June 5, 2019 / 4:40 AM / 5 months ago

Le Mexique en quête d'un compromis à Washington sur commerce et migrants

WASHINGTON/MEXICO (Reuters) - Le Mexique espère parvenir à un accord avec les Etats-Unis lors de discussions sur l’immigration prévues mercredi à Washington afin d’éviter que le président américain Donald Trump mette à exécution sa menace d’imposer à partir du 10 juin des droits de douane sur tous les produits mexicains importés.

Des migrants d'Amérique centrale marchent en direction des États-Unis, à Ciudad Hidalgo, Mexique. Le Mexique espère parvenir à un accord avec les Etats-Unis lors de discussions sur l'immigration prévues mercredi à Washington afin d'éviter que le président américain Donald Trump mette à exécution sa menace d'imposer à partir du 10 juin des droits de douane sur tous les produits mexicains importés. /Photo prise le 5 juin 2019/REUTERS/Jose Torres

Comme il l’avait fait lors d’une conférence de presse mardi à Londres dans le cadre de sa visite d’Etat au Royaume-Uni, Donald Trump a répété mercredi à son arrivée en Irlande qu’il mettrait en place ces droits de douane si le Mexique ne prend pas les mesures nécessaires pour réduire le flux de migrants clandestins se présentant à la frontière avec les Etats-Unis.

A Washington toutefois, Peter Navarro, conseiller présidentiel au commerce, a déclaré que ces nouvelles taxes pourraient ne pas être nécessaires car le Mexique semble prendre en compte les inquiétudes américaines. “Je crois que ces taxes n’auront peut-être pas à entrer en vigueur parce que nous avons (obtenu) l’attention des Mexicains”, a-t-il dit.

Même tonalité dans les propos tenus par le sénateur républicain Chuck Grassley, président de la commission sénatoriale des Finances, qui a prédit qu’il n’y aurait pas de droits de douanes sur les importations mexicaines.

A Mexico, le président Andres Manuel Lopez Obrador s’est dit “optimiste” à propos des négociations et a souligné la nécessité de maintenir de bonnes relations entre le Mexique et les Etats-Unis.

Trump a annoncé la semaine dernière qu’il entendait prélever à compter de lundi prochain des tarifs douaniers de 5% sur toutes les importations en provenance du Mexique. Ces taxes douanières, a-t-il prévenu, seront progressivement relevées jusqu’à 25% au 1er octobre prochain et en vigueur tant que Mexico n’aura pas pris des mesures plus efficaces pour retenir les migrants d’Amérique centrale se déplaçant en “caravanes” vers les Etats-Unis afin d’y demander l’asile.

RÉUNION À LA MAISON BLANCHE

Il s’agit d’un nouveau front ouvert dans les conflits commerciaux qui opposent les Etats-Unis à leurs principaux partenaires, après un regain de tensions avec la Chine depuis que le président américain a décidé début mai de relever les droits de douane prélevés sur 200 milliards de dollars de produits chinois.

Face à cette menace, une délégation mexicaine menée par le ministre des Affaires étrangères Marcelo Ebrard est depuis lundi à Washington pour des discussions avec des représentants américains.

Elle sera reçue à 15h00 (19h00 GMT) à la Maison blanche par le vice-président des Etats-Unis Mike Pence et en l’absence de Donald Trump, qui poursuit son séjour en Europe pour assister aux commémorations du 75e anniversaire du débarquement.

Plusieurs élus du Parti républicain ont fait part à la Maison blanche de leurs réticences, le chef de file de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, prévenant que les droits de douane que veut imposer Donald Trump au Mexique ne bénéficiaient que de “peu de soutien”.

La menace de Trump soulève des interrogations sur l’avenir du nouvel accord trilatéral de libre-échange (USMCA) entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada censé remplacer l’Alena.

Mike Pence, qui joue les intermédiaires entre la Maison blanche et le Capitole, espère obtenir la ratification de l’USMCA par le Congrès dans le courant de cette année.

“SOLUTION JUDICIEUSE”

Mexico entend présenter mercredi aux responsables américains une proposition sur l’immigration qui devrait servir de base aux discussions. Marcelo Ebrard a déclaré que l’instauration de droits de douane serait catastrophique pour l’économie mexicaine et ne freinerait pas les arrivées de migrants aux Etats-Unis.

Dans une tribune publiée mercredi, six anciens ambassadeurs des Etats-Unis à Mexico, qui ont exercé leurs fonctions sous les présidences de George Bush père et fils, Bill Clinton et Barack Obama, invitent la Maison blanche à séparer le problème de l’immigration de celui du commerce.

Selon eux, les taxes sur les produits mexicains porteraient un coup aux finances du pays et réduiraient les ressources nécessaires à la gestion des frontières et à l’investissement dans les économies d’Amérique centrale, d’où partent les migrants.

Les sanctions américaines pourraient entraîner des représailles mexicaines, a-t-on appris mercredi de sources proches de la présidence Obrador.

Selon deux de ces sources, le maïs américain n’en ferait pas partie, ce qui pourrait s’expliquer par la forte dépendance de l’industrie mexicaine de l’élevage vis-à-vis de la céréale américaine.

S’exprimant à Miami, le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a dit espérer qu’une “solution judicieuse” serait trouvée pour minimiser les répercussions économiques.

Le Mexique interpelle aujourd’hui deux fois plus de migrants qu’il y a un an, trois fois plus qu’en janvier, quand le nouveau gouvernement mis en place par Andres Manuel Lopez Obrador avait commencé à délivrer les visas aux migrants originaires d’Amérique centrale, en tablant sur le fait qu’ils resteraient au Mexique, ce qui ne s’est pas produit.

La plupart ont au contraire continué leur chemin vers les Etats-Unis et le gouvernement mexicain, sous la pression de Washington, a changé de stratégie. Le mois dernier, le nombre d’arrestations a connu un pic à plus de 20.000.

Des représentants américains affirment que le système d’immigration américain est dépassé par l’arrivée de milliers de migrants, notamment car les installations aux frontières ne sont pas adaptées pour accueillir ces migrants venus pour la plupart avec des enfants.

Roberta Rampton et Susan Cornwell, avec Dave Graham et David Alire Garcia à Mexico; Jean Terzian, Jean-Stéphane Brosse, Guy Kerivel et Nicolas Delame pour le service français

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