June 7, 2019 / 2:36 PM / 6 months ago

Judith et Holopherne, premier Caravage vendu aux enchères

TOULOUSE (Reuters) - Disparu durant plusieurs siècles, redécouvert à Toulouse en 2014, le tableau du Caravage Judith et Holopherne, dont l’authenticité a fait l’objet d’un long débat, devrait atteindre des sommets lors des enchères du 27 juin prochain.

Disparu durant plusieurs siècles, redécouvert à Toulouse en 2014, le tableau du Caravage Judith et Holopherne, dont l'authenticité a fait l'objet d'un long débat, devrait atteindre des sommets lors des enchères du 27 juin prochain. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

Cette huile de 144x173 cm, dont l’attribution au maître italien a fait l’objet de longs débats, aurait été peinte en 1607. Estimée entre 100 et 150 millions d’euros, elle a été présentée à Londres, New-York et Paris et sera vendue aux enchères à la Halle aux Grains de Toulouse.

Comme la version du même nom réalisée vers 1598 et conservée à Rome, le tableau s’inspire d’un épisode de l’Ancien Testament et représente Judith, la veuve juive de Béthulie, assassinant le général assyrien Holopherne pour sauver sa ville assiégée.

Retrouvée en 2014 dans le grenier d’un immeuble toulousain par un particulier, la peinture a été classée Trésor national en 2016 par le ministère de la Culture, statut qui a bloqué sa sortie du territoire pendant trente mois. A l’issue de ce délai, l’État a décidé de ne pas se porter acquéreur.

Seulement 68 toiles de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage, sont connues à travers le monde, dont cinq sont entre des mains privées.

“C’est une vente exceptionnelle parce qu’il s’agit d’une œuvre magistrale, en très bon état, d’un peintre iconique dont aucun tableau jusqu’à aujourd’hui n’a fait l’objet d’une vente aux enchères publiques”, a expliqué à Reuters Me Marc Labarbe.

Le tableau trouvé à Toulouse a d’abord été connu pour sa copie réalisée par le peintre flamand Louis Finson, contemporain du Caravage. Pour Mina Gregori et Gianni Papi, deux spécialistes du maître lombard qui doutent de l’authenticité de la toile, elle ne serait qu’une seconde copie de Finson.

“PAS DE DÉBAT”

“Il n’y a plus de débat, les seules voix dissonantes sont infondées. Les conclusions données par les principaux experts montrent qu’en aucun cas il ne peut s’agir d’une copie. Les jalousies entre spécialistes polluent la vision qu’on a du tableau”, affirme Me Marc Labarbe.

Pour l’expert Eric Turquin, “non seulement il s’agit d’un original mais d’une œuvre majeure du Caravage à un moment où il est en pleine transformation, où il quitte Rome pour Naples et développe une nouvelle façon de travailler, bousculant ses propres codes, dont témoigne cette œuvre cruciale”.

Des spécialistes comme Rossella Vodret, ancienne directrice de la Galleria nazionale d’arte antica à Rome, qui a procédé à des analyses techniques sur la moitié des œuvres connues du Caravage, ont également conclu que le tableau présentait toutes les caractéristiques typiques de sa technique picturale.

Parmi ces éléments significatifs, ces spécialistes ont pointé le type de toile, les incisions pratiquées par l’artiste et l’utilisation de la préparation a risparmio qui lui permettait d’utiliser le fond marron foncé pour effectuer des demis tons et des ombres.

Les “repentirs” qui témoignent des changements de composition décidés au cours de la réalisation permettent aussi selon eux d’écarter formellement l’hypothèse d’une copie.

L’historique ancien du tableau a pu être retracé grâce à quatre documents d’archives dont deux lettres écrites en 1607 au collectionneur d’art italien le duc de Mantoue le mentionnant.

Le testament du peintre-marchand Louis Finson, établi en 1617 au profit de son associé Abraham Vinck, a permis d’attester que les deux hommes ont eu la toile en leur possession, de même qu’une autre œuvre de Caravage, La Madone du Rosaire.

Mais le tableau de Judith et Holopherne ayant disparu dans l’inventaire des biens dressé en 1619 au décès de Vinck, les experts pensent qu’il a dû être vendu entre Anvers et Amsterdam entre 1617 et 1619. Sa trace s’est ensuite perdue jusqu’à sa découverte il y a cinq ans à Toulouse.

L’état exceptionnel de la peinture tend à prouver que le tableau est passé entre peu de mains depuis son rentoilage en France au début du XIXe siècle. Pour Me Labarbe, il est probable qu’il soit dans la famille du propriétaire actuel, installée à Toulouse, depuis plusieurs décennies. Il a pu être ramené par l’un de ses ancêtres, officier napoléonien qui a participé à la campagne d’Espagne de 1808 à 1814.

Edité par Yves Clarisse

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