ils ont un corpus idéologique qui leur est propre”.

Edité par Yves Clarisse

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