June 4, 2019 / 1:51 PM / 5 months ago

Un caricaturiste chinois sort de l'anonymat pour les 30 ans de Tiananmen

HONG KONG (Reuters) - Un des plus célèbres caricaturistes chinois, resté anonyme pendant des années par crainte de représailles des autorités de Pékin, s’est montré pour la première fois à visage découvert mardi pour commémorer à sa façon le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen.

Badiucao, un des plus célèbres caricaturistes chinois resté anonyme pendant des années par crainte de représailles des autorités de Pékin, s'est montré pour la première fois à visage découvert mardi pour commémorer à sa façon le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen. /Photo d'archives/REUTERS/Badiucao

Badiucao, un artiste né il y a 33 ans en Chine parfois comparé à Banksy, a expliqué qu’il ne pouvait plus rester dans l’ombre malgré les craintes pour sa sécurité.

Dans un documentaire diffusé sur la chaîne américaine ABC, il montre son visage et explique avoir dû annuler une exposition prévue à Hong Kong l’an dernier en raison de menaces formulées contre ses proches.

“Je suis confronté à un choix draconien: me taire à jamais ou me battre et faire face à cette situation”, a-t-il expliqué à Reuters, qui l’a interrogé par téléphone à Melbourne, la ville australienne où il a trouvé refuge.

“Je pense qu’il n’y a pas de meilleur moment que le jour de l’anniversaire du massacre de Tiananmen pour le faire”, a ajouté Badiucao, le nom d’artiste qu’il utilise pour ne pas dévoiler sa véritable identité.

Selon lui, les autorités chinoises ont néanmoins réussi à l’identifier l’an dernier, peut-être grâce à une surveillance électronique alors qu’il préparait son exposition à Hong Kong, qui devait être la première à l’étranger pour cet artiste dont les caricatures sont publiées en ligne et largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Parmi les oeuvres qui ont provoqué l’ire de Pékin figuraient une sculpture lumineuse au néon du dissident Liu Xiaobo, décédé d’un cancer en détention en juillet 2017, et une caricature de Xi Jinping armé d’un fusil, posant sur la dépouille de Winnie l’Ourson - un personnage auquel le président chinois est parfois comparé.

Badiucao a participé au mouvement pro-démocratie qui avait paralysé Hong Kong pendant des mois en 2014 pour protester contre l’emprise croissante de Pékin. Mais il n’entend pas y retourner de peur d’être enlevé et emprisonné en Chine.

Il a lancé l’an dernier un projet appelé “l’homme au char”, en l’honneur de l’homme qui avait tenu tête à une colonne de blindés sur la place Tiananmen en 1989, dont l’identité et le sort sont restés inconnus, invitant les gens partout dans le monde à reproduire son geste.

“Un corps peut être écrasé mais l’esprit survit longtemps”, a-t-il expliqué à Reuters. “J’espère que mes oeuvres et mes actes permettront de transmettre l’esprit de 1989.”

James Pomfret et le bureau de Hong Kong; Tangi Salaün pour le service français

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